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Interventions

Il faut un plan de relance pour l’Union européenne

22 octobre 2005

Dans une interview au journal Ouest France, Laurent Fabius analyse la situation de l’Union européenne aujourd’hui et développe les grandes lignes du plan de relance nécessaire pour faire redémarrer l’intégration européenne. Plus que jamais, l’Europe doit être au coeur du projet socialiste. Il revient également avec force sur la nécessité d’une nouvelle ambition pour la recherche et l’enseignement dans notre pays.

En quoi le congrès du Mans va-t-il clarifier l’avenir du parti socialiste ?

Le but de ce Congrès n’est pas de régler des comptes, mais de choisir le projet du PS pour les prochaines échéances. Il y a des clarifications à opérer. Sur la démarche car, pour reconquérir notre électorat, nous devons partir des préoccupations concrètes des Français : emploi et pouvoir d’achat ; logement ; formation, éducation, recherche ; protections sociale, environnementale et de sécurité. Certains socialistes préfèrent une approche très générale et apportent des réponses assez floues. La motion que je présente précise sur chaque point (laïcité, retraites, santé, démocratie,...) ses propositions, afin de « rassembler à gauche ». Il importe d’écouter ce que les électeurs nous disent, et pas de s’isoler dans l’autosatisfaction.

En tant qu’artisan du non au référendum, estimez-vous avoir une responsabilité particulière pour sortir l’Europe de la panne actuelle ?

C’est la crise de l’Union, ancienne et profonde, qui a amené le non, beaucoup plus que l’inverse. Il est indispensable de développer un plan de relance européenne en trois volets. D’abord, adopter les perspectives financières 2007- 2013. Le blocage provient notamment de T. Blair et de J. Chirac qui refuse d’augmenter le budget malgré les besoins. Nous devons aussi en finir avec les projets de directives dangereuses sur les services, les ports, le temps de travail et faire avancer un texte protégeant les services publics.

Cela est en cours, où est la relance ?

Non, les gouvernements font du sur place. Le deuxième volet de la relance consiste à renforcer les compétences et les activités de la zone euro. Ses membres ont fait un choix clair en faveur de l’Europe. Ils doivent maintenant améliorer leur convergence économique, fiscale, sociale vers le haut. Le troisième volet concerne la renégociation du traité constitutionnel. A la différence de V. Giscard d’Estaing, je considère que le président élu en 2007, respectueux du vote des Français, ne pourra pas signer le texte qu’ils ont rejeté. Il faut donc nous mettre au travail, reformuler les deux premières parties, écarter la partie trois, interminable et contestable, qui doit faire l’objet d’autres discussions et remises en cause.

Faut-il attendre 2007 ?

Le mieux serait de commencer maintenant. Mais J. Chirac a perdu beaucoup de crédit. Il a raté l’occasion de l’anniversaire du Traité d’amitié avec l’Allemagne pour avancer, par exemple, vers une défense franco-allemande. Je ne sais quelle sera la marge de manœuvre avec Mme Merkel. Mais la réaffirmation du couple franco-allemand est fondamentale. Ce serait une erreur de vouloir remplacer ce couple, comme le suggère N. Sarkozy, par un groupe réunissant les six plus grands pays européens et notamment la Grande-Bretagne.

Avec quels pays aller de l’avant ?

La Belgique, l’Espagne, l’Allemagne, le Luxembourg, l’Italie si la gauche l’emporte... On doit avancer avec les eurovolontaires sans fermer la porte de la zone euro à d’autres. J’ajoute que la question de l’élargissement est décisive. Elle est pour beaucoup à l’origine de la crise européenne. On a réalisé l’élargissement sans l’approfondissement ! Avec la Turquie, c’est la fuite en avant, qui risque de transformer notre objectif d’une Europe puissante et solidaire en une zone molle de libre échange.

Que pensez-vous de la proposition du commissaire Mandelson de réduire de 70% les aides européennes à l’agriculture ?

Je suis en désaccord. Certes, il faut - et vite - cesser de porter des coups à l’agriculture des pays pauvres. Mais M. Mandelson considère qu’on doit démanteler en réalité toute la PAC. Cette approche hyper libérale est une erreur.

C’est votre opposition au libéralisme mondial ?

Je constate les faits. Pour la première fois, des pays nous concurrencent qui cumulent à la fois une population immense et une haute technologie. Leur développement est évidemment très souhaitable mais la communauté internationale doit fixer des règles d’équilibre au niveau mondial : sur les normes de travail, d’environnement, sur les taux de change, etc... Le grand débat est là : mondialisation ultralibérale ou régulation à finalité humaine.

Sur l’emploi et contre les délocalisations, que préconisez-vous ?

Contre les délocalisations, l’action doit être à la fois mondiale, européenne et nationale. Elle doit être défensive et offensive (politique de la recherche, de l’enseignement supérieur, de la technologie, etc...). L’Europe doit être ouverte, pas offerte, et elle doit proposer. Sur l’emploi, accroître la précarité, comme le fait le gouvernement actuel, ne résoudra rien. La première clé pour l’avenir, c’est la recherche et la formation. Nous devrions doubler en France le budget moyen par étudiant. Quand une entreprise massivement bénéficiaire comme Hewlett-Packard licencie, elle devrait prendre à sa charge un contrat de reclassement et de formation pour ses salariés. L’assiette des cotisations sociales devrait être modifiée pour éviter de pénaliser l’emploi. Je souligne aussi que les secteurs du logement et des services aux personnes offrent des gisements d’emplois massifs. Ce sont là quelques pistes.

Etes-vous partisan d’augmenter toujours la dépense publique ?

Depuis 3 ans la droite a porté la dette à 66% de la richesse nationale. On ne peut pas continuer ainsi. La dépense doit respecter des priorités. Mais il faut aussi des ressources pour nos services publics et notre sécurité sociale : revoir la fiscalité immobilière ; rééquilibrer fiscalité du travail et du capital ; en appeler à des financements européens pour de grands équipements. On ne peut pas multiplier les cadeaux fiscaux.

Vous l’avez fait pourtant au gouvernement.

Nous avons diminué certains impôts avec Lionel Jospin, mais avec un souci permanent de justice et en consolidant la croissance tout en finançant nos services publics. La situation est et sera très différente.

Serez-vous candidat si vous n’êtes pas celui du Parti socialiste ?

Le PS a une procédure, chacun doit s’y soumettre pour le succès collectif.

Les sondages vous montrent toujours peu populaire. A quoi attribuez-vous ce déficit ?

Les sondages ne sont pas les élections. Peut être aussi faudrait-il que les Français me connaissent mieux, que je me livre davantage. Vaste programme, mais, vous verrez, beaucoup de choses vont bouger.

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