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Interventions
Lettre aux enseignants (Journal du Dimanche)
28 mai 2002
Nos professeurs ont besoin de reconnaissance, celle de la Nation, celle des pouvoirs publics. Leur tâche est difficile car l’école subit de plein fouet les évolutions sociales.
Une semaine après cette élection présidentielle hors normes - un véritable référendum pour la démocratie -, j’ai envie de m’adresser aux enseignants.
Pourquoi ? Parce que les résultats du premier et du second tour, ce qu’ils révèlent sur la société française, confirment que le civisme, le sentiment d’identité nationale et européenne, les valeurs proposées aux jeunes et aux moins jeunes sont décisives. De ce point de vue, l’école est, avec la famille, la clef de tout : c’est elle qui crée les conditions de l’intégration, elle qui peut donner son visage positif à l’autorité, elle qui transmet de façon ouverte les valeurs de citoyenneté. Dans notre société, beaucoup de nos concitoyens se retrouvent désemparés, déboussolés ; nous devons réaffirmer que l’école constitue le socle de la démocratie et de la République. Nous devons redire que le travail, le mérite, l’effort, la laïcité, l’égalité constituent des références qu’il ne faut jamais perdre de vue. Les transmettre, soutenir les enseignants qui les transmettent, voilà un impératif absolu. C’est ce que j’ai appelé être non pas moins à gauche ou plus à gauche mais "mieux à gauche".
Nos professeurs ont besoin de reconnaissance, celle de la Nation, celle des pouvoirs publics. Leur tâche est difficile car l’école subit de plein fouet les évolutions sociales : éclatement de la famille traditionnelle, effets du chômage et de la précarité, délinquance, urbanisme déséquilibré, crise d’identité de l’adolescence. Consacrer chaque année plus 60 milliards d’euros à l’Education nationale n’est pas rien, mais le respect n’est pas qu’affaire de chiffres. Il suppose que soit réaffirmée la mission des enseignants, premiers acteurs de l’intégration républicaine par le savoir, le travail, la citoyenneté.
Le monde éducatif, que Jack LANG a bien servi comme Luc FERRY, s’attachera aussi certainement à le faire, ne demande pas une énième refonte des programmes, ni une énième rallonge. Il souhaite que l’autorité reprenne sa place à l’école pour que l’école redevienne une autorité. Il souhaite que les crédits se convertissent vraiment en moyens, c’est-à-dire en matériels pour les élèves, et d’abord pour ceux qui en ont le plus besoin. Il souhaite que la formation concerne aussi les formateurs : formation aux nouveaux supports du savoir, à l’apprentissage des langues vivantes dès le plus jeune âge, à la réalité du terrain et de la vie de classe. Il souhaite davantage d’autonomie pour agir.
Le monde éducatif veut également que chaque niveau de l’institution scolaire fasse l’objet d’une mise à jour. Lire, écrire et compter, constitue la première mission de l’école élémentaire : il faut l’affirmer davantage. Unique, le collège ne parvient plus toujours à répondre à des demandes multiples : dès la 5 ème ou la 4 ème , je crois que les filières doivent mieux s’adapter à la personnalité des élèves, proposant des passerelles avec les filières longues. Le lycée offre une réelle diversité, mais nous n’assumons pas encore suffisamment la qualité des voies technologique et professionnelle. Quant à l’université, elle doit permettre à chaque étudiant de construire son parcours de formation, en l’aidant par une meilleure orientation, plutôt que de cantonner les premiers cycles au rôle d’immenses machines à sélectionner une minorité d’étudiants qui poursuivront des études longues.
Dire tout cela, c’est donner une vraie perspective, sortir d’une pseudo-égalité théorique qui fabrique trop fréquemment l’échec, pour créer les conditions d’une réelle égalité des chances. Les professeurs ont moins besoin de multiples directives que d’une direction claire. Ils remplissent la plus belle fonction, l’une des plus importantes, l’une des plus délicates. Ils souhaitent une chose, et ils ont raison : pouvoir vraiment exercer leur métier.
En écrivant cela, suis-je éloigné des leçons de l’élection présidentielle ? Au contraire, je pense être au cour de celles-ci. Une société sans repères suffisants ni identité produit de l’incompréhension, du ressentiment, du désespoir et de l’extrémisme. Respect des enseignants et ancrage de la République sont étroitement liés. J’ai confiance dans notre République parce que j’ai confiance dans nos enseignants.
