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Visite de Laurent Fabius en Guyane

23 février 2006

En Guyane du 20 au 22 février, Laurent Fabius a rencontré de nombreux habitants, acteurs économiques, élus et responsables associatifs. Il a réaffirmé la nécessité de la solidarité nationale à l’égard de l’Outre-Mer.

Attendez quelques instants le chargement du reportage de RFO Guyane consacré à la journée du 22 février.


Entretien de Laurent Fabius avec le PS de Guyane à Cayenne (AFP)

"On ne peut pas préparer de grandes échéances sans aller sur le terrain et demander aux élus et à la population ce qu’ils souhaitent" a déclaré Laurent Fabius.

Il s’est déclaré favorable aux "initiatives pour renforcer les pouvoirs locaux, au service de la population", en écho à un vieux combat du Parti socialiste de Guyane qui souhaite la création d’une nouvelle collectivité en remplacement de la région et du département.


INTERVIEW - FRANCE-GUYANE

20 FEVRIER 2006

Question 1 : Après J. Lang, c’est votre tour de visiter la Guyane. Peut-on dire que la candidature au sein du PS est lancée pour les présidentielles ?

Il n’est pas besoin d’être candidat à l’élection présidentielle pour avoir envie de venir en Guyane tant elle est fascinante et, pour ma part, j’avais de nombreuses raisons d’y revenir à commencer par le fait que j’y compte beaucoup d’amis. Par ailleurs, comme vous le savez, je viens aussi, à l’invitation d’Ariane Espace, assister au tir d’Ariane 5. Quant aux visites des candidats à l’élection présidentielle, j’ai souvent au contraire entendu mes amis guyanais se plaindre d’être ignorés par ceux-ci au motif que la Guyane serait d’un trop faible poids électoral par rapport à d’autres collectivités d’outremer. Pour ma part, je crois, au contraire, qu’on ne peut prétendre aspirer à une fonction d’Etat, a fortiori la plus haute, sans venir en Guyane, sans prendre le temps de la Guyane, sans essayer de comprendre la Guyane. Et pour une raison simple, la Guyane est à mon avis parmi les grands défis, et donc parmi les grandes ambitions, qui se présenteront à notre pays dans les années à venir et en disant cela, je ne pense pas seulement au spatial.

Question 2 : Ferez-vous cause commune avec Christiane Taubira pour cette échéance ?

Christiane Taubira est une amie. Avec l’élection présidentielle de 2002, a acquis une stature nationale qui est, sans nul doute, en rapport avec ses grandes qualités. S’agissant de l’élection présidentielle, ni elle ni le PRG n’ont fait connaître exactement leurs intentions. Quoi qu’il en soit, pour gagner en 2007, nous aurons besoin que, malgré leurs différences, toutes les forces de gauche se rassemblent. Il appartiendra donc au candidat socialiste d’en créer les conditions et de le faire en transparence, dans le respect de tous nos partenaires en métropole comme outremer. C’est aussi le sens des entretiens que j’aurai durant mon séjour en particulier avec le président Antoine Karam que je connais depuis longtemps.

Question 3 : Quel type de développement proposez-vous pour la Guyane ?

Il serait absurde d’arriver ici avec un projet tout ficelé, clé en main. Je viens d’abord à la rencontre des Guyanais pour les entendre et c’est pour cela que j’irai sur le terrain avec les élus, en particulier avec Jean-Claude Lafontaine à Cayenne et Jean-Etienne Antoinette à Kourou. Ultérieurement, je souhaite me rendre le plus possible aussi dans la Guyane de l’intérieur. Cela étant, trois principes me paraissent devoir encadrer le développement de la Guyane. D’abord ne pas élaborer depuis Paris, comme parfois dans le passé, de mirifiques projets technocratiques coupés des réalités locales. On ne construira pas l’avenir de la Guyane sans ou contre les Guyanais. Ensuite, il faut partir des points forts de la Guyane, son espace, ses ressources naturelles, sa diversité, en ayant une stratégie de long terme ; bref un développement durable. Enfin, il faut, à mon avis, que l’Etat change de braquet et comprenne que le développement de la Guyane, compte tenu de l’ampleur des problèmes qui s’y posent et de son formidable potentiel, nécessite un effort d’investissement, d’équipement, par exemple en matière de transports, sans commune mesure avec les standards métropolitains. Il est important, aussi, d’œuvrer à partir d’un horizon temporel beaucoup plus large, ce qui sera également profitable à l’investissement privé.

4- Que pensez-vous des récentes propositions de loi sur l’immigration choisie ?

En préalable, ayons bien en tête que la question de l’immigration en métropole est sans comparaison avec ce que vous connaissez, ici, en Guyane, qui par son ampleur et ses causes, (je pense à l’immensité des frontières ou aux situations de misère ou de violence que connaissent ou ont connu certains pays environnants) appelle des réponses spécifiques. Le problème de l’immigration en Guyane est crucial pour son avenir et c’est l’un des principaux points que je souhaite aborder avec les responsables politiques guyanais. Quant à la métropole, l’agitation politique sur ce sujet n’est pas liée aux flux qui sont stables mais surtout à la concurrence qui se déroule à droite pour capter l’électorat du Front national et essayer d’éviter le vote sanction qu’appellent cinq ans d’échecs et de promesses non tenues. Il y a cependant des interrogations qui se font jour dans notre pays et qui, à mon sens, opposent deux thèses. Ceux qui pensent que les immigrés d’aujourd’hui ne sont pas assimilables par le modèle français, universaliste, laïc et républicain : ceux-là proposent de rompre avec ce modèle au profit d’une approche communautariste à mon avis dangereuse. Et puis il y a ceux, qui comme moi, pensent que les immigrés de demain continueront de s’intégrer à la condition qu’on ne tourne pas le dos à notre modèle mais qu’on le renforce en commençant par réaffirmer les principes républicains que je viens de rappeler et en les traduisant dans la vie concrète. Précarité ou solidarité, là aussi, c’est le grand débat et le grand choix.

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