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Interventions
Répondre aux attentes des couches populaires (Revue socialiste)
30 janvier 2003
Le désamour des couches populaires à notre égard est au cour de notre défaite la 21 avril 2002. Il nous appartient de savoir pourquoi et de tout mettre en ouvre pour être fidèle à nos valeurs : la solidarité, l’égalité, la fraternité, la démocratie sociale. Il nous faut lutter contre l’inégalité dans la formation initiale, dans la formation professionnelle, devant le chômage, face aussi destin salarial et pour rendre le travail moins pénible. C’est là la solution d’un socialisme en acte.
Pourquoi aucun parti politique n’a-t-il été capable de rassembler autour d’un projet cohérent ? Pourquoi les couches populaires ont-elles refusé l’offre politique traditionnelle pour lui préférer l’abstention ou les extrêmes ? Pourquoi la gauche en particulier n’a-t-elle pas su se faire entendre de ceux dont elle a pour mission d’améliorer la condition ? Pourquoi le peuple nous a-t-il fait défaut ? Ou, plutôt, pourquoi, nous, à gauche, lui avons nous fait défaut ? Je voudrais proposer ici quelques éléments de réflexion sur les causes de la désaffection populaire à l’égard de la gauche et sur les conditions d’un nouveau pacte entre elle et le peuple.
La désaffection de l’électorat populaire
Nous devons prendre lucidement toute la mesure de cette désaffection. Au-delà du P.S., c’est toute la gauche, même dans sa version « radicale », qui souffre de ce rejet. Aux dernières élections présidentielles, Le Pen est arrivé en tête chez les ouvriers, suivi de Jacques Chirac. Notre candidat, lui, n’est arrivé qu’en troisième position seulement, suivi d’Arlette Laguiller et Jean Saint-Josse pratiquement en même position, bien devant le Parti Communiste, Chevènement ou encore Besancenot.
Malgré une politique sociale ambitieuse, résolument à gauche (la CMU, les trente-cinq heures, l’APA, pour ne donner que quelques exemples), nous n’avons pas réussi à inspirer la confiance. Nous ressentons parfois comme une injustice de ne pas avoir été crédités de la baisse du chômage. Mais, ce qui est vrai, c’est que depuis une dizaine d’années, les inégalités devant le chômage, ainsi que les inégalités que génère le chômage, sont restées intactes. Nous avons tellement privilégié la question du chômage, que la question des inégalités est restée en second plan. Pourtant, le chômage est un effet parmi d’autres du système des inégalités, il n’en est pas la cause. Il continue, par exemple, de refléter de manière spectaculaire les inégalités selon le niveau de formation et le niveau de qualification. Nous avons trop longtemps mis de côté les causes des inégalités pour ne traiter que l’un de ses effets.
Ainsi, malgré le recul du chômage, nous n’avons pas su faire profiter les milieux populaires des fruits de cette amélioration. Nous avons parfois donné l’impression de nous intéresser plus à un extrême de l’échelle sociale - les exclus - qu’au vaste groupe que constituent les ouvriers et les employés. De manière plus problématique encore, certaines des mesures dont nous pensions qu’elles étaient les plus à gauche, nous ont coûté le soutien d’une partie du peuple de gauche. Alors que nous pensions libérer du temps de travail en donnant du temps libre, les salariés, les salariés d’exécution en particulier, nous ont reproché le blocage des salaires, une stagnation, voire un recul de leur pouvoir d’achat, un accroissement de la flexibilité ou encore d’avoir dévalorisé le travail.
Une grande partie de la reconquête des classes populaires tiendra, je crois, dans notre capacité à décrypter les formes de l’aliénation et les lignes de clivage traversant notre société, ainsi qu’à l’identification de leurs angoisses et de leurs attentes. Ce n’est qu’à cette condition que nous saurons inventer des politiques sociales à la fois justes et efficaces.
