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Interventions
Laurent Fabius au meeting de Lille avec Martine Aubry
5 juin 2009
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Laurent Fabius a pris la parole devant près de 3000 personnes venues soutenir la liste socialiste du Nord-Ouest en présence de Martine Aubry, Bertrand Delanoë et Poul Nyrup Rassmussen, Président du Parti socialiste européen, au Zénith de Lille.
Retrouvez l’intégralité des interventions des différents orateurs sur http://www.changerleurope.fr/.Chers amis, chers camarades
Je veux d’abord saluer quelques-uns d’entre nous qui vous symbolisent tous.
D’abord celui qui fut, avant moi, premier ministre de François Mitterrand : Pierre Mauroy. Puis celui qui conduit notre liste dans le Nord-Ouest, qui n’a cessé de parcourir toutes nos régions, qui est venu si souvent en Normandie qu’il a acquis la double nationalité de « Ch’ti Normand » : Gilles Pargneaux.
Je salue aussi un camarade pour lequel j’ai estime et amitié, qui au niveau européen prouve que la social-démocratie n’a d’avenir que si elle est puissamment ancrée à gauche : Poul Nyrup Rasmussen.
Je veux enfin dire mon amitié et mon affection à celle qui s’est engagée, au plan national, pour rendre son efficacité et son unité au Parti socialiste : Martine Aubry.
Chers amis, chers camarades,
C’est dans trois jours. Il faut aller à l’essentiel. Cette élection est un face à face entre la droite, l’UMP, et le parti socialiste.
Du coté de M. Sarkozy, cette élection -comme à chaque fois- n’est malheureusement pas un vrai moment de confrontation démocratique ; c’est plutôt une tentative d’imposture. Nous avons tous le souvenir cuisant de l’élection présidentielle. Sur quels thèmes a-t-il élu ? « Le Président du pouvoir d’achat » ? De ses amis, oui ! Mais des Français, certainement pas. « Travailler plus pour gagner plus » ? Chômer davantage et gagner moins, voilà la réalité aujourd’hui.
Là ne s’arrête pas la tentative d’imposture. Dans les meetings de la campagne présidentielle, les deux noms les plus prononcés par le candidat Sarkozy étaient ceux de Jean Jaurès et du Général De Gaulle. Sa conception de l’éducation, celle de Jaurès ? La conception de l’éducation du Président de la République, c’est plutôt celle qui conduit à supprimer des postes d’enseignants par milliers et à laisser interpeller un enfant de six ans par la police à la sortie d’une école !
Quant au Général De Gaulle, il se retournerait dans sa tombe s’il apprenait que celui qui se réclame de lui n’a eu de cesse que la France rejoigne le commandement intégré de l’OTAN, que De Gaulle avait opportunément décidé de quitter il y a plus de 40 ans.
Imposture, le mot peut paraître fort, il est juste. J’ai écouté les arguments de l’UMP dans cette campagne. Le principal : « Nous ferons aussi bien que le bilan exceptionnel de la dernière Présidence française de l’Union européenne ». Mais, où a-t-on inventé qu’il y a un bilan exceptionnel de cette Présidence ?
Qu’a fait Nicolas Sarkozy en matière sociale, qui est pourtant la principale urgence ? La seule décision majeure qu’il ait prise, c’est d’autoriser le travail jusqu’à 65h par semaine en Europe, c’est-à-dire du lundi au samedi, de 8h à 19h, sans pause-déjeuner.
Bilan exceptionnel sur la Géorgie ? S’il s’agissait de préserver la Géorgie, celui qui se rend en Ossétie et en Abkhazie pourra constater un véritable transfert vers la Russie. Bilan positif, oui, pour Messieurs Medvedev et Poutine.
Et qu’a fait M. Sarkozy face à la crise ? Il suffit de comparer : le plan de relance des Etats-Unis d’Obama : 800 milliards de dollars. La Chine : 600 milliards. Le Japon : 500 milliards. L’Europe, moins de la moitié. Et pour la France, le plus petit plan de relance des pays européens. Monsieur Sarkozy aime qu’on juge sur les résultats. Quand on a ces résultats-là, on ne présente pas un bilan mais plutôt des excuses.
