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"Le projet de réforme de La Poste est catastrophique" : interview de Laurent Fabius au Parisien
23 septembre 2009
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Propos recueillis par S.C. et M.L, 20.09.2009
Donner à la Poste des moyens financiers supplémentaires tout en garantissant son caractère à 100 % public... franchement, c’est un projet que vous auriez pu porter lorsque vous étiez aux affaires ?
Non. Je suis absolument contre. Ce projet n’apporte aucune garantie pérenne sur le caractère à 100 % public de la Poste. Le précédent de Gaz de France est éloquent : la main sur le coeur, le président de la République avait affirmé que GDF resterait public. L’entreprise a été privatisée et l’on a vu les effets sur les prix du gaz !
La Poste société anonyme bénéficiera d’une augmentation de 2,7 milliards d’euros. Ne faut-il pas en passer par là pour moderniser le service public ?
C’est l’argument de la droite. Mais la Poste peut tout à fait dégager les financements suffisants avec son statut actuel. Je ne dis pas que les services publics ne doivent pas évoluer, mais le changement de statut risque de déboucher sur une catastrophe. Comme en Suède, où la Poste a été privatisée dès 1993 ; depuis, 90 % des bureaux de poste ont été fermés et le prix du timbre a augmenté de 50 % pour les particuliers.
En France, il n’est pas question de fermer des bureaux de poste...
Deux ou trois bureaux de poste ferment déjà chaque jour. Le changement de statut va accélérer le mouvement. Il risque aussi d’avoir des répercussions sur le prix du timbre et le rythme des levées partout en France. Sur le plan social, la Poste a déjà supprimé 50 000 emplois depuis 2002 et elle veut encore supprimer 20 à 30 % des postes d’ici à 2010-2012. On me dit : le service universel sera garanti. Mais cette promesse ne sera qu’un chiffon de papier si l’on ouvre la porte à une logique de privatisation.
Pensez-vous les Français hostiles à ce changement de statut de la Poste ?
C’est un sujet fort de préoccupation et pas seulement dans les zones rurales. La gauche a donc voulu sur ce sujet un référendum d’initiative populaire. De façon scandaleuse, le gouvernement nous a empêchés juridiquement de le faire. Dans la semaine du 29 septembre au 3 octobre, nous organiserons avec d’autres une grande consultation populaire. Nous attendons des centaines de milliers, voire des millions, de votes. Si la grève des postiers mardi est forte et que les citoyens français se mobilisent en octobre, le gouvernement sera obligé d’y regarder à deux fois.
