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Interventions
Le PS a un besoin vital de changement
4 juillet 2008
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Interview de Laurent Fabius publiée dans Libération
Que ressentez-vous après la libération d’Ingrid Bettancourt ?
Quelle femme magnifique ! Quel courage ! Elle est devenue pour nous tous l’ambassadrice mondiale des libertés.
Laurent Fabius, comment envisagez-vous votre rôle dans le prochain congrès socialiste ?
Je ne suis pas candidat premier secrétaire, cela me donne une grande liberté d’appréciation. J’aimerais que, face aux bouleversements internationaux, face aux graves reculs économiques, sociaux, culturels de ce début de quinquennat, le PS soit une force utile aux Français, une grande force d’opposition et d’alternative. J’espère un Congrès de changement, qui engage réellement la reconstruction de la gauche.
Comment expliquez-vous les absences du PS, que beaucoup jugent « inaudible » ?
Le contre-coup de la défaite présidentielle constitue une part de l’explication. Mais il y a aussi la faiblesse de la direction actuelle et le médiocre climat interne. Si, comme je le souhaite, apparaissent lors du Congrès une ligne nouvelle et une nouvelle équipe, nous redeviendrons « audibles ».
Que répondez-vous aux socialistes qui qualifient les reconstructeurs d’alliance des « carpes et des lapins » ?
Les « reconstructeurs » sont l’élément le plus nouveau au PS depuis longtemps. Les socialistes ont perdu trois présidentielles de suite, les disputes intestines sont lassantes : le PS a un besoin vital de changement et ce n’est pas en reconduisant sous d’autres apparences le schéma à l’oeuvre depuis 10 ans que nous y parviendrons. Les reconstructeurs s’accordent sur ce constat, et sur la nécessité de dépasser les clivages anciens pour avancer.
Croyez-vous à une motion commune ?
Je serais déçu si ce n’était pas le cas.
Pourquoi vous être rapproché de Martine Aubry ?
Nous avons beaucoup d’analyses et de soutiens en commun. Nous considérons comme centrales les questions sociale, éducative et de logement. Nous préférons dire « nous » plutôt que « je ». Et nous voulons recontruire à gauche.
Vous n’avez pas toujours été d’accord avec elle...
C’est exact, mais le monde évolue et Martine pense, comme moi, qu’il faut pouvoir unir au-delà des clivages traditionnels, sans se tromper d’échéance.
Vous laissez également la porte grande ouverte aux amis de Benoît Hamon...
Nous voulons un rassemblement large.
Comment considérez-vous la position de Ségolène Royal, qui tente de préempter le rôle d’opposante numéro un à l’Elysée ?
Je me réjouis de tout ce qui peut renforcer l’opposition, sans qu’il soit besoin de donner un numéro.
Etes-vous d’accord avec elle quand elle préconise une « bonne querelle » au congrès ?
Pourquoi se quereller ? Je préfère le débat au pugilat.
L’Europe ne serait-elle plus une pomme de discorde pour les socialistes ?
Elle l’a été : nous avons eu une divergence importante d’analyse sur le traité constitutionnel en 2005. Les Français ont voté. Certains dirigeants, notamment au sein du PS, voudraient prolonger et même instrumentaliser cette différence : je ne suis pas d’accord. Nous sommes tous pro-européens. Nous pensons tous que la régulation de la mondialisation doit être largement européennne. Lorsque nous nous tournons vers le futur, vers le contenu des politiques, il n’y a pas de discorde, du moins parmi les reconstructeurs. Dans la contribution que je présente, nous insistons sur le contenu concret de l’Europe sociale, sur les coopérations renforcées en matière d’énergie, de recherche et d’innovation ; nous proposons aussi une politique de grands équipements financés par des emprunts européens, qui alimente une croissance durable et réduise la cherté destructrice de l’euro. Quand on se tourne vers l’avenir, il y a beaucoup de convergences.
Comment jugez-vous le contexte dans lequel s’engage la présidence française de l’Union européenne ?
C’est un contexte difficile. M. Sarkozy a retenu quatre priorités. Manquent sur sa liste la dimension sociale de l’Europe, alors que s’impose une réorientation dans ce domaine, et des propositions concernant la régulation économique et financière. L’essentiel, c’est qu’on avance sur des projets. En ayant conscience que l’Union à 27 est devenue hétérogène et qu’il faut donc - je développe cette idée depuis longtemps - que tous ceux qui veulent avancer plus et plus vite puissent le faire.
Et sur la façon qu’a eu le président d’aborder cette échéance ?
Elle est typiquement... sarkozienne : tout par les médias, tout pour les médias. Dès le premier jour de présidence, une heure et quart de télévision, sans droit de réponse, pour expliquer que l’Europe doit « protéger ». Mais alors, pourquoi le gouvernement français vient-il d’accepter que la durée maximum du travail soit portée en Europe de 48 à 65 heures par semaine ?
Quelle est aujourd’hui votre position sur la réforme des institutions ?
L’exécutif est en train de programmer son propre échec. On ne peut pas en effet vouloir faire adopter un texte censé améliorer la démocratie, et agir jour après jour en sens inverse. La droite parle grands principes mais elle mitonne un scrutin régional qui torde le cou à la gauche, elle veut une seconde chambre installée à droite pour au moins l’éternité, et elle met en place un ORTS, Office de radio-télévision sarkozienne, avec un Président nommé par l’Elysée sous prétexte qu’ « on procède déjà ainsi pour la SNCF » ! Sans parler du mépris quotidien envers le Parlement. Côté théorie, c’est « vive le pluralisme ». Mais côté pratique, c’est « en avant la monocratie ». Nous refuserons. L’opposition n’est pas un paillasson.
Propos recueillis par Pascal Virot et David Revault d’Allonnes
