Divers
Seconde journée de Laurent Fabius en Martinique
27 février 2006
Laurent Fabius a rencontré toute la journée la population, les militants et les forces vives de la Martinique. Retrouvez le reportage de RFO Martinique consacré à cette journée et l’interview accordée à France Antilles - Martinique.
Attendez quelques instants le début de la diffusion.
INTERVIEW A FRANCE-ANTILLES -MARTINIQUE
23 FEVRIER 2006
1- Vous arrivez à la Martinique, alors que le décret d’abrogation du deuxième alinéa de l’article 4 de la loi dite de la honte a été publié. Comment expliquez-vous qu’après plus d’une année, il fallut attendre la mobilisation des populations des Antilles, pour que le président de la République impose à ses troupes cette abrogation administrative ?
Pour une raison simple, c’est que la droite, y compris plusieurs de ses chefs, ne voulait pas de l’abrogation. La procédure utilisée, le déclassement législatif, est d’ailleurs révélatrice. Elle permet de supprimer l’article 4 de la loi du 23 février 2005 sans repasser par le Parlement car, à l’évidence, le Président de la République n’était pas sûr de disposer d’une majorité dans son camp pour obtenir cette suppression. Vous savez, j’ai été l’un des premiers à demander cette suppression. En face, on tergiversait et on essayait de gagner du temps. Finalement, n’en doutez pas, sans la mobilisation des Antilles et en particulier l’expression forte, digne, déterminée d’Aimé Césaire, nous n’aurions probablement pas eu gain de cause.
2- Le 10 Mai devient la journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage. Pensez-vous que cette date favorisera l’émergence d’une vraie connaissance de l’histoire coloniale et esclavagiste de la France ?
Sur la date, il y a eu un débat qui, parfois, a été assez vif. Le Comité présidé par Maryse Condé a proposé le 10 mai et c’est cette proposition qu’a retenue le Président de la République. Le plus important est non seulement qu’il y ait une date mais que toutes les propositions faites par le Comité permettent d’aboutir à ce que Christiane Taubira appelle une « mémoire partagée ». C’est le sens de la mission confiée à Edouard Glissant. Ce choix est incontestable. Reste maintenant à dégager les moyens nécessaires pour conserver à cette mission son caractère national. Reste aussi à l’inscrire dans la durée. Le Président s’y est engagé. Il l’a fait au nom de la nation toute entière. Cela engage donc aussi celui qui lui succédera.
3- Vous avez prôné le NON lors du référendum sur le projet de constitution européenne. La Martinique a voté Oui, comme nombre d’élus et de formations politiques locales. Pensez-vous toujours que leur positionnement ne correspondait pas à l’intérêt de l’île dans l’Europe ?
Ce débat est derrière nous. La Martinique a voté oui. La Réunion, elle, a choisi le non. Au total, si vous additionnez l’électorat des quatre DOM, le non l’emporte comme en métropole. De toutes façons un nouveau texte verra tôt ou tard le jour. Ce sera la tâche du prochain président de la République et de la nouvelle majorité. Il est donc important pour la suite que les élus des DOM se rassemblent autour de trois principes clairs et sans ambiguïté. Tout d’abord, le maintien du principe de compensation des handicaps structurels ; ensuite, le maintien de la règle de la majorité qualifiée pour l’adoption des textes relatifs aux RUP ; enfin, la consolidation du statut européen des DOM, ce qui exclut que celui-ci puisse être remis en cause à l’initiative du gouvernement central.
4- Il y a la banane qui est toujours sujette à des crises. Mais le sucre demain connaîtra la même situation si jamais la Martinique perd une partie de son quota. Quel pourrait être la doctrine du parti socialiste pour que ces cultures agricoles soient réellement reconnues comme parties intégrantes de l’Europe ?
Nous devons proposer que l’Europe renoue avec une forme de préférence communautaire quitte à revisiter le concept pour tenir compte des négociations au sein de l’OMC. Nous devons maintenir le caractère d’exception permanente des dispositions concernant les RUP. Cela suppose, pour parler en jargon communautaire, qu’il s’agisse bien d’une base juridique autonome, cas de l’actuel article 299-2, et non résiduelle, approche qui fut insidieusement proposée par le gouvernement Raffarin au moment de l’élaboration du projet de Constitution européenne. Les économies des DOM ont beaucoup évolué. Elles ont souvent fait d’importants efforts d’adaptation en ce qui concerne les productions traditionnelles. Mais elles ne peuvent vivre dans un univers complètement dérégulé et sans Organisation Commune de Marché. C’est la responsabilité de l’Europe à condition évidemment que les Etats concernés, à commencer par la France, expriment une volonté politique sans faille.
6- En matière de développement économique, seriez-vous partisan du maintien de la défiscalisation, ou plutôt favorable à l’établissement d’une zone franche globale ?
Je suis le ministre des finances qui a rendu possible la pérennisation du système de soutien fiscal aux investissements outremer, et ce, contre l’avis de beaucoup. Cela a donné la loi Paul. Je l’ai fait parce que je suis convaincu que ce levier fiscal est une condition nécessaire à l’investissement outremer. Mais je crois qu’il faut maintenir une certaine sélectivité, de la transparence et procéder à l’évaluation périodique des dispositifs. La zone franche globale présente dles dangers, sans même parler des questions juridiques qui se poseraient au niveau communautaire.
7- Vous serez candidat à l’investiture du parti pour les présidentielles de 2007. Comptez-vous sur les Fédérations d’Outre-mer pour faire la différence sur vos adversaires ? Croyez-vous être plus sensible à l’Outre-mer qu’autrefois ?
Les militants socialistes départageront ceux d’entre nous qui seront candidats à l’investiture pour 2007. Chaque voix militante comptera outremer comme en métropole. Je souhaite être en capacité de rassembler le plus largement possible les socialistes autour de ma démarche, de mon projet. J’ai fait le choix de rassembler à gauche, car c’est la voix de la justice et de l’égalité. Nous avons besoin en 2007 d’un vrai changement. J’aurai besoin de tous les socialistes puis de toute la gauche. Quant à mon rapport à l’outremer, s’il n’est pas ostentatoire, il est sincère et profond. Ce séjour le renforcera. Il ne sera ni le premier, ni soyez-en sûr le dernier.
