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Interventions

Quel temps perdu !

11 avril 2006

Interviewé sur Europe 1, Laurent Fabius livre son analyse du retrait du CPE et tire les leçons de ce "gâchis". Il expose les grandes lignes de ses propositions pour l’emploi et pour les jeunes.


Bonjour, L. Fabius. Le CPE va donc être remplacé par le développement, le renforcement de mesures existantes à destination des jeunes en difficulté. C’est finalement le retour au traitement social du chômage. C’est un peu une recette de gauche, ça, non ?

C’est surtout un énorme temps perdu. Moi, c’est ce qui me frappe et je discutais hier avec des personnes de ma circonscription, c’est le motif qui revient tout le temps : "on a perdu du temps". C’est un gâchis. Le CPE est retiré, tant mieux, quoi qu’il faille rester vigilant sur la loi, jusqu’au bout. Les jeunes et les salariés ont gagné. Il faut souligner qu’ils l’on fait avec beaucoup d’esprit de responsabilité. Et puis, la droite a échoué. Donc, maintenant, il faut se pencher sur les questions de fond, c’est-à-dire la question de la réforme -parce qu’il y a quand même des leçons à tirer de tout ce gâchis -, la question institutionnelle ne peut pas rester comme cela et puis, surtout, la question des jeunes.

Que pensez-vous de la solution provisoire trouvée par le Gouvernement ?

Ce sont des rustines. Je crois que tous les commentateurs le soulignent. On ne peut pas être contre le fait d’accompagner davantage les jeunes et d’aider, mais pour trouver, réellement, des solutions au problème de l’emploi des jeunes, il faut d’abord relancer la croissance. Parce que ce ne sont pas des contrats qui vont résoudre le problème de l’emploi des jeunes, c’est la croissance. Et cela veut dire une autre politique du pouvoir d’achat, en direction du SMIC, etc. et en direction des entreprises, pour leur permettre de repartir de l’avant. Donc, d’abord, d’abord, la croissance. Ensuite, évidemment, la question de la formation des jeunes et la question de l’accompagnement de l’emploi.

Soyez très concret à la fois sur la question de la formation des jeunes et sur les dispositifs pouvant aider les entreprises. Que proposez-vous très concrètement ?

Très concrètement, d’abord, je pense qu’il faut arrêter de dire qu’il faut des contrats différents. Le contrat de base doit être le CDI. On peut avoir recours, dans certaines circonstances, au CDD, mais il faut revenir à la règle du droit du travail : le contrat de base, c’est le CDI.

Moins de flexibilité pour les entreprises donc, finalement ?

Mais ce n’est pas la précarité qui crée de l’emploi. C’est cela, l’immense erreur de l’UMP, tous responsables confondus. Je ne veux pas faire de différence entre monsieur de Villepin, monsieur Chirac, monsieur Sarkozy ; ils sont tous coresponsables de ce fiasco. Il faut que l’on ait, à la base, une vraie sécurité ; cela peut permettre un certain nombre de souplesses, mais pas de dire que c’est la précarité qui va arriver à (inaud.) Maintenant, sur la formation, il faut évidemment suivre de beaucoup plus près ces jeunes - et ils sont nombreux - qui n’ont pas de formation. Cela veut dire que l’Education nationale doit savoir, dans certains cas, se remettre en cause. Et puis, il faut accompagner les jeunes pour avoir des espèces d’emplois "jeunes" dans les entreprises.

Plusieurs syndicats, dont la CGT, disent que la mort du CPE ne suffit pas, qu’il faut aussi "faire la peau" du CNE. Qu’en pensez-vous ?

Il y a un vrai problème, c’est exact, parce que les CNE, c’est exactement le même principe que le CPE, mais appliqué à toutes les petites entreprises. Cela va déboucher sur des problèmes juridiques dont je vous avertis déjà. C’est-à-dire que lorsque l’affaire viendra devant les tribunaux, les tribunaux ne vont pas accepter que l’on puisse renvoyer les gens sans motif et qu’il y a ait une période probatoire de deux ans. Tout ce qui a été dit concernant les jeunes, en disant que "ce n’est pas possible de les renvoyer sans motif, ce n’est pas possible d’avoir une période probatoire de deux ans", cela va s’appliquer au CNE. Donc, nécessairement, le CNE va être remis en cause, et cela va, encore une fois, faire qu’avec ce Gouvernement, on aura perdu énormément de temps. Moi, la leçon principale que je retire de tout cela, c’est que l’on ne peut pas attendre de vraies réformes positives de la part du Gouvernement et de l’UMP. Il faut donc, d’autant plus que la gauche se prépare, et activement.

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Laurent Fabius sur Europe1 dimanche 7 marsMentions légales | Plan du site