Nous devons reconstruire la gauche en restant
fidèles à nos valeurs et en ajustant nos
propositions. Proposons concrètement à gauche
et proposons moderne



Les enjeux pour un projet socialiste

17 septembre 2005

Intervention de Laurent Fabius au Conseil national du PS du 17 septembre 2005.

Le Congrès du Mans a pour but de tracer la ligne politique de notre Parti et de désigner les dirigeants nationaux et locaux.

Mais il va se dérouler alors que nos concitoyens subissent les effets de la politique de la droite la plus libérale et la plus réactionnaire depuis 50 ans. Depuis 2002, elle démolit le pacte social hérité de la Libération : la retraite par répartition, la sécurité sociale, le code du travail. Et voilà que le gouvernement annonce la remise en cause de l’impôt progressif sur le revenu, du financement de l’école publique et du droit du sol !

L’autre enjeu du Mans, c’est le projet socialiste pour 2007. Les militants n’auront pas d’autre occasion de se prononcer. De nombreux camarades, porteurs de contributions différentes, ont décidé de présenter une motion commune intitulée « Rassembler à gauche ».

A gauche dans l’opposition que nous devons mener contre la droite. La mobilisation du PS contre le gouvernement est parfois un peu incertaine, tout au moins ressentie comme telle. Il est gênant d’entendre un responsable socialiste juger l’actuel Premier ministre « plus social » que son ministre de l’Intérieur ! Comme nous l’avions fait au Congrès de Dijon, nous plaidons pour une opposition frontale à la droite Chirac-Villepin-Sarkozy-Bayrou.

À gauche aussi dans les propositions. Des points d’accord importants - ce n’est pas une surprise - nous réunissent. Je pense à la prise en considération de la dimension écologique et environnementale dans la réflexion socialiste. Nous nous en réjouissons pour avoir été, parmi d’autres, de ceux qui l’ont souhaitée depuis longtemps. Autre convergence : l’importance reconnue par tous de l’entreprise, de la création, de l’innovation.

Toutefois, il y a des différences que le Congrès doit trancher.

Notre motion commune « Rassembler à gauche » met l’accent sur quatre problèmes principaux qui correspondent aux quatre premières préoccupations concrètes des Français : l’emploi et le pouvoir d’achat ; le logement ; l’éducation-formation-recherche ; les protections (sanitaires, environnementales, de sécurité publique, etc). Dans une approche transversale, nous plaidons pour l’Europe sociale, une République nouvelle et un développement humain.

Nous disons clairement aux militants ce que nous proposons et ce que nous refusons. En matière de logement, par exemple, nous proposons de supprimer toute subvention publique d’équipement aux communes qui refuseront de s’engager dans la construction de 20 % de logements sociaux contrairement à la loi. Faute de quoi l’objectif de mixité et de droit effectif au logement restera théorique ! Le socialisme doit transformer les choses et pas seulement accompagner leur cours.

Il faut aussi rassembler, et d’abord dans notre Parti. Nous avons réussi un premier rassemblement avec des responsables qui historiquement n’ont pas le même cheminement. Nous souhaitons opérer un deuxième rassemblement, en particulier avec nos camarades NPS, parce que, même si nous avons quelques différences qui justifient que nous ne figurerions pas sur une motion unique, nous trouvons entre nous suffisamment de points de convergence pour préparer ensemble ce que devra être l’avenir du Parti socialiste.

Rassembler la gauche, c’est l’autre défi. Il n’y a pas de mystère ! Pour changer de politique, il faut battre la droite. Pour battre la droite, il faut rassembler la gauche, ce qui suppose de choisir une ligne de gauche. C’est au PS de fixer sa propre ligne, c’est évident ! En même temps, nous ne sommes pas seuls à gauche, ni pour nous opposer, ni pour gouverner.

Les Congrès ont une part d’incertitude et quelques vérités intangibles.

Ce sont les militants qui tranchent sur les décisions, ce qui n’a jamais posé aucun problème lorsqu’elles sont en accord avec l’électorat socialiste.

Le débat se nourrit des propositions et celles-ci sont portées par des femmes et par des hommes. Il n’est pas dans la tradition des mouvements de gauche en général, et du PS en particulier, de passer d¹un débat sur le fond à un débat sur les personnes.

Enfin, ne séparons pas la vie interne du PS et la vie quotidienne des Français, qui est très difficile comme en témoigne la situation des salariés de Hewlett Packard, le prix de l’essence et des loyers, les menaces sur l’école. Face à l’état d’urgence sociale du pays, pour préparer l’alternative et l’alternance, le PS doit savoir écouter, décider, respecter et rassembler à gauche.

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