Les mutations du prolétariat et les nouvelles formes d’aliénation
On ne peut pas aider ceux qu’on ne connaît plus. Pour comprendre qui sont les nouvelles couches populaires, il faut éviter deux erreurs. La première consiste à croire en une disparition de la classe ouvrière. On a pu gloser sur la transformation de la société française en une grande et vaste classe moyenne, mais c’est faux. La société n’est pas un ensemble d’individus, d’atomes, fondamentalement égaux et transitoirement différents. Les ouvriers continuent de représenter 26% de la population active. Même s’ils sont aujourd’hui dépassés par les employés, les « familles ouvrières » (celles dont au moins un membre est ouvrier) sont le principal groupe social en France. 40% des enfants sont ainsi élevés dans une famille où l’un des deux parents est ouvrier. La question ouvrière n’est donc pas une question périphérique. Elle reste une question centrale. Cependant, persistance ne veut pas dire permanence. La classe ouvrière a changé et nous n’avons pas toujours compris ces changements.
La deuxième erreur consiste donc à croire que le monde ouvrier d’aujourd’hui est semblable à celui d’hier. Là encore, il n’en est rien. Dans un livre passionnant ( L’égalité des possibles ), Eric Maurin montre très bien à quoi ressemble le prolétariat moderne. La majorité des ouvriers sont aujourd’hui tertiarisés . Les ouvriers de services ou des univers artisanaux ont remplacé peu à peu les ouvriers des grands ateliers de l’industrie lourde. Ils sont agents d’entretien, chauffeurs routiers, livreurs ou manutentionnaires. La tertiarisation est la première caractéristique du nouveau prolétariat.
En conséquence, l’ouvrier n’est plus installé dans un collectif auquel il s’identifie. Au contraire, l’implication de l’ouvrier dans son travail est de plus en plus personnelle, le poids de l’échec s’en ressentant plus durement. Il n’est plus l’ouvrier vivant son travail comme un destin de classe, mais le salarié subissant normes et délais, dont il a la responsabilité personnelle de les accomplir. C’est là la deuxième caractéristique du nouveau prolétariat. A l’époque de la production taylorienne et industrielle, les ouvriers constituaient un groupe relativement homogène. Aujourd’hui, c’est au singulier qu’ils assument leur place dans la division sociale du travail.
Enfin, leur travail est devenu plus pénible . Ils sont 50% à subir des postures pénibles et fatigantes en 1998, contre moins de 30% en 1984. Ce sont ces trois aspects qui doivent retenir notre attention : la tertiarisation, la personnalisation du rapport à l’emploi et la pénibilité accrue du travail. Les inégalités sociales n’existent plus selon les mêmes axes qu’auparavant, mais, comme on le voit, elles continuent d’exister. Rien ne serait plus dommageable que de faire l’impasse sur ces mutations du prolétariat et l’émergence des nouvelles formes de l’aliénation. Sans diagnostic sûr nous ne trouverons jamais de solution valable.
En plus de ces trois aspects, la condition ouvrière subit, comme toutes les catégories du salariat, les effets de l’ère post-fordiste : le turn-over y est la règle et l’ancienneté constitue de moins en moins une garantie contre le licenciement. Fragilisée, isolée, tertiarisée, la condition salariale contemporaine n’a plus grand chose à voir avec la classe ouvrière homogène des années soixante. Elle se rapproche de plus en plus de la condition de personne, avec les avantages et les angoisses qui vont avec.
Mais cette convergence de la condition ouvrière avec la condition de personne ne doit pas masquer les inégalités. Comme je l’ai dit plus haut, nous ne sommes pas dans une société d’atomes. Il y a bien des classes sociales, et la position dans la hiérarchie sociale est réellement un vecteur d’inégalités. Les fils de cadres finissent majoritairement cadres alors que c’est le cas pour une proportion infime des fils d’ouvriers. On peut distinguer quatre inégalités, parmi d’autres, qui continuent de traverser la société française.
Première inégalité, l’inégalité dans la formation initiale. C’est sans doute la plus scandaleuse pour un socialiste. La majorité des adolescents issus des familles les plus pauvres sont en échec scolaire contre une petite minorité parmi les adolescents issus des familles les plus aisées.