De l’autre coté, il y a le parti socialiste. Au Parlement européen, il y a seulement deux grandes forces : le PPE, avec l’UMP, et le Parti socialiste européen. Les autres partis sont très minoritaires. Si on veut une vraie alternative, c’est autour du Parti socialiste que cela peut se faire.
Le PS présente un programme fort, convaincant, autour de trois thèmes : la relance verte. La convergence. Et une certaine forme de résistance.
La relance : pour nous, il n’y a pas de relance sans justice sociale. Relance verte : 100 milliards d’Euros, 10 millions d’emploi.
La convergence : pour éviter les délocalisations, pour éviter la dilution de l’Europe et en même temps aider les pays voisins, il faut harmoniser les niveaux de protection sociale et les niveaux fiscaux. Nous l’avons fait il y a plus de vingt ans, quand l’Espagne et le Portugal ont rejoint l’Union européenne, grâce à des moyens budgétaires plus importants à eux accordés. La même procédure ne s’est pas appliquée aux nouveaux pays qui nous ont rejoints depuis. Nous devons les aider directement par un budget plus fort, et indirectement par un salaire minimum dans toute l’Europe, une harmonisation sociale et fiscale. Sans cela, le risque est celui d’une progressive dislocation de l’Europe.
Résistance, enfin. Je reviens d’un voyage de travail en Chine. J’ai visité une zone industrielle dont la superficie est de... 6000 km2. C’est plus qu’un Département français. Ces pays se développent, tant mieux. Mais si nous voulons que ce développement se fasse au bénéfice de leurs habitants sans être à notre détriment, il faut mettre en place des écluses commerciales au niveau social, environnemental. Pour que leur développement souhaitable ne soit pas synonyme de notre contre-développement.
La résistance, c’est aussi la défense des services publics. Hôpital, éducation, culture, transports,... La droite refuse une directive cadre protectrice, la gauche le propose. La devise de la République et du service public, c’est « Liberté, Egalité, Fraternité », pas « Vive la concurrence libre et non faussée ».
Un élément nouveau de cette campagne, c’est que tous les socialistes sont unis sur ces thèmes. Socialistes européens, socialistes français. Rappelons nous les débats d’il y a 4 ans. Je remercie Martine d’avoir dit ce que nous savons tous ici : quelles qu’aient été nos positions passées, tous les socialistes français sont des Européens convaincus. Nous avons pu, grâce au travail accompli sous la direction de Martine, mettre en avant cette unité.
Le résultat de l’élection européenne va largement dépendre de ce qui se passera dans les trois jours à venir. Beaucoup de concitoyens sont encore indécis. Ils se demandent s’ils vont aller voter, et pour qui. Que va-t-il se passer dans ces trois jours ?
Du coté de M. Sarkozy, je le pressens. Le Président américain vient en France. Nous sommes de ceux qui sont heureux d’accueillir le Président Obama, car nous savons ce que nous devons aux Américains qui se sont battus pour notre liberté et nous éprouvons de l’admiration pour son action.
Mais nous ne sommes pas dupes des tentatives de récupération. Il y aurait même un combat pour se trouver seul avec M. Obama sur la photo ! Je dis, avec le sourire, que les Français sont intelligents : il se pourrait, si on les y pousse vraiment, qu’ils cherchent à établir une comparaison entre les deux Présidents.
Nous ferons en sorte, nous, que ces trois derniers jours de campagne soient occupés à développer nos arguments. On ne peut pas s’abstenir le dimanche et venir se plaindre le mardi. Si l’UMP n’est pas battue, le Président de la République présentera ce résultat comme un referendum sur sa politique et rendra cette dernière plus dure encore. Il y a une façon et une seule de faire barrage à la politique de M. Sarkozy et de promouvoir une autre Europe, c’est le vote socialiste.
L’Europe est un grand projet. Elle nous a apporté la paix, c’est énorme. Quand on regarde le monde aujourd’hui et demain, les problèmes qui se posent, l’Europe est notre espérance. L’Europe sera socialiste ou ne sera pas. Vive l’Europe, vive le Parti socialiste.
