Divers
Agir ensemble pour une République laïque et moderne
12 mars 2006
Table ronde n°2 - Journée nationale de Créteil. Thèmes abordés : laïcité, immigration, lutte contre les discriminations, quartiers, femmes, jeunesse, institutions.
Compte-rendu de la table ronde :
Laurence ROSSIGNOL (vice-présidente du Conseil régional de Picardie, Secrétaire nationale du PS chargée des droits des femmes). Pour la gauche, les inégalités sont sociales. La droite, qui a longtemps considéré que les inégalités sont naturelles, prétend aujourd’hui les combattre par la promotion d’outils inadaptés : le communautarisme et le libéralisme. La gauche, pas toujours à l’abri de ces dérives, doit relever ce défi en s’interrogeant sur la nature de la démocratie, ainsi que des crises sociales et institutionnelles. Au final, c’est l’enjeu de la représentation politique qui est posé.
Xavier HENRY (vice-président étudiant de l’Université Paris IV - Sorbonne ; membre du collectif Sorbonne contre le CPE). Les socialistes doivent combattre le soi-disant « déclin » de la République qui sert de prétexte au gouvernement pour favoriser le communautarisme et les discriminations, notamment contre les jeunes. Sur le CPE, la droite nous explique depuis les dernières manifestations que les étudiants ne seront pas concernés par cette mesure. En réalité, le CPE est une étape de la suppression des droits de l’ensemble des salariés car il concerne, au-delà des jeunes, tous les Français.
Yamina BENGUIGUI (productrice, réalisatrice). Aujourd’hui, des étudiants de niveau bac +5 ou +8, à compétences égales, n’ont aucun entretien de recrutement, après avoir envoyé des centaines de C.V., en raison de leur couleur de peau. Le film « Le plafond de verre » raconte la nécessité de lutter contre les préjugés qui gangrènent la nation. Les jeunes de familles issues de l’immigration se reconnaissent pleinement dans la République ; ils ont eu un cursus scolaire exemplaire, ils ont fait confiance à la société, mais ils découvrent qu’ils n’existent pas, qu’ils ne peuvent pas participer à la compétition. La République doit réagir parce qu’elle met une partie de ses enfants dans l’antichambre de la France, après leurs parents qui ont vécu dans le silence et l’invisibilité.
Patrick KESSEL (président d’honneur du Comité Laïcité République). Certains candidats à la prochaine présidentielle traitent les communautés comme des segments de marché. Le communautarisme, ce n’est pas vivre ensemble, mais, dans le meilleur des cas vivre côte à côte, et le plus souvent les uns contre les autres. Nous devons lutter contre cette fracture citoyenne au nom de la défense des valeurs héritées de la Révolution française et de la laïcité, qui permet à tous, femmes et hommes, quelle que soit leur origine d’être libres et égaux en droits. Certains, pas assez nombreux, se sont levés contre les dangers qui menacent la laïcité : Jean Poperen, Michel Charasse, Jean-Pierre Chevènement, Jean-Luc Mélenchon, et Laurent Fabius au Congrès du PS à Dijon. En 2007, nous devrons faire le choix entre une société libérale et communautariste ou une société républicaine citoyenne et solidaire. La laïcité, c’est la République, jusqu’au bout !
Olivier ROUSSELLE (ancien directeur général du FASILD, ancien collaborateur de Pierre Bérégovoy). Certains glissements sémantiques ne sont pas neutres : ainsi, « l’égalité des chances » a supplanté l’égalité, alors qu’elle en constitue la négation ; l’immigration est désormais « subie ou choisie », créant deux catégories d’individus et de citoyens. Nous devons, contre les non-politiques d’accompagnement de la libéralisation marchande et de précarisation des citoyens sur la base de segmentations communautaires scolaires, culturelles, sociales, proposer la rénovation des principes républicains à l’école, dans l’accès à l’emploi et au logement. Face au discours institutionnel de mise à l’écart et de désintégration sociale, il faut que la République retrouve tous ses enfants : la République, c’est d’abord un destin commun, le vivre ensemble et la fraternité.
Sophia CHIKIROU (membre du Conseil national du PS). La crise de la représentation politique est le reflet de la crise de la citoyenneté dans la République. Dans ce contexte, les partis politiques doivent replacer au cœur de leur action la laïcité et la République. La citoyenneté se définit par le droit de voter et d’être élu. Cette définition minimale n’est ni effective ni respectée, et suscite chez les personnes issues de l’immigration le sentiment d’être des citoyens de seconde zone parce que non représentés à l’Assemblée nationale. Nous devons mener une action globale pour favoriser la représentation de la diversité. Cette démarche ne doit pas être confondue avec la discrimination positive et les quotas, tentations faciles mais fausses solutions absolument contraires aux principes de la République.
Roger-Gérard SCHWARTZENBERG (député PRG du Val-de-Marne, ancien ministre de la Recherche). Le droit de vote des résidents non communautaires aux élections locales, promis en 1981, est un facteur d’intégration extraordinaire : il faut rapidement réparer cette injustice. Le CPE, qui porte atteinte aux principes d’égalité entre les salariés, nie la notion de durée raisonnable de la période d’essai à l’embauche. Ce dispositif contrevient au principe d’élaboration des projets de loi. De Villepin invente non seulement la discrimination négative à l’égard des jeunes, mais fait aussi du bonapartisme législatif.
Sandra DOSORUTH (déléguée fédérale à l’outre-mer - fédération PS des Hauts-de-Seine). Je suis heureuse d’appartenir à une sensibilité du PS, celle qui se retrouve dans les idées de Laurent Fabius, qui n’oublie jamais de parler de l’outre-mer dans ses rencontres. L’épidémie de chikungunya, qui frappe la Réunion (205 000 personnes atteintes sur les 700 000 habitants), mais aussi plusieurs milliers de personnes à Mayotte, sans oublier l’île Maurice et les Seychelles, constitue une catastrophe de grande ampleur. Dans un contexte où l’insularité a semble-t-il primé dans la gestion de cette question grave de santé publique, il convient, sans attendre, de mettre en œuvre pleinement la solidarité nationale pour enrayer cette épidémie, en traiter les conséquences sociales et économiques et instaurer une véritable coopération régionale.
Jean-Luc MELENCHON (sénateur de l’Essonne, ancien ministre délégué, chargé de l’enseignement professionnel) : Nous allons faire la démonstration de notre force tranquille, dans la défense de la République. La France a changé sous les coups du libéralisme : avec sept millions d’habitants sous le seuil de pauvreté, il est démontré que la paupérisation est le cœur du modèle néolibéral. Contre le néolibéralisme qui exalte la division et la ségrégation sociale, la République défend l’émancipation sociale. « L’égalité des chances », ce n’est pas notre affaire, sinon, au lieu de faire la République, autant faire son loto. Il nous appartient de renverser l’évolution constatée au cours de la décennie écoulée où dix points de la richesse produite sont passés des salaires aux actionnaires. Dans ce contexte, être citoyen, c’est exercer le pouvoir : il faut récupérer la souveraineté populaire bafouée par un pouvoir désavoué au plan politique, électoral, social. Il nous faut une nouvelle République pour réconcilier le peuple avec toutes ses composantes autour de valeurs communes. Rien n’a jamais été donné à la gauche, à l’égalité, sinon par la lutte, qui nous fait acteurs de l’histoire. La clé du prochain pouvoir de gauche, dans un paysage sinistré par la droite, c’est que le peuple s’en mêle avant, pendant, tout le temps.
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