Deuxième inégalité, l’inégalité dans la formation professionnelle. Les personnes non qualifiées à la sortie de l’école ont le moins de chances de bénéficier de formations professionnelles (quatre à cinq fois moins de chances que les personnes ayant un niveau de technicien). Or, la formation professionnelle a pour premier effet de renforcer la capacité des individus à être employés. Elle crée de l’« employabilité » et donne des garanties contre le licenciement.
Troisième inégalité, l’inégalité devant le chômage. Les fils d’ouvriers ont plus de chances de se retrouver au chômage que les fils de cadres. En plus de cela, le taux de sortie du chômage est dramatiquement plus bas chez les actifs peu ou pas qualifiés que chez les actifs qualifiés.
Quatrième inégalité, l’inégalité en face de son destin salarial. Alors qu’en haut de l’échelle sociale, l’emploi est un choix et le changement de profession relève d’une décision, en bas, l’emploi est quelque chose que l’on subit, et le changement de profession, auquel la formation ne prépare pas, est vécu comme une condamnation. Un livre récent de Christian Baudelot et Michel Gollac ( Travailler pour être heureux ? - Le bonheur et le travail en France ) confirme ce tableau. Le plaisir pris au travail et le désir que ses enfants fassent pareil que soi varie proportionnellement à la place occupée dans la hiérarchie sociale, au degré de sécurité professionnelle ainsi qu’au degré d’exposition au chômage.
Ces faits montrent qu’il reste une place pour une gauche sociale et de gouvernement . Dans une telle société, le besoin de politiques sociales reste intact. Le besoin de transformer la société pour la rendre plus juste est aussi fort qu’auparavant. Donner à chacun des chances égales d’améliorer et de choisir son destin reste un impératif. Les injustices demeurent et la nécessité de les corriger n’a pas disparu. Seulement, il nous faut revoir en profondeur les modalités de réponses à ces questions.
Pour savoir y répondre, il faut que nos politiques sociales soient orientées vers les personnes plus que vers les catégories socio-professionnelles. Il nous faut répondre activement au besoin de sécurisation de son parcours professionnel, ainsi qu’à la détresse personnelle. Il faut nous attaquer aux processus qui sont la cause de ces inégalités, et pas nous contenter d’en traiter les effets. Pour trouver des réponses pertinentes, il y a certains chemins que nous aurions tort de prendre.
Les fausses pistes
Une première fausse piste serait de renoncer à corriger les inégalités ex-post . D’une part, comme on vient de le voir, elles demeurent très fortes. D’autre part, en plus de cela, elles sont elles-mêmes la cause d’un renforcement des inégalités au cours de la vie et au cours des générations.
Une autre fausse piste consisterait à rigidifier le droit du travail. Il est assez protecteur dans notre pays, et, il reviendrait encore une fois à ne traiter que les effets des inégalités, pas les causes. En plus de cela, l’instabilité professionnelle croissante est le résultat de transformation technologiques et économiques profondes que de telles mesures seront incapables d’enrayer. En outre, la rigidification aurait le résultat inverse de celui attendu. Elle creuserait la dualisation du salariat en divisant durablement ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas. Ce que l’on voit, c’est que le drame réel du chômage, plus encore que la proportion d’actifs qu’il concerne, c’est la durée dans laquelle il s’installe pour les moins qualifiés. S’il est impératif de rendre employables ceux qui sont en bas de l’échelle sociale, des contraintes à l’embauche seraient des mesures allant dans le mauvais sens.
