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Interventions

A l’échelle du monde (Londres - Progressive Conference)

9 juillet 2003

Après deux décennies de domination, la révolution ultra-libérale n’a plus vraiment le vent en poupe. Les lignes sont à nouveau en train de bouger. On reparle enfin - et tant mieux ! - de redistribution, de biens et de services publics, de conditions de travail, de solidarité, d’intervention des Etats et de régulation des marchés. On s’indigne contre l’injustice. Sur ces enjeux décisifs, je connais les réticences de nos amis britanniques : mais franchement, Tony, si nous socialistes, nous ne sommes pas les avocats et les architectes d’une Europe sociale, alors à quoi servons-nous ?

Cher Tony, Cher Peter, chers amis,

Je veux d’abord vous remercier de nous avoir tous invités pour ces journées d’échange et de débat. Merci de nous avoir conviés, Wolfgang Clement et moi, à ouvrir cette conférence en votre compagnie. Je me réjouis que notre rencontre ait lieu ici, à Londres. Il n’y a pas qu’une seule voie possible - fut-ce la troisième voie - pour la réforme, ce serait contraire à la créativité et à l’imagination qui doivent nous guider. Mais, dans le contexte qui est le sien, la démarche du New-Labour a incontestablement contribué au renouvellement des politiques progressistes.

Quelques mois après la guerre en Irak, qui nous a divisés, il est utile en effet de nous retrouver, de reprendre le fil de la réflexion commune, de chercher des réponses coordonnées aux enjeux globaux.

Nous avons connu une crise sérieuse. A la fois entre l’Europe et les Etats-Unis, et au sein de l’Europe. Toute crise est étymologiquement un moment de vérité. Cette vérité a été douloureuse, mais je la crois fructueuse dès lors qu’elle est l’occasion d’un nouveau départ. Je veux saisir l’occasion de cette rencontre pour dire ma part de vérité, c’est-à-dire mes convictions et, je l’espère, nos convictions.

Si nous sommes ensemble aujourd’hui, c’est parce que nous partageons, sur beaucoup de points, une même vision du monde.

Nous faisons tous des constats voisins. Après deux décennies de domination, la révolution ultra-libérale n’a plus vraiment le vent en poupe. Les inégalités s’accroissent, au sein des nations et entre les nations ; l’environnement est menacé ; la croissance économique est trop faible. Même s’ils y répugnent, les théoriciens de la société de marché doivent admettre des vérités crues . Un cinquième de la population mondiale accapare 90% de la consommation, alors que 4 milliards d’humains vivent avec moins de deux euros par jour. Le risque qu’un enfant meure avant cinq ans est 40 fois plus fort en Zambie, au Mali qu’en Europe de l’Ouest. Le fossé grandit entre les peuples, les cultures et les continents, à mesure que nous entrons dans une « paix froide  », caractérisée par le durcissement des relations entre alliés, le recul de la générosité publique et la hausse des menaces. La globalisation a profondément ébranlé les compromis traditionnels de la social-démocratie, fragilisé certaines de ses méthodes, mis en lumière des injustices nouvelles. Le travail s’est affaibli face au capital libéré ; les marchés ont distancé les Etats ; la compétition a gagné sur la solidarité.

Alors - parce que ce n’est pas acceptable - les lignes sont à nouveau en train de bouger. On reparle enfin - et tant mieux ! - de redistribution, de biens et de services publics, de conditions de travail, de solidarité, d’intervention des Etats et de régulation des marchés. On s’indigne contre l’injustice. L’opinion publique sait mieux se faire entendre. Ces initiatives, portées souvent par les forces citoyennes et intellectuelles, sont encore insuffisantes, toujours effervescentes, souvent conflictuelles, parfois irrationnelles, mais elles nous stimulent, nous poussent à réfléchir pour agir. A nous de les canaliser et de les exprimer pour offrir aux citoyens un nouveau projet, une nouvelle espérance.

Nous avons des valeurs en partage et des objectifs politiques en commun.

• Nous voulons davantage de justice sociale et d’égalité des chances, parce que la prospérité n’est pas suffisante si elle n’est pas équitablement partagée ; parce que la véritable démocratie, c’est le contraire du déterminisme social ; parce qu’un enfant d’ouvrier ou de paysan doit avoir les mêmes chances que tous les autres de réussir.

