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Interventions

Ce que j’ai appris de François Mitterrand : la puissance de la volonté

7 janvier 2006

Interview parue dans le journal "Libération".

« François Mitterrand, qui se définissait d’abord comme un homme libre, pensait que l’expérience des uns ne sert jamais vraiment aux autres. Et pourtant il m’a bien sûr beaucoup appris sur les plans politique et personnel.

Le plus évident de ses enseignements, c’est la puissance de la volonté, la nécessité du rassemblement à gauche et le rôle décisif de l’Europe : tout cela est si connu qu’il devient banal d’en parler.

Il nous a appris quantité d’autres choses. Je cite, sans hiérarchiser : le primat de la culture sur l’économie, la prééminence de la vision historique et stratégique de la France sur une démarche de « coups » médiatiques, le fait que rien en politique ne vaut un enracinement territorial, l’attention au mot juste et à l’épithète inutile, la fidélité en amitié, la nécessité de penser global et d’agir local. Et, d’abord, la dimension humaine de toute action. « La vie, c’est du judo », « quand on veut, on peut », « la politique, c’est dire des choses à des gens », « ne prenez pas toutes les mouches qui volent pour des idées », « qui a trahi trahira », « il faut déplacer les lignes » : c’étaient quelques-unes de ses phrases favorites, porteuses d’une vision philosophique ­ à la fois volontariste et sceptique ­ et d’une pratique politique et humaine.

Sans l’avoir recherché, il nous a appris qu’il fallait se méfier des courtisans, des habitudes, des pouvoirs excessifs et des mandats trop longs. Ah ! J’allais presque oublier : il nous a appris qu’il faut au moins trois qualités essentielles pour un bon président : l’expérience, la compétence et l’endurance. L’homme d’Etat doit savoir anticiper et résister. Il n’est pas totalement inutile de s’en souvenir. »

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Laurent Fabius sur Europe1 dimanche 7 marsMentions légales | Plan du site