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Les enjeux pour un projet socialiste
4 décembre 2004
Ce qui doit prévaloir, c’est le rassemblement des socialistes en même temps que l’ancrage à Gauche du Parti socialiste. Ces deux priorités sont liées entre elles. Veillons-y. C’est la condition de nos succès futurs.
Chers camarades,
Notre Conseil national se déroule après un trimestre de débat intense. Durant cette période, j’ai voulu répondre à la seule question qui était posée à partir du texte proposé. Dans le respect des camarades qui défendaient une autre position et dans le refus de changer un référendum en plébiscite. Avec la volonté d’écouter, d’expliquer, d’échanger. Je crois que c’est ainsi qu’il faut faire de la politique. Je crois que c’est ce que l’on se doit mutuellement entre socialistes.
Les militants ont tranché nettement. Un peu moins de 60 000 ont dit oui, un peu plus de 40 000 ont dit non. La position du PS doit être respectée. Mais nul ne doit être conduit à renier ses convictions. Le résultat n’enlève rien à la portée des interrogations sur le texte actuel de la Constitution, ni aux inquiétudes ressenties par nos compatriotes quant à la marche actuelle de la construction européenne. Il reviendra aux partisans du oui de convaincre les Français. Mais il nous revient à tous de veiller à l’unité du Parti socialiste et à son ancrage à Gauche.
Je souhaite faire à ce stade trois remarques brèves pour nous projeter vers l’avenir.
Ce premier usage du référendum militant doit nous faire réfléchir sur la procédure elle-même. Bien entendu, il ne faut pas l’évaluer en fonction du résultat obtenu ou du résultat attendu, mais de manière objective. En positif, je retiens la mobilisation remarquable de nos militants. Dans les fédérations, tous avaient le texte en main, l’avaient analysé avec sérieux. Ils doivent être félicités et remerciés. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas tranché une question de fond. En même temps, l’exercice a parfois montré des limites, par exemple dans l’utilisation qu’en faisaient certains - je pense notamment aux médias - pour nous diviser. Je propose que nous réfléchissions collectivement aux enseignements à tirer de la procédure du référendum.
Ma deuxième remarque concerne notre combat face à la droite. Depuis trois mois, nous avons beaucoup parlé de la Constitution européenne et les Français ont commencé de se saisir de la question à travers nos débats. Mais attention au piège qui consisterait à laisser se développer l’idée que nous sommes devenus seulement des spécialistes de la question européenne quand nos électeurs nous attendent surtout dans notre rôle de défenseurs de leurs intérêts et d’opposition à la droite. Le nouveau président de l’UMP a une inclination libérale, atlantiste et communautariste - dans son discours d’investiture, il a même cité... Jean-Paul II. Mais ne pensons pas - et ne disons pas - que surgit, avec l’UMP de Sarkozy, une droite radicalement nouvelle. Cela reviendrait à crédibiliser qu’un changement total de doctrine s’opère à droite, ce qui contribuerait à « recentrer » Chirac et à crédibiliser Sarkozy d’une image de nouveauté. Le Parti doit mener, plus fortement que par le passé, un double travail à la fois contre la droite et sur la droite. C’est capital pour préparer les futures échéances.
Enfin, nous devons désormais bâtir notre projet. Nous avons pris - et c’est normal - un peu de retard. Pour qu’il soit très convaincant, notre projet doit être une œuvre collective. A chacun d’y être associé. Là aussi, c’est l’occasion d’étayer notre critique par rapport à ce qu’a accompli la droite depuis deux ans et demi. Méfions-nous d’une trop grande certitude ! Notre projet ne pourra pas se réduire à des débats trop abstraits ou trop lointains des préoccupations de nos concitoyens - comme par exemple se demander ce qu’il faut penser de mai 68, comme je l’ai lu récemment. Il devra faire œuvre d’imagination, mais bâtir sur un socle solide. Par exemple, je suis convaincu que les Français estiment que les réformes accomplies par la droite depuis deux ans et demi sont injustes, mais je pense qu’ils jugent que des réformes étaient utiles. A nous de dire avec courage ce que nous conserverons et ce que nous repousserons. Outre l’emploi, le logement, l’éducation, nous devrons revenir sur deux enjeux qui préoccupent les Français et que la droite n’a pas réglés : les retraites et l’assurance-maladie. Nous sommes attendus sur ces terrains.
Chers camarades, ce qui doit prévaloir, c’est le rassemblement des socialistes en même temps que l’ancrage à Gauche du Parti socialiste. Ces deux priorités sont liées entre elles. Veillons-y. C’est la condition de nos succès futurs.