• Nous voulons davantage de croissance et davantage d’emploi, parce que c’est la condition de nos protections individuelles et collectives ; parce que nous devons être aux côtés des salariés, en particulier les plus modestes, ceux dont le pouvoir d’achat reste trop faible et dont les conditions de travail se dégradent ;

• Nous voulons des services publics plus forts et plus efficaces, parce qu’ils sont les garants de notre cohésion sociale et territoriale et qu’ils répondent à des demandes que le marché ne peut pas satisfaire ;

• Nous voulons une diversité culturelle, une identité culturelle, parce que la culture ne peut pas être uniforme, parce que notre projet ne peut pas être l’addition partout du jean’s, du coca et du Mac Do ;

• Nous voulons l’accès de chacun aux droits fondamentaux que sont la santé, l’éducation, la culture et la préservation durable de l’équilibre écologique de notre terre, car il est scandaleux que 20 % de la population mondiale bénéficie de 85 % des dépenses d’éducation ; parce qu’il est indigne que 40 % de la planète manque d’eau potable ; parce qu’il est inacceptable que le sida, la tuberculose et le paludisme tuent un enfant toutes les trente secondes.

Dans ce monde nouveau, tout est lié , le local et le global. Et les citoyens le savent, ils l’ont compris. Souvent, ce qu’ils nous reprochent, c’est de ne pas leur dire les choses comme elles sont, ni de déployer notre volonté politique à l’échelle nécessaire, celle du monde. Eux, dans leur vie, établissent ce lien, ils perçoivent les conséquences de cette globalisation. Le naufrage d’un pétrolier, c’est à la fois une côte ., des villages qui sont gravement souillés et un problème international de droit maritime et de réglementation insuffisante. La délocalisation d’une production, c’est à la fois la fermeture d’une usine dans une ville, avec son cortège de femmes et d’hommes dans l’angoisse, et un problème d’harmonisation des lois sociales ou fiscales et de fonctionnement des marchés financiers. Oui, tout est lié, c’est pourquoi, pour atteindre nos objectifs, nous sommes convaincus de la nécessité d’une meilleure gouvernance mondiale : la plupart des problèmes sont désormais de taille planétaire, les solutions doivent l’être aussi. A problème mondial, réponse mondiale. C’est la véritable révolution du XXIème siècle : élever la politique et singulièrement la gauche à l’échelle du monde. Au XXe siècle, la social-démocratie a su concilier, dans chaque Etat, la liberté politique et économique avec l’égalité des chances et la justice sociale. Elle peut et doit désormais le faire au niveau international.

A partir de ce constat, nous voyons les erreurs à ne pas commettre.

La première serait de manquer d’audace , parce que nous sommes au pouvoir ou parce que nous aspirons à y retourner bientôt. La gauche ne peut pas limiter son action à une sorte de libéralisme à visage humain. Les défis de notre génération appellent une réponse ambitieuse et non l’immobilisme. Les citoyens veulent pouvoir choisir entre plusieurs politiques : sans clivage net entre les sociaux-démocrates et les conservateurs, le populisme, en Europe et ailleurs, a de beaux jours devant lui. A l’heure des bilans, chacun voit bien que Bill Clinton, ce n’est pas George Bush et que Massimo d’Alema, ce n’est pas Silvio Berlusconi.

La deuxième erreur, symétrique de la première et qui conduirait à l’impuissance, serait de tomber dans une surenchère radicale et d’adopter une démarche protestataire au lieu d’une véritable politique. Une telle menace n’est probablement pas très prononcée Outre-Manche, elle est plus forte sur le continent, particulièrement dans les pays où la gauche est revenue dans l’opposition. Assumons donc notre réformisme sans complexe, parce qu’à l’heure des comptes, c’est l’action et non l’incantation qui change la société. La troisième erreur serait de ne pas prendre la mesure de la globalisation et de croire que l’on peut encore construire la régulation dans un seul pays . Le monde s’est ouvert. Tout et tous deviennent interdépendants : dans ce contexte, la tentation néo-souverainiste est une illusion.

