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"La fausse alternative" : tribune de Laurent Fabius dans Nice Matin, Var Matin et Corse Matin
18 février 2010
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En 2007, lors de son élection, le Président de la République avait distribué les rôles. M. Sarkozy ferait tout, M. Fillon s’occuperait du reste. Selon une formule aimable, le Premier ministre serait son « collaborateur ». Mille jours plus tard, c’est ce dernier qui bat la campagne. Les sondages sont mauvais, la popularité du chef de l’Etat plus encore, les élections régionales approchent : le Président redécouvre provisoirement l’utilité du Premier ministre.
La méthode est bien au point : M. Sarkozy fait les promesses, M. Fillon s’excuse de ne pas les tenir. L’un fait croire qu’il prépare l’avenir, l’autre qu’il gère les contraintes du présent. Le premier serait la vision agitée, le second la gestion accablée. M. Fillon est - relativement - populaire non pour ce qu’il fait, mais pour les défauts qu’il n’a pas. Au gré des études d’opinion, des circonstances et des sujets, l’Elysée consent à Matignon une liberté plus ou moins grande.
Les exemples abondent de cette répartition des rôles, qui est aussi un attrape-gogos. Le Président lance un débat sur l’identité nationale puis, quand les paroles dérapent et les tensions surgissent, le Premier ministre est chargé de l’enterrer. Le chef de l’Etat se fâche avec la Chine, le chef du Gouvernement part pour Pékin essayer de se faire pardonner. Celui qui est le moins impopulaire des deux est chargé d’apparaître comme une alternative à l’autre. Peine perdue ! Si le style diffère, la politique est partagée, les résultats sont communs. On ne doit pas oublier que le même M. Fillon, présenté aujourd’hui comme l’apôtre du social, évoquait le 12 juin 2007 une augmentation de 5 points de la TVA...sociale pour 2009.
Avant même que la crise ne commence, le Premier ministre reconnaissait être à la tête d’un Etat « en faillite ». Trois ans de Gouvernement Sarkozy-Fillon plus tard, le déficit a doublé à la fois sous le coup de la crise et, comme vient de le montrer la Cour des comptes, du fait de mesures économiques et fiscales injustes et inefficaces. Le chômage et la précarité s’accroissent : les décisions originelles - bouclier fiscal, hausses des prélèvements sociaux, recul des services publics - aggravent les difficultés et empêchent les mesures protectrices.
On aimerait que ce bilan soit positif, mais on est obligés de constater les faits : en dépit de lois innombrables et de discours incessants, la sécurité n’est pas assurée ; l’école et l’université, la justice et la police, l’hôpital et les collectivités locales, tout ce qui sert au plus grand nombre est jugé trop cher. Les banques sont choyées, les PME largement oubliées. La voix de la France, diluée dans l’OTAN, se banalise. Après les élections régionales, et surtout si les électeurs ne s’y expriment pas fortement, se prépare un nouveau grand coup de massue économique, social, fiscal, territorial.
Bref, si les personnalités qui composent le tandem exécutif sont évidemment différentes, la politique suivie est bel et bien unique. Ne tombons donc pas dans le piège de la fausse alternative.