Une troisième fausse piste serait, globalement, de céder au gauchisme. Je ferai trois remarques sur ce que serait, à mon sens, les erreurs liées à une telle dérive. D’une part, le gauchisme croit défendre un type de prolétariat qui n’existe plus. Le gauchisme continue de voir le prolétariat comme ce groupe unifié qui le caractérisait jusque dans les années soixante. Or, ce n’est pas en nous adressant à un prolétariat imaginaire que nous saurons défendre les intérêts du prolétariat réel. A cette première remarque, il faut ajouter, d’autre part, le manque de légitimité politique du gauchisme . On ne répétera jamais assez que les candidats gauchistes ne sont pas les candidats du peuple. Besancenot, n’en déplaise aux thuriféraires de la « radicalité », fait son plus mauvais score chez les ouvriers (3,2%), Arlette Laguiller, avec 10%, réalise un score à peu près égal à celui du candidat des chasseurs. La reconquête des milieux populaires ne passera pas par le maximalisme dans les revendications associé au minimalisme dans la réflexion. Les principaux intéressés ne sont pas dupes du simplisme des solutions proposées. Un récent sondage montre qu’ils sont une majorité dans les milieux défavorisés et populaires à trouver qu’une orientation plus radicale de la politique de la gauche n’aurait rien changé au scrutin du 21 avril, voire, l’aurait aggravé (Ipsos 6 janvier 2003). Enfin, le gauchisme nous conduit sur une pente qui nous a trop coûté : l’économisme. L’économie compte, c’est vrai. Et il est possible d’agir sur certaines de ses structures pour la rendre plus équitable et plus humaine. Mais il faut aussi qu’une économie soit saine et efficace si l’on veut en distribuer les profits. Ce n’est pas en niant le principe de réalité économique qu’on trouvera des solutions. Surtout, nous devons comprendre que tout n’est pas économique, loin s’en faut. Le rétablissement de l’autorité de l’Etat, de la sécurité dans les quartiers, une efficacité accrue des services publics, un meilleur ciblage des politiques sociales, la formation continue, le droit à une seconde chance et à la maîtrise de son destin professionnel, la mise en place d’une sécurité sociale professionnelle sont autant d’éléments fondamentaux d’une politique sociale.
Quelques axes d’une politique au service des couches populaires.
Un grand parti comme le nôtre, appelé à jouer un rôle prépondérant à gauche, doit tenir compte des attentes concrètes et des angoisses réelles de nos concitoyens, en particulier des plus démunis. « L’idée maîtresse de notre action est d’être un parti attaché à la vie quotidienne des gens ». Cette phrase issue du dernier programme des sociaux-démocrates suédois - qui, eux, gagnent les élections - devrait nous inspirer. Nous avons trop longtemps préféré les discours abstraits aux approches concrètes. Je voudrais faire ici quelques propositions qui ne sont ni exhaustives ni parfaites, mais qui sont, je crois, des pistes que nous pourrions suivre.
Premier axe, une politique sociale et globale de la sécurité. L’une des attentes des couches populaires, et à laquelle nous n’avons pas su donner satisfaction, concerne la sécurité. Nous avons laissé ce thème à la droite dont on voit aujourd’hui que sa politique, partielle et partiale, n’ira pas dans le sens d’une plus grande justice sociale. Mais n’oublions pas qu’il est nécessaire de protéger les citoyens contre le crime, d’autant plus que c’est dans les milieux les moins favorisés que ses effets sont le plus durement ressentis. Les couches populaires nous ont reproché un certain angélisme. Avoir sa voiture brûlée quand on gagne mal sa vie est autrement plus douloureux que lorsque l’on se trouve en haut de l’échelle sociale. Mais au volet répressif, une politique socialement équitable de la sécurité devra associer un vrai moment préventif qui passe, entre autres choses, par l’éducation, la formation, et l’amélioration des conditions de vie. Les quartiers populaires sont plus exposés à la délinquance et en même temps plus producteurs de délinquance. Le pourquoi de ce phénomène est avant tout social et nous devons lui donner des réponses adaptées, loin de la politique unilatérale de Sarkozy. L’insécurité criminelle, contre laquelle il est impératif de lutter de manière adaptée, mais toujours ferme, prend sa source dans l’insécurité sociale. Or, en criminalisant la misère comme il le fait, l’actuel gouvernement ne s’attaquera jamais aux causes réelles de l’insécurité.
Deuxième axe, avoir une vraie politique sociale de l’éducation en renforçant ce que j’ai appelé la « société éducative » , articulée autour d’une éducation de qualité et de réelles possibilités de formation continue. Avoir une approche volontariste dans l’éducation, redoubler d’efforts pour redonner confiance dans le système éducatif et en rétablir la fonction d’intégration sociale. Pour cela il faut revaloriser l’enseignement professionnel dans les lycées, en garantissant que la formation y est adaptée aux mutations du monde du travail, diversifier les filières au collège, assurer une meilleure orientation après le bac. L’école ne peut être légitime, et l’autorité des professeurs rétablie, que si elle donne les garanties qu’elle doit fournir. Il faut redonner confiance dans l’école. Ce n’est qu’à cette condition qu’elle pourra être un lieu d’apprentissage des règles de la vie en commun.
