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"Je propose des solutions concrètes pour relancer l’Europe"

29 mai 2006

Un an après le "non" français, Laurent Fabius répond aux questions de journalistes sur l’état de l’Union européenne, les conséquences du vote des Français, la relance de l’Europe et les moyens d’y parvenir.

Vous pouvez consulter le texte intégral des propositions de Laurent Fabius en cliquant ici.

Pour répondre, réagir ou demander des précisions, rendez-vous sur le forum consacré à la relance de l’Europe.


Interview à l’occasion du 29 mai :

98 % des Français qui ont voté non au référendum ne regrettent pas leur choix. Vu l¹état de l¹Europe aujourd’hui, avez-vous des regrets ?

Non. Il faut se rappeler que c’est la crise européenne qui a débouché sur le non et pas le non qui a débouché sur la crise.

S’agissant de la construction européenne, un an après, la victoire du non en France a-t-elle modifié des choses ? Lesquelles ?

Le « non » a montré qu’une majorité de Français, particulièrement une majorité de la gauche, refusait une dérive libérale de l’Europe et voulait une autre Europe, sociale, démocratique, qui ne se soumette pas à la mondialisation financière. Ce message-là, je crois qu’il a commencé d’être entendu même si certains commentateurs continuent de faire croire que le « non » a été involontaire, que les électeurs n’avaient pas compris, et autres calembredaines. Ce « non » a entraîné certaines conséquences, en particulier pour remettre en cause la fameuse directive Bolkestein, la directive portuaire et d’autres encore. Mais, et j’insiste sur cela, nous sommes encore très loin du compte. Faute de représentants gouvernementaux - les 25 gouvernements actuels de l’Union sont pour le « oui » -, faute de majorité progressiste au Parlement européen, il n’a pas été encore possible de lancer un véritable plan alternatif de relance européenne. C’est à cela qu’il faut travailler maintenant, en créant les conditions politiques d’une alternance.

Mettre l’Union sur les rails de la relance européenne passe notamment par un texte constitutionnel différent, court, recentré sur les valeurs et les institutions, sans la partie 3 qui consacrait l’Europe de la pseudo concurrence « libre et non faussée ». La renégociation peut prendre différentes formes : Gouvernements, Congrès, Assemblée Constituante. Pour la France, il faudra un nouveau référendum.

Le 29 mai dernier pèsera-il selon vous sur les échéances électorales de 2007. Comment ? Pourquoi ?

Bien sûr, le 29 mai comptera. En 2002, l’Europe a été absente du débat présidentiel. En 2007, cette erreur ne doit pas être rééditée. Election présidentielle de 2002, scrutins de 2004, référendum de 2005, crise des banlieues, mobilisation anti-CPE, à chaque fois les circonstances sont différentes mais un message fort vient des urnes ou de la rue : les Français veulent un coup d’arrêt au tout-précarité, au tout-marché. Ils ne veulent pas du libéralisme, y compris sous sa version « blairiste ». Seule une ligne clairement de gauche peut permettre le rassemblement des forces de gauche et rendre possible une alternative à la déferlante libérale, communautariste et atlantiste de M. Sarkozy. C’est pour cette alternative que j’agis et c’est dans cet esprit que je souhaite conduire la gauche à la victoire présidentielle en 2007.

L’Europe marque aujourd’hui une pause dans son développement. Quels grands projets pourraient relancer la dynamique européenne ?

Les solutions s’appellent un pacte pour la recherche, une politique des énergies européennes, une nouvelle politique commerciale pour défendre les salariés européens dans la mondialisation, la prise en compte par la Banque centrale de la croissance et de l’emploi. C’est possible à condition de muscler le budget européen et de donner priorité à une Europe sociale et démocratique. Rien ne se fera sans le couple franco-allemand ! Je propose de le relancer avec, notamment le projet d’une armée commune.

Quelles initiatives faudrait-il prendre immédiatement selon vous pour remettre l¹Europe dans le bon sens ?

Je citerai deux exemples. Construire une politique de l¹énergie en commun. Tous les pays d¹Europe doivent faire face à la crise du pétrole, sont dépendants de l’étranger pour le gaz, ont un problème de pollution massive, ne font pas assez pour les énergies nouvelles : bâtissons une politique commune. Deuxième exemple : il faudrait permettre des coopérations renforcées entre Etats. Pour la recherche, le fiscal, le social, des pays pourraient avancer sans attendre les autres qui ne souhaitent pas aller au même rythme.

Pensez-vous comme Mitterrand que le progrès social ne peut passer que par l’Europe ?

Oui, à condition que l’Europe décide de résister au tout-précarité.

Un an après les électeurs vous parlent-ils encore spontanément d¹Europe ?

Les gens ont compris que notre situation économique, sociale, écologique ou énergétique dépend beaucoup de ce qui se passe en Europe. Dans quelques domaines, comme la défense ou l¹environnement, ils veulent qu¹on soit beaucoup plus ambitieux. Je compte faire de l’Europe un élément important de la campagne présidentielle 2007.

En attendant une nouvelle évolution institutionnelle, comment l’Europe élargie peut-elle fonctionner, régie par la règle de l’unanimité ?

L’unanimité, que la Constitution voulait consacrer, est effectivement souvent un frein. Agissons pour faciliter des coopérations renforcées entre Etats qui veulent aller plus loin ensemble ! Fixons les frontières de l’Europe et mettons en place des partenariats privilégiés avec nos grands voisins - je pense à la Turquie, à l’Ukraine, aux pays de la zone méditerranéenne ! Refusons tout nouvel élargissement tant que ces règles n’auront pas été posées.

Ne craignez-vous pas que votre repositionnement politique à la gauche du PS, marqué fortement à l’occasion du Non, ne brouille votre image auprès de l’électorat socialiste ?

En disant non, j’ai été fidèle à mes convictions de pro-européen exigeant. Les Français attendent un vrai changement et ce changement ne peut venir selon moi que de la gauche rassemblée. Voilà pourquoi je me bats.

(Page réalisée à partir d’interviews publiées dans les Journaux Nice Matin, 20 Minutes et L’Humanité, le lundi 29 mai)

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