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En viste en Martinique, Laurent Fabius a rencontré notamment Aimé Césaire et Eric Virgal
24 février 2006
Après une étape en Guyane, Laurent Fabius a continué son tour des DOM en Martinique. Retrouvez une revue de presse et le reportage consacré par RFO Martinique à la journée du 23 février
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Aimé Césaire accueille en Martinique son "frère" Laurent Fabius.
Article d’Isabelle Mandraud paru dans le journal Le Monde (vendredi 24 février)
Le poète a choisi ses mots. "Un monde se termine, celui que nous avons connu juste après la guerre, déclare Aimé Césaire. Nous sommes à la fin d’un cycle et j’ai la faiblesse de penser que le nouveau sera un cycle Laurent Fabius (...). Tu es l’homme indiqué." Assis, jeudi 23 février, dans le hall de l’ancien hôtel de ville de Fort-de-France que son hôte dirigea cinquante-six ans d’affilée, de 1945 à 2001, Laurent Fabius savoure l’instant.
"Au moment où on s’engage dans de grands projets, il faut avoir le soutien de grands hommes", dit-il, en pressant avec émotion la main de son interlocuteur que les Antillais vénèrent pour ses poèmes et son combat contre le colonialisme. "La Martinique est désorientée", poursuit le vieil homme de 93 ans. "C’est la même chose en métropole, approuve M. Fabius. Les gens veulent autre chose, un projet, une espérance." Aimé Césaire redit "sa confiance" en M. Fabius. A travers lui, c’est un peu comme si la Martinique venait de choisir son candidat pour la gauche en 2007.
Ici, le candidat à l’investiture du PS a de quoi se réconforter. La fédération PS de Martinique est dominée par les fabiusiens et le soutien du fondateur du Parti progressiste martiniquais, M. Césaire, lui est acquis. Ainsi, quelques minutes après l’entrevue, le poète fait irruption dans le bureau de Serge Letchimy, maire de Fort-de-France. "J’avais oublié un mot essentiel : fraternité. Lui aussi, il est mon frère", dit-il en secouant la main de M. Fabius.
La rencontre a eu lieu un an, jour pour jour, après la promulgation de la loi du 23 février et de son alinéa - aujourd’hui abrogé -, qui reconnaissait un "rôle positif" à la colonisation. Et puis, entre les deux hommes, comme dit M. Fabius, "le courant passe". Aimé Césaire fait mine de ne pas entendre quand on l’interroge sur Nicolas Sarkozy, attendu sur place le 4 mars. Quant à M. Fabius, il est allé, piloté par son ami Axel Urgin, dans un studio de musique rencontrer Eric Virgal, auteur de la chanson Sarko kayé, que l’on pourrait traduire par "Sarkozy s’est débiné", - allusion au déplacement du ministre de l’intérieur prévu dans les DOM en décembre et qu’il avait annulé craignant un mauvais accueil. Sur l’air de "Promenons-nous dans Fort-de-France pendant que Sarko n’y est pas/Si Sarko était là, il nous aurait insultés/Et nous, on l’aurait karchérisé", M. Fabius a marqué le rythme de ce tube local conçu pour le carnaval de la Martinique. M. Sarkozy pourrait devenir le "bwa-bwa", l’emblème de cette fête. Son effigie serait alors promenée dans Fort-de-France avant d’être brûlée, le 1er mars, comme le veut la tradition...
Jeudi soir, à Vauclin, commune dirigée par son ami Raymond Occalier, M. Fabius a enfoncé le clou. "Chacun peut voir que de formules chocs en déclarations à l’emporte-pièce, de provocations verbales en haines qu’on attise, c’est le modèle républicain qu’on met en cause", a-t-il lancé, dénonçant "la double offensive qui se fait jour, celle de la xénophobie et celle du communautarisme". "Si nous n’y prenons pas assez garde, a-t-il dit, l’élection présidentielle à venir pourrait se jouer entre ces deux négations de la République." Vendredi, Laurent Fabius devait rencontrer le leader indépendantiste Alfred Marie-Jeanne, avant d’achever, le lendemain, son périple dans les DOM par la Guadeloupe.
En Martinique, Fabius bat la campagne avec Césaire.
Article de Laure-Martin Hernadez, paru dans le journal Libération (vendredi 24 février)
Début décembre, Aimé Césaire avait refusé de rencontrer Nicolas Sarkozy pour protester contre l’article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le « rôle positif » de la colonisation. Un an, jour pour jour, après le vote du texte, dont l’article 4 a été supprimé depuis, après intervention de Jacques Chirac, l’ancien député-maire de Fort-de-France a exprimé hier un soutien appuyé à Laurent Fabius pour 2007. Il a échangé avec l’ex-Premier ministre pendant une demi-heure dans le hall du théâtre municipal de la capitale martiniquaise, sous le regard de nombreux journalistes. Premier rendez-vous du ténor PS en terre martiniquaise, deuxième étape d’un séjour d’une semaine aux Antilles-Guyane. Un passage obligé à 7 000 km de Paris pour tout candidat à la présidentielle.
Agé de 92 ans, le poète, dramaturge, auteur de l’accablant Discours sur le colonialisme, est fatigué et ne le cache pas. Quand le socialiste lui demande des nouvelles de sa santé, Aimé Césaire répond : « La douleur est insupportable, mais Laurent Fabius étant à Fort-de-France, je devais venir. » Le ton est courtois, respectueux. Les deux hommes se tutoient. Fabius remercie Césaire pour sa prise de position dans le débat sur la colonisation. « Tu l’as exprimée avec force et tu as eu raison. Ta position a eu de l’écho et je t’en remercie. » Plus tard, le député de Seine-Maritime commente devant la presse : « Aimé Césaire est un homme que j’admire. Il est un homme d’action et un sage. On a besoin de sagesse et de vision. Et c’est ce qu’Aimé Césaire incarne. » Les deux hommes évoquent la mémoire de François Mitterrand : « Il m’avait parlé de toi de manière très respectueuse », confie l’ancien ministre de l’Economie. Aimé Césaire reprend : « Le choix de Laurent Fabius, ça aurait certainement été son idée, celle de la simplicité, de l’intelligence et de la perception du monde. » Et il conclut : « Nous attendons beaucoup de vous. Ce n’est pas un cadeau, mais de la confiance et de l’espérance, pour la Martinique, pour la Guadeloupe, pour les Antilles. »
Quand on demande à Fabius s’il savoure d’autant plus cet entretien que Nicolas Sarkozy se l’est vu refuser quelques semaines avant, il répond en latin, qu’il traduit ensuite : « Le prêteur ne se soucie pas des petites choses. » Outre les principaux élus locaux et les chefs d’entreprise, il a garni son agenda d’un autre rendez-vous plus inattendu avec Eric Virgal, chanteur compositeur martiniquais, auteur du tube du carnaval 2006 qui battra son plein la semaine prochaine à Fort-de-France. Sa chanson que l’on entend sur toutes les ondes s’appelle Sarko : « On t’a attendu mais tu n’es jamais venu [...] Promenons-nous à Fort-de-France pendant que Sarko n’y est pas, si Sarko y était, on l’aurait kärchérisé. » Le ministre de l’Intérieur est annoncé aux Antilles le 8 mars.
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