Contre les néo-libéraux qui ne croient qu’au marché, les néo-révolutionnaires qui prônent la lutte des classes planétaire et les néo-souverainistes qui refusent la régulation internationale, il faut défendre et construire une gauche social-mondialiste contre nos opposants communs et contre un ennemi : le populisme.

Disant cela, je soutiens évidemment la gauche réformiste, la gauche de Gouvernement. Ce qui a changé la vie de millions de femmes et d’hommes tout au long du XXème siècle, c’est le socialisme réformiste. Ceux qui ont amélioré la condition concrète de millions d’êtres humains, ce sont les réformistes de gauche, quels que soient leur nom respectif. Non pas ceux qui jouent les révolutionnaires en chambre mais ceux qui acceptent de confronter leur idéal avec le réel. Pour y parvenir, il faut nous appuyer sur le dynamisme des sociétés civiles : mais le moment venu, c’est aux politiques qu’il revient, bien sûr, de mettre en ouvre les réformes, à travers un dialogue permanent avec nos partenaires naturels que sont les syndicats, les associations et les ONG.

Pour être crédibles, il nous faut définir à court et moyen terme un agenda commun pour une nouvelle gouvernance internationale. Pour m’en tenir à la gauche européenne, nous avons un rendez-vous important en 2004 avec l’élection du Parlement européen puis le débat sur la constitution européenne. Nous devons préparer, à cette occasion, une vraie plate-forme politique. Je le souhaite d’autant plus que, par le passé, nous n’avons pas suffisamment uni nos forces et transformé l’Europe, alors même que 12 gouvernements de l’Union européenne sur 15 étaient de gauche : était-ce par orgueil national ? était-ce par manque de passion pour l’Europe ? Une chose est certaine : si nous voulons vraiment agir ensemble demain, il nous faut, dès à présent, nous rassembler et travailler autour de quelques propositions fortes et emblématiques. Les avancées devront aller au-delà des questions institutionnelles abordées dans le cadre actuel de la Convention. Même si celles-ci sont utiles, elles ne sauraient à elles seules donner un contenu, donc une force, au projet européen. Rien ne sert de proclamer une identité constitutionnelle si nous ne disons pas, dans le même temps, ce que nous voulons faire ensemble et en en prenant les moyens.

C’est dans cet esprit que j’aimerais formuler trois séries de propositions.

• D’abord une Europe forte , car pour établir des règles mondiales justes, il faut, en amont, des règles régionales solides.

Deux urgences à cet égard.

La construction d’une véritable défense européenne . Le conflit en Irak a montré ce que pouvait l’Europe quand elle était divisée, c’est-à-dire rien. Pour ceux qui se sont opposés à la priorité à la guerre, dont je suis, il faut reconnaître qu’affirmer des positions fondées en droit sans disposer d’une force suffisante, c’est se résigner à la faiblesse ; la force sans le droit, c’est prendre le risque de l’injustice. Pour nous tous, pour les partisans du conflit, il faut admettre que des forces nationales éparses sont de peu de poids par rapport à l’armada américaine. Sans armée et sans politique étrangère commune, l’Europe est condamnée à rester la spectatrice d’une histoire que d’autres écriront à sa place. Avec elles, tout redevient possible, au service du droit.

Quand, il y a près de 20 ans, les Européens ont décidé de se doter d’une monnaie unique, nos doctrines monétaires étaient beaucoup plus éloignées que ne le sont aujourd’hui les doctrines diplomatiques et militaires. Ne sommes-nous pas d’accord sur la paix au Proche-Orient ? Sur la Cour pénale internationale ? Sur la nécessité de mettre la force au service du droit ? Ce que nous partageons déjà sur l’essentiel constitue un socle suffisant pour nous doter d’un outil militaire commun. Cette armée européenne, il faudra la construire avec notamment les Allemands, les Belges, les Italiens ou les Espagnols, mais aussi évidemment, Tony, avec les Britanniques.

