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Interventions

Je souhaite que nous fassions du 50-50 : 50% de critiques et 50% de propositions

7 janvier 2009

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Les députés socialistes vont-ils continuer le même travail d’opposition en déposant par exemple autant d’amendements sur le travail du dimanche que sur la réforme de l’audiovisuel ? Le Parlement, c’est étymologiquement d’abord la parole. Il n’est donc pas question d’être silencieux lorsque des droits importants sont menacés. L’opposition remplira son rôle qui est à la fois de contester et de proposer.

Craignez-vous qu’avec la réforme de la précédure parlementaire, le temps de débat soit limité ? Le pouvoir actuel voit monter la crise sans parvenir à la surmonter. Il est alors tenté de s’en prendre à l’opposition. Dans ce contexte, je crains à la fois un recul des droits du Parlement, un contrôle accru des médias et un charcutage des élections. C’est un schéma malheureusement assez classique. Nous ne devrons pas nous laisser faire.

Mercredi débute l’examen du plan de relance. Quelle va être l’attitude des députés socialistes ? Comme je vous l’ai dit, à la fois développer nos critiques et les assortir de propositions. Je souhaite que nous fassions du 50-50 : 50% de critiques et 50% de propositions.

Quelles seront vos propositions ? Elles seront développées en détail par nos intervenants. Je vous donne quelques lignes. Le gouvernement a tiré trop court avec ce plan de relance, celui-ci doit être complété et réorienté. Premièrement, il faut soutenir le pouvoir d’achat en donnant un coup de pouce au Smic et aux minima sociaux, sinon la consommation chutera. Conditionner également les exonérations sociales aux seules entreprises qui passent un accord salarial. Deuxièmement, nous appuyer d’avantage sur les collectivités locales pour encourager l’investissement en privilégiant financièrement celles qui décident d’investir dès 2009. Ensuite, rendre le financement de la relance plus juste en remettant en cause le "boulet fiscal" annuel voté en 2007. Enfin, faire entrer la puissance publique au capital des banques et à leur conseil d’administration car elles restent beaucoup trop frileuses. Cette relance-là, supérieure d’environ 50 % au plan gouvernemental, ne réglera pas tout mais au moins mobilisera-t-elle au maximum contre la crise. Le plan d’ensemble devra être complété par des dispositions sur l’automobile et le logement.

Vous trouvez aujourd’hui que le président Sarkozy ne fait pas le maximum ? La tâche n’est pas facile mais je suis frappé, quand on connait la situation du pays, par son autosatisfaction. J’avais été le premier à utiliser le terme "d’omniprésident" pour décrire sa façon de concentrer les pouvoirs. On peut maintenant parler d’un "egoprésident". Dans le passé, chaque président français a porté une grande idée. De Gaulle une certaine idée de la France, Pompidou le développement industriel, Giscard la modernisation de la société, Mitterrand la construction européenne, Chirac l’équilibre de la République. Pour N. Sarkozy, sa grande idée semble être... lui-même. Face à l’ampleur de la crise française et mondiale, cela parait un peu court.

Comment sentez-vous le climat dans le pays ? Le climat est mauvais. La crise est profonde, les gens déboussolés. Je n’ai jamais connu une situation comme celle-ci. Il est possible que ce désarroi et ce mécontentement aboutisse à des radicalisations. Pas maintenant parce qu’il fait très froid et que les Français sont assommés par les difficultés mais un peu plus tard. C’est un climat inquiétant.

Lors des émeutes en Grèce vous aviez alerté en disant que la situation pouvait se produire en France. L’UMP accuse le PS de vouloir mettre de l’huile sur le feu... Certainement pas, mais les responsables doivent savoir prévoir. Aucun d’entre nous ne souhaite une explosion, mais il faut éviter la politique de l’autruche. La Grèce, ce n’est pas si loin de nous, ce n’est pas la Mongolie extérieure.

Le PS, qui est sorti très abîmé de son congrès, est-il en état de s’opposer ? Oui, il a les atouts pour rebondir. Martine Aubry a les cartes en main et les qualités pour cela. J’espère maintenant que tous les socialistes vont l’aider pour que le PS soit à la hauteur.

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Laurent Fabius sur Europe1 dimanche 7 marsMentions légales | Plan du site