Troisième axe, assurer une vraie formation professionnelle, plus démocratique et plus efficace. Il faut faciliter et encourager la formation professionnelle tout au long de la vie. Les salariés les moins qualifiés sont les plus exposés au chômage et à l’enfermement dans le chômage. La formation tout au long de la vie fait partie de ces garanties que nous devons impérativement leur donner. C’est l’un des meilleurs moyens pour enrayer le mécanisme de décrochage professionnel et social que représente le chômage. Chaque chômeur devrait pouvoir bénéficier d’une vraie période de formation. Mais il ne faut pas non plus attendre qu’ils soient au chômage pour les faire bénéficier de cette formation. Il faudrait inscrire un droit à la formation dans le droit du travail, ce qui serait l’un des meilleurs moyens préventifs contre le risque de chômage. Rien de ce que fait l’actuel gouvernement ne permet d’empêcher que se creuse le fossé entre les mieux formés et les moins bien formés.
Quatrième axe, valoriser le travail. La nouvelle condition salariale est de plus en plus fragile. Contrats précaires, temps partiels non choisis et autres « formes particulières d’emploi » sont autant d’aspects de cette condition. Pour lutter contre cela, il faut sanctionner les entreprises qui abusent de ces formes d’emplois et soutenir les bas salaires. C’est le meilleur moyen de garantir que le travail paie, et le meilleur moyen de protéger le pouvoir d’achat populaire. Une revalorisation du SMIC irait dans ce sens. La prime pour l’emploi, qui devait être rehaussée, allait également dans ce sens. En outre, on ne pourra vraiment revaloriser le travail que si l’on rééquilibre les rapports entre les actionnaires et les salariés. La force des entreprises sera plus grande et leurs choix moins hasardeux si les salariés ont leur mot à dire. Les exigences à court terme des actionnaires seront contrées si l’on arrive à donner un réel droit de regard, voire, de décision, aux salariés. Une possibilité serait de favoriser l’actionnariat salarié, à la fois pour résister aux logiques purement financières, et en même temps, pour rééquilibrer le rapport de forces dans l’entreprise.
Enfin, cinquième axe, avoir une vraie politique du logement. D’une part, le logement a des conséquences concrètes sur l’égalité des chances. On ne pourra pas avoir une bonne politique éducative si on ne la complète pas d’une bonne politique du logement. C’est aussi à la périphérie de l’école qu’il faut intervenir si l’on veut agir sur l’école. Toutes les études montrent qu’il y a un rapport systématique entre la taille du logement et la réussite scolaire. La politique du logement sociale n’est pas seulement redistributive. Elle est aussi préventive. C’est un investissement pour l’avenir dans une politique d’égalité des chances globale. D’autre part, c’est par le logement que l’on garantit la mixité sociale. Or, depuis des dizaines d’années, les milieux sociaux différents ne se mélangent plus. Ils s’ignorent de plus en plus, se replient sur eux-mêmes et se redoutent. Par le biais de mesures incitatives d’aides conséquentes au logement et en favorisant la mixité sociale à l’intérieur d’un même quartier, voire d’un même immeuble, on se donnera le moyen de recréer une société ouverte. On redonnera la perspective concrète de ne pas être condamné à son destin social, ce qui est, je crois, l’une des grandes ambitions du socialisme.
Le désamour des couches populaires à notre égard est au cour de notre défaite. Il nous appartient de savoir pourquoi et de tout mettre en ouvre pour être fidèle à ce qui nous lie à eux : la solidarité, l’égalité, la fraternité, la démocratie sociale. Ce sont là certaines de nos valeurs, que nous devons assumer, et que nous devons réactualiser. Nous devons être honnêtes dans nos promesses et ambitieux dans nos projets. C’est là la solution d’un socialisme en acte. C’est à nous d’en avoir le courage.