Une autre urgence, c’est de construire une véritable union économique et sociale qui constitue le pendant de notre Union monétaire, bien au-delà du statu quo proposé par la Convention sur l’avenir de l’Europe. Nos amis socialistes suédois ont coutume de dire que, si la globalisation enrichit tout un pays, elle ne nous enrichit pas tous : il y a des victimes, des perdants, et si la politique a un sens, si la gauche surtout a une raison d’être, c’est eux qu’elle doit aider en priorité. Des progrès rapides sont nécessaires vers une législation européenne sur les services publics et les droits sociaux. La création d’un instrument financier de solidarité pour les salariés européens dont les emplois sont touchés par la mondialisation me paraît également indispensable. J’attends beaucoup des travaux de Wim Kok pour relancer de façon pragmatique l’Europe sociale.

Au sein de la zone euro - qui a vocation à s’élargir - il nous faut aussi une politique économique et budgétaire plus forte et mieux coordonnée, en matière fiscale en particulier. A terme, je suis clairement favorable à un impôt européen sur les sociétés, instrument d’une Europe solidaire et arme contre le dumping fiscal. Dès maintenant, il nous faut lancer un programme d’investissement coordonnée pour la recherche et le développement, car là est notre principal retard vis-à-vis des Etats-Unis et la clef de la croissance demain : l’avenir est en jeu et cela impose d’extraire ces dépenses du pacte européen de stabilité et de croissance. J’espère que la conférence intergouvernementale permettra de progresser sur ces sujets majeurs, ainsi que sur la reconnaissance de notre identité culturelle insuffisamment défendue dans le projet actuel. Sur ces enjeux décisifs, je connais les réticences de nos amis britanniques : mais franchement, Tony, si nous socialistes, nous ne sommes pas les avocats et les architectes d’une Europe sociale, alors à quoi servons-nous ?

• Une Europe plus forte et plus solidaire aura la capacité - et c’est une deuxième série de propositions - de défendre un multilatéralisme efficace , renforçant la légitimité et les capacités d’intervention de la communauté internationale. J’emploie le terme « multilatéral  » plutôt que « multipolaire  » : multipolaire implique qu’à l’intérieur de chaque zone existe une hégémonie et n’exclut pas un conflit entre les différents pôles ; multilatéral évoque davantage des ensembles où l’on parle à égalité et qui s’attachent à résoudre ensemble les problèmes qui se posent à tous. C’est une divergence réelle, non pas avec les Etats-Unis, mais avec l’administration actuelle de ce pays : la plupart d’entre nous, sociaux démocrates, pensons que les problèmes sont si complexes et imbriqués que pas une puissance, même la plus grande, n’est assez forte et légitime pour les résoudre seule. Beaucoup d’Américains démocrates partagent d’ailleurs cette analyse. Je suis convaincu que l’Europe peut aider les Etats-Unis à renouer avec les valeurs internationalistes généreuses portées en leur temps par ces grands Présidents que furent Wilson, Roosevelt ou Kennedy.

Dans cet esprit, nous avons besoin d’institutions internationales efficaces, légitimes et mieux coordonnées. A ce jour, la gouvernance internationale est surtout économique (FMI, Banque mondiale) et commerciale (OMC). Elle est le fait d’institutions qui échappent largement au contrôle démocratique. Il faut la rééquilibrer en faisant prévaloir, à l’échelle mondiale, les normes sociales et environnementales, normes protectrices des citoyens et garantes d’un développement réellement durable.

L’idée est séduisante - et c’est une proposition que je lance - d’ un « cycle social global  » . Après les initiatives de Kyoto et Johannesburg sur l’environnement et de Doha et Monterrey sur le développement, pourquoi en effet ne pas aller vers un sommet social mondial ? La question des normes fondamentales du travail, la place des syndicats, le commerce et la finance « éthiques  », pourraient y être traitées et mieux conciliées avec les aspirations au développement rapide des pays du Sud. Ces normes ne devront évidemment pas être le prétexte à un néo-protectionnisme des pays riches, mais un levier pour faire respecter des droits décents par tous les travailleurs, quel que soit le continent et le pays.

Dans ce cadre, il faudrait aussi définir - utopie aujourd’hui, réalité possible demain - un régime de responsabilité civile et pénale internationale des sociétés multinationales. Il n’est pas admissible que certains groupes vendent dans des boutiques du Nord des produits fabriqués au Sud par des esclaves, qu’ils se déclarent irresponsables quand un de leurs navires pollue des centaines de kilomètres de côtes ou qu’ils refusent d’indemniser les salariés quand leