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Les enjeux pour un projet socialiste
20 mars 2005
Le diagnostic des socialistes doit réenclencher la croyance dans le progrès. C’est pourquoi il ne doit pas seulement valoir pour 2005, mais être opératoire en 2007 et au-delà.
Chers camarades,
Je souhaite verser à notre discussion collective plusieurs remarques brèves.
Le diagnostic qui nous est soumis comporte de nombreux aspects intéressants, en particulier l’affirmation de la valeur cruciale du travail, de la sécurité et de la culture dans notre vision socialiste. Je partage cette prise de conscience qui a fait longtemps controverse dans notre Parti et qui est ici acquise. Je veux remercier celles et ceux qui ont contribué à la réflexion sur le diagnostic. Je remarque que l’Outre-Mer n’est pas abordé dans le document qui nous est soumis ; je pense que cette absence sera rapidement comblée tant les enjeux pour nos compatriotes des DOM et des TOM sont importants.
Nous devons passer notre diagnostic au tamis de la durée. Le texte du diagnostic comporte des horizons dans le temps qui ne sont pas les mêmes : le passé, le présent et le grand futur. Ma conviction est que le diagnostic des socialistes, qui sera le socle de notre projet pour l’alternance, doit valoir non pas seulement en mars 2005, mais être opératoire pour 2007 et au-delà. C’est vrai pour la plupart des champs que nous avons à couvrir. Evitons ce qui est trop daté et interprétons ce qui, dans le présent, résistera à la durée parce que là sera le cœur des préoccupations populaires.
Nous devons passer le diagnostic socialiste au tamis de notre électorat, de ses inquiétudes et de ses attentes. Dire que la société est émiettée est une réalité et même une évidence. Mais je me demande si cet émiettement peut fournir une base idéologique et politique suffisante. Au-delà de l’émiettement du corps social à l’infini, je pense qu’il existe une coupure béante entre deux France, entre ceux de nos concitoyens qui ont une perspective d’avenir et les millions de Français qui n’en ont pas, ni pour eux-mêmes et leurs enfants ni pour la société tout entière. Cette cassure - qui surgit notamment à travers la question du pouvoir d’achat - provoque une crise profonde de la confiance dans le progrès individuel et collectif qui structurait, jusqu’à un temps récent, le contrat social et constituait depuis l’origine la matrice du socialisme. Ce que les Français attendent du Parti socialiste, dans son diagnostic puis dans ses propositions, c’est qu’il réhabilite par un projet rassembleur la capacité de progresser et de protéger.
Enfin, notre diagnostic doit être soumis au tamis de plusieurs bouleversements qui saisissent le monde et le système capitaliste.
C’est d’abord le bouleversement que constitue la réalité des délocalisations, de la désindustrialisation et de leurs risques pour l’emploi. Lors d’un récent voyage en Chine, je me suis rendu dans une zone industrielle à proximité de Shanghai dont la superficie est de... 29 000 hectares, soit trois fois la superficie de Paris. Je croyais découvrir des productions « bas de gamme » ; j’y ai vu une technopole dédiée aux hautes technologies. Les dizaines de milliers d’ouvriers employés sur ce site gagnent... 60 euros par mois ! Qui peut croire que, dans un monde globalisé, cette tendance va épargner la France et l’Europe ? Déjà, dans nos territoires, des secteurs - le textile aujourd’hui, la fabrication de meubles demain - sont ou seront touchés. Notre diagnostic ne peut seulement en appeler à un « plan contre les délocalisations ». Il doit mettre cet enjeu au cœur de notre réflexion.
Le défi écologique doit également figurer comme un pilier de notre démarche pour le futur. Les risques qui pèsent sur l’environnement - qu’ils soient climatiques, énergétiques ou sanitaires - ne sont pas une simple « préoccupation ». Ils mettent en jeu notre survie et celle de la planète. Longtemps, l’engagement socialiste a mis de côté la préoccupation écologique parce qu’il faisait primer pour des raisons historiques compréhensibles une approche industrialiste. L’urgence environnementale doit figurer en tête de notre agenda socialiste.
La question de l’action publique est également décisive parce qu’elle pose la capacité du politique à peser sur le cours des choses. Si nous ne voulons pas que la manipulation orchestrée par N. Sarkozy - « le changement par la droite et au sein de la droite » - se déploie en 2007, nous devons souligner que la puissance publique peut agir et réformer, ce qui suppose à la fois de clarifier son périmètre, d’établir des partenariats avec les partenaires sociaux, de fixer des priorités claires pour la législature, de réexaminer nos modes d’intervention publics. Ce défi est rendu d’autant plus difficile que les ardoises laissées par le président de la République et l’actuel gouvernement seront massives - en matière de retraites, de sécurité sociale, de décentralisation notamment.
Chers camarades, la France est en panne. La société est en crise. La population est en attente de progrès et de protections. Si nous savons répondre à ces demandes d’horizon et d’espoir, nous bâtirons ensemble un projet socialiste et qui emportera l’adhésion populaire. Je vous remercie.
