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A l’Assemblée nationale
24 novembre 2009
ASSEMBLEE NATIONALE,
Laurent FABIUS - 24 novembre 2009 :
Mesdames et Messieurs les députés,
L’article 1er de la proposition de loi que nous vous soumettons dispose : "toute personne majeure, en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable, infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée et qu’elle juge insupportable, peut demander à bénéficier, dans les conditions strictes prévues au présent titre, d’une assistance médicalisée pour mourir dans la dignité". Les huit autres articles précisent les conditions et les contrôles juridiques et médicaux rigoureux prévus pour l’exercice de ce droit.
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Nos échanges de jeudi dernier, en général de haute tenue, ont montré qu’il n’existe pas de contradiction entre ce nouveau droit et le développement des soins palliatifs. Ceux-ci jouent un rôle essentiel, ils sont pratiqués par des soignants au dévouement admirable et ils doivent être encouragés. Cet aspect est expressément précisé dans le texte et il s’applique dans les pays voisins où le nouveau droit s’exerce.
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Un débat s’est engagé sur la notion de "dignité". Certains redoutent qu’ouvrir le choix de "mourir dans la dignité" aux malades atteints d’affections graves et incurables n’implique qu’on juge contraire à cette dignité la vie elle-même ou la fin de vie des malades qui n’ont pas recours à ce choix. Tel n’est ni l’objet de ce texte ni son effet. Il place la personne humaine au centre de toute décision, ce qui constitue un puissant élément de dignité. Il la rend juge de décider si ses souffrances sont telles qu’elle puisse demander, dans des conditions très strictes, une aide médicale active à finir sa vie. Cette liberté ne porte atteinte à aucune autre. Et le choix proposé pour soi-même ne constitue en rien un jugement de valeur sur la vie d’autrui. C’est pourquoi l’ouverture de ce droit a reçu et reçoit le soutien de millions de femmes et d’hommes, quelles que soient leurs convictions philosophiques, religieuses ou politiques. C’est aussi pourquoi des femmes et des hommes, anonymes ou connus, ont affronté courageusement avec leur famille et leurs soignants des souffrances déchirantes et des interdits, avec l’espoir qu’ils ne seraient pas "morts pour rien". Nous pensons à eux aujourd’hui.
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Chaque année en France, plus d’un millier de malades se retrouvent dans la situation extrême qu’envisage notre proposition de loi. D’importants progrès ont été réalisés : les traitements anti-douleurs, les soins palliatifs, l’arrêt de l’acharnement thérapeutique autorisé par la loi de 2005 apportent des solutions dans de nombreux cas. Mais il demeure, je le répète, plus d’un millier de personnes sans solution de cette nature. Soit parce que leurs douleurs physiques ne peuvent pas être corrigées. Soit parce que leur souffrance psychique ne peut pas être levée. Sauf à les plonger dans un coma irrémédiable. Que se passe-t-il alors ? Une petite partie de ces malades, qui en ont les moyens financiers, trouvent à l’étranger une solution qui est alors légale. Les autres dépendent de la décision prise par les soignants de tel ou tel établissement, décision intervenant souvent en dehors de tout cadre légal, les souffrances étant abrégées sans que le malade lui-même, sa famille ni a fortiori un collège de médecins ne se soit prononcé. On prétend calmer la douleur, mais on administre des doses de sédatif qu’on sait mortelles. Le débat réel est donc celui-ci : ou bien, comme aujourd’hui, accepter hypocritement que des euthanasies nombreuses soient pratiquées sans règles ni contrôle, ou bien ouvrir le choix d’une fin de vie encadrée par des règles précises qui constituent une protection pour le malade. Et une protection pour le médecin qui agira désormais ou qui refusera d’agir - c’est son droit - dans un cadre strict. Le choix n’est donc pas entre une situation satisfaisante aujourd’hui et une législation dangereuse demain, mais entre une situation confuse et dangereuse aujourd’hui et l’adoption pour l’avenir de règles protectrices de la liberté et de la dignité.
