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"L’enjeu des élections de mars est à la fois régional et national" : grande interview de Laurent Fabius au ’Bien Public’

21 février 2010

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Interview à paraître dimanche 21 février.

Pour vous, quel est l’enjeu majeur des élections régionales ? Faut-il y voir un scrutin-test pour le Parti socialiste ?

L’enjeu est à la fois régional et national. L’enjeu régional, c’est de désigner les projets et les équipes dans les régions pour les années qui viennent. Les électeurs estiment que les socialistes ont fait du bon travail et ils se reconnaissent dans leurs propositions. Mais il y a aussi un enjeu national. Le président de la République a dit qu’il tiendrait compte du résultat. Après les deux tours des élections, il y aura donc un 3e tour, celui des décisions gouvernementales sur les retraites, l’école, les collectivités locales. Si on veut peser de façon positive pour empêcher le tour de vis, il faut que le résultat des régionales soit favorable au PS. Sinon, le gouvernement n’infléchira pas sa politique : pire, il l’aggravera.

Nombre de présidents socialistes ont dirigé leur région avec les Verts, comme ici en Bourgogne. Faut-il poursuivre voire renforcer cette alliance ?

Oui. Nous avions souhaité que les équipes qui avaient bien dirigé ensemble se présentent rassemblées. Quand on a un bon bilan partagé, c’est logique. Nos partenaires, dans plusieurs régions, en ont décidé autrement. Le rassemblement se fera donc au deuxième tour, sur la base des résultats du premier.

Les Verts justement refusent de n’être qu’une variable d’ajustement et demandent à être considérés comme des partenaires du PS. Faut-il revoir cette alliance ?

Ce sont bien sûr des partenaires. Avec des droits et des devoirs. Notre projet est commun : faire barrage au libéralisme et bâtir un nouveau mode de développement. Mais il y a aussi certaines différences : nous, socialistes, sommes pour une écologie positive et non punitive. Nous ne pensons pas que la préservation de l’environnement passe par des difficultés supplémentaires pour les ménages modestes ou les PME. Nous préférons les incitations et les encouragements.

La réforme des retraites est engagée. Quelle est votre vision sur cette réforme majeure ? Est-elle indispensable ?

Réformer est nécessaire. Vivre plus longtemps a des conséquences sur l’emploi, sur les finances publiques, sur l’éducation, sur notre rapport au temps. Au plan financier, il y a un déséquilibre qui risque de s’amplifier si l’on ne fait rien. Mais réformer les retraites, ce n’est pas matraquer les salariés ni baisser les pensions. D’où nos différences d’approche avec le gouvernement.

La question du droit à la retraite à 60 ans est pour nous une ligne rouge. Si ce droit était porté à 62, 63, 65 ans, comme le veut le Gouvernement, des centaines de milliers de personnes qui ont commencé à travailler très jeunes seraient contraintes de faire 44, 45, 48 années de travail. C’est inacceptable. Mais maintenir le droit à la retraite à 60 ans ne veut pas dire que tout le monde prendra sa retraite à cet âge là. Ceux qui ont exercé des métiers pénibles doivent pouvoir partir plus tôt. Et ceux qui ont exercé des métiers moins pénibles pourront partir plus tardivement. Il faut de la souplesse.

Autre préoccupation pour le PS : les petites retraites, notamment des personnes, souvent des femmes, qui n’ont travaillé qu’à temps partiel. Dans la France de 2010, un million de personnes âgées vivent en dessous du seuil de pauvreté. C’est intolérable.

Enfin, nous voulons poser la question du financement. Pour le gouvernement et le Medef, c’est le sujet tabou. Nous pensons que tout doit être sur la table. Il serait logique que certains revenus financiers (stock options, intéressement à la participation) contribuent au financement des retraites. De même, j’ai proposé que les banques, qui font des profits considérables et qui ont été aidées par le gouvernement, soient mises à contribution. Ce serait un juste retour des choses.

Dans les mois qui viennent, notre méthode sera simple. Nous allons préciser notre diagnostic. Puis nous discuterons avec les syndicats. Enfin, quand le gouvernement soumettra son projet au Parlement, nous ferons nos contre-propositions.

La question de la sécurité et de la vidéosurveillance est souvent évoquée alors qu’on approche des élections. Faut-il davantage de caméras dans les villes ? N’y a-t-il pas une limite à poser ?

La vidéo peut être utile dans certains lieux, à titre de dissuasion ou pour recueillir des éléments de preuve. C’est un moyen qui peut compléter une politique de sécurité, pas la résumer. Je suis élu municipal, président d’une grande agglomération de 500 000 habitants (Rouen) et la sécurité est pour moi une question majeure. On nous avait dit qu’avec M. Sarkozy et les 17 lois nouvelles qu’il a fait voter en 7 ans, l’insécurité allait disparaître. Hélas, sur le terrain, ce n’est pas la réalité. Au contraire, c’est l’un des grands échecs de la droite. Et pour cause : le gouvernement prévoit de supprimer plus de 10 000 postes d’agents de sécurité dans les années à venir. Je ne dis pas que la sécurité est seulement une question de moyens, mais si on ne met pas les moyens humains suffisants, on ne peut pas espérer obtenir des résultats.

Le cas Georges Frêche, qui vient de réitérer à l’encontre de Martine Aubry cette fois-ci, comment le percevez-vous à titre personnel ?

Je pense que le Parti socialiste doit être ferme sur ses valeurs. Quand un responsable politique important tient des propos qui y dérogent, il faut le dire et en tirer les conséquences.

Nous sommes à deux ans de l’élection présidentielle, les stratégies sont en œuvre. Pensez-vous que François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon, pourrait devenir Premier secrétaire du PS ?

Nous n’en sommes pas là. A propos de la présidentielle, je relève deux éléments décisifs dans le débat public. D’abord, les études d’opinion indiquent que, pour la première fois depuis longtemps, une majorité importante de Français souhaitent qu’un candidat de gauche l’emporte. C’est une évolution très positive. Le second élément concerne Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et moi-même : nous avons conscience que dans des primaires, il n’est pas question que l’un d’entre nous se présente contre les autres. Il y aura donc, au moins entre nous et peut-être plus largement, une unité. Ces deux éléments peuvent changer la donne en 2012. Mais pour cela, il faut que les élections régionales soient favorables.

Par Emmanuel Hasle

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