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Interventions

Un référendum, ce ne peut pas être un choix entre oui et... oui.

3 mai 2005

Interview au journal "20 Minutes"

Vous faites votre retour médiatique après l’intervention de Lionel Jospin. Est-ce un hasard ?

Je suis allé quelques jours donner des cours et des conférences aux Etats-Unis comme chaque année. Mais rassurez-vous, je suis de retour.

Que reprochez-vous à la Constitution ?

Je suis pour une Constitution européenne, mais qui ne conduise pas à une Europe diluée et à un recul social. Or ce risque existe car le texte a été mal négocié par J. Chirac au moins sur trois points précis qui doivent et peuvent être changés. D’abord, la partie III (322 articles !) : elle grave dans le marbre des politiques (monnaie, transports, pêche,...) parfois régressives et souvent inadaptées à une Europe à 25 ou à 35 ; une Constitution n’a pas à figer les politiques, aucune au monde ne le fait. Ensuite, cette Constitution ne serait pas révisable sauf à l’unanimité ; une dame m’a dit : « Je n’entre pas dans une pièce quand je sais qu’on va fermer derrière moi la porte à double tour » ; je demande donc que le texte soit révisable par exemple à la majorité des 5/6e. Enfin, cinq ou six pays souhaitant avancer plus vite sur le plan économique, social ou autres doivent pouvoir le faire ; ce n’est pas le cas. Ce réexamen éviterait la dilution et le recul social. C’est parfaitement réaliste.

En cas de non, l’Europe est bloquée...

Pas du tout. Un référendum, ce ne peut pas être un choix entre oui et ...oui. Un réexamen est prévu par le texte lui-même : « Si un ou plusieurs Etats membres ont rencontré des difficultés à procéder à la ratification, le Conseil européen se saisit de la question » (p 186, article 30 du texte bleu envoyé à tous les électeurs). Même si le oui l’emporte en France, le non peut gagner par exemple en Pologne, aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne ; donc il faudra bien de toutes façons renégocier. Il faut nous y préparer et, si possible, le faire sur la base de nos propositions.

La France perdrait son leadership européen...

Absolument pas. Quand J. Chirac a dit « non » à l’intervention américaine en Irak, avons-nous perdu notre influence ? Quand De Gaulle ou Mitterrand ont dit non sur des questions européennes, vous pensez que cela a diminué l’influence de la France ? Evidemment non.

Estimez-vous qu’il y a un déséquilibre du temps de parole dans la campagne ?

On a parfois l’impression qu’il s’agit moins d’un « référendum » que d’un « propagandum ». Avec une sorte d’intimidation : si vous êtes pour le « non », c’est que vous n’avez rien compris ! Cette forme de culpabilisation, le gouvernement veut l’utiliser d’une façon voisine quand il fait campagne pour obliger au travail gratuit le lundi de Pentecôte. Ne nous laissons pas intimider ! J’ai confiance dans la capacité de jugement des Français.

Souhaitez-vous débattre avec Jacques Chirac ?

France 2 me l’a proposé, j’ai accepté. Mais j’avais déjà accepté de débattre avec M. Barroso, le Président de la Commission Européenne : l’émission a été annulée. Je dois manquer de chance...

Que manque-t-il au non pour repasser en tête d’ici le 29 mai ?

Il faut centrer le débat sur les conséquences d’un « oui » et d’un « non ». Et insister en particulier sur les conséquences antisociales qu’aurait l’approbation de ce texte. Un « oui » serait interprété, qu’on le veuille ou non, comme un encouragement à la politique du gouvernement, on nous ressortirait des directives du type Bolkenstein, les délocalisations d’emplois s’aggraveraient, la baisse de la protection sociale risquerait de s’accentuer au nom de la toute puissance de la « concurrence ». Le « oui », soutenu par J. Chirac qui fête son 10ème anniversaire à l’Elysée, amplifierait les dérives du fonctionnement européen. Si on veut changer, il faut commencer par dire « non ».

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