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Construire ensemble une Europe levier dans une mondialisation maîtrisée

12 mars 2006

Troisième table ronde - journée nationale de Créteil. Thèmes abordés : mondialisation, capitalisme, Europe, régulations.

Compte-rendu de la table ronde :

Marie-Noëlle LIENEMANN (Députée européenne, ancienne ministre) : L’Europe n’est pas à l’image de ce que veulent les citoyens. Ils veulent une Europe politique et sociale. Cette Europe devra être portée par le prochain Président de la République. Et ne croyons pas que nous serons isolés. Cette volonté européenne politique et sociale, quand elle est défendue chez nos voisins européens, fait véritablement échos auprès des populations. Les débats sur les dernières directives controversées au Parlement européen le prouvent. Sachons être une force de proposition, au lieu de croire que nous n’avons qu’à nous plier aux prétendues « réalités ».

René SOUCHON (Président de la Région Auvergne, ancien ministre) : De mon expérience tirée du terrain, je sais que nous avons besoin d’une Europe forte, politique, structurée. Aujourd’hui s’expriment beaucoup de regrets sur l’Europe. L’Union affiche des objectifs de cohésion territoriale alors que les moyens n’existent pas et que le gouvernement français étrangle les collectivités. L’Europe doit pouvoir lever l’impôt, elle doit pouvoir emprunter pour assumer des choix politiques ambitieux.

Francis WURTZ (Député européen, Président du groupe GUE/NGL au Parlement européen) : La directive Bolkenstein n’a pas été vidée de son contenu le 16 février dernier, nous restons dans le flou de l’interprétation. La France en votant Non a permis l’espoir comme l’a indiqué le secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES) « Le non français a changé le paysage politique européen. Grâce à lui, tout le monde a aujourd’hui compris qu’il faut remettre le social au centre des politiques européennes ».

Jean-Pierre CHEVENEMENT (Ancien ministre, Président du MRC) : « Je sais et n’oublie pas tout ce qui nous uni... ». Il faut rappeler que ce sont les classes populaires qui ont rejeté le TCE, c’est un tournant qui nous oblige pour préparer les échéances futures. Aujourd’hui, nous sommes dans un système globalisé fondé sur la puissance de la finance et de l’actionnariat. Les communautés politiques, qui restent le ferment de la solidarité, se sentent perdues. Cette globalisation, soutenue par les Etats-Unis, est un système qui produit inégalités et souffrances. Par essence, il y est incontrôlable. Nous devons avoir pour ambition de le remplacer. C’est le sens de la demande qui s’est exprimée le 29 mai. Pour ce qui concerne l’Europe, je ne suis pas contre l’intégration européenne. Je suis pour l’Europe qui préserve la démocratie. Je partage l’analyse de Laurent Fabius sur la nécessité d’une Europe des trois cercles basée sur des coopérations renforcées.

Benoît HAMON (député européen, Secrétaire national du PS au projet européen) : Au Parlement européen, nous sommes coincés entre un agenda de résistance et notre vision à long terme. Nous devons dire aux Européens ce que nous voulons et ce que nous avons réussi, et non simplement souligner ce que nous avons sauvé. La demande sociale exprimée par les salariés en France trouve un écho dans tous les pays européens. Nous devons nous adosser sur cela pour convaincre la social-démocratie européenne d’avancer avec nous. Nous devons construire un traité social avec les pays qui veulent avancer dans le cadre des coopérations renforcées.

Pierre MOSCOVICI (Ancien ministre, secrétaire national du PS à l’international) : Nous devons dépasser le clivage du Oui et du Non au profit du clivage durable qui nous oppose à la droite. Je n’avais pas la même analyse du TCE mais nous sommes d’accord pour dire que ce Non n’est pas accidentel. C’est un non à une Europe trop technocratique, trop libérale, et à un élargissement bâclé. Pour moi, nous devons explorer trois pistes : une Europe politique et sociale, et non simplement institutionnelle ; définir clairement les frontières de l’Europe ; et construire un Traité social. Voila les bases pour un projet commun. Pierre Moscovici a conclu en s’adressant à Laurent Fabius : « Ce que l’on attend de toi, ce n’est pas d’être le porte parole d’un camp contre un autre mais de toute la gauche ».

Pervenche BERES (Députée européenne, Présidente de la commission économique et monétaire au Parlement européen) : L’Europe n’est pas armée pour lutter contre la mondialisation qui bouscule notre modèle social mais aussi la République et la laïcité. Nous devons définir d’abord le projet européen avant de définir ses institutions. « L’Europe, c’est avant tout définir un modèle pour sauver la planète car cette dernière n’est pas à vendre ! » L’Europe manque aujourd’hui de projets et d’un financement adéquat. Nos projets, comme la politique de Grands travaux, n’ont pas abouti car ils n’étaient pas financés. Nous n’avons pas défini nos préférences collectives, un dessein commun, comme l’ont fait les Américains. Il est donc impératif de nous entendre sur ce que nous voulons faire ensemble, et financer réellement l’Europe. Cela ne sera possible qu’après 2007, quand la gauche reviendra aux responsabilités.

Retour vers le dossier consacré à la journée nationale de Rassembler à gauche à Créteil.

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