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Un jour viendra où, dans notre société laïque qui conforte ses principes à travers la loi, les trois piliers de la devise républicaine seront mieux respectés du début de la vie jusqu’à son terme. Nous proposons davantage de fraternité face à la fin de vie, en permettant à ceux - et les mots ont un sens - qui souffrent "mille morts", d’obtenir qu’il y soit mis fin. Nous proposons davantage d’égalité car nous pensons choquant et injuste que la fin de vie dépende du degré de fortune et de relations de chacun, voire du hasard des pratiques hospitalières. Nous proposons davantage de liberté par une nouvelle avancée du droit. Nous vous proposons par votre vote de traduire ce droit dans la loi.
Principales interventions à l’Assemblée nationale entre 2002 et 2008
- Question écrite sur la possibilité pour les Départements et les régions de produire de l’énergie solaire (20 mai 2008)
- Interrogation sur le non-respect des engagements de campagne de Nicolas Sarkozy sur la baisse des prélèvements obligatoires (23 octobre 2007)
- Question écrite sur la situation de certains retraités non éligibles au crédit d’impôt pour l’emploi d’une aide à domicile. (15 octobre 2007)
- Question écrite à propos de la décision prise par le Gouvernement, qualifiée de « franchise médicale » et qu’il vaudrait mieux appeler « taxation des soins ». (25 septembre 2007)
- Question écrite sur la situation du site industriel « la Couronnaise de Raffinage », à Petit Couronne (12 septembre 2007)
- Question écrite au Premier ministres sur la TVA à 5,5 sur les travaux de rénovation du logement (12 décembre 2006)
- Question écrite à Nelly Ollin, Ministre de l’écologie et du développement durable. (30 mars 2006)
- Laurent Fabius interroge à l’Assemblée nationale le Premier Ministre sur l’OPA hostile de Mittal Steel sur Arcelor et demande la position du gouvernement français. C’est le Ministre de l’Industrie qui lui répond... (1er février 2006)
- Il est inadmissible que les justiciables moins fortunés perdent le droit de faire appel ! (27 janvier 2006)
- Les conséquences redoutables pour les régions, des décisions européennes et françaises (20 janvier 2006)
- Demande de retrait de la directive portuaire . (17 janvier 2006)
- La franchise de 24 euros sur le versement de l’APL est injuste et pénalise les plus modestes (22 novembre 2005)
- L’Etat ne respecte pas ses engagements à l’Université de Rouen. (20 septembre 2005)
- Le gouvernement s’attaque aux pensions de réversion (21 septembre 2004)
- L’APL supprimé pour les plus modestes. (8 septembre 2004)
- Montée de l’antisémitisme : il faut réagir ! (11 mai 2004)
- Un membre du gouvernement met en cause les chercheurs (2 mars 2004)
- Une détenue obligée d’accoucher avec des menottes ! (10 février 2004)
- Intervention dans le débat sur le voile à l’école. (4 février 2004)
- Préoccupations sur l’emploi lors de l’OPA sur Aventis (27 janvier 2004)
- Les conséquences désastreuses de la fermeture de Parmalat sur l’activité agroalimentaire en France (6 janvier 2004)
- Le gouvernement veut réglementer l’exercice de la psychothérapie. (8 décembre 2003)
- Il faut d’urgence un plan national anti-sécheresse. (30 juin 2003)
- Instaurer un audit annuel des finances publiques. (13 juin 2003)
- Le nécessaire respect de la démocratie. (12 juin 2003)
- La recherche doit redevenir une grande priorité nationale. (5 mai 2003)
- Construire une défense européenne. (26 mars 2003)
- La Lybie à la présidence de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU ! (27 janvier 2003)
- Rendre obligatoire la participation au vote et modifier certaines dispositions du code électoral. (23 janvier 2003)
- Nominations partisanes de hauts fonctionnaires. (19 décembre 2002)
- Il faut défendre nos services publics au sein de l’OMC ! (25 novembre 2002)
- Au lendemain du naufrage du Prestige. (21 novembre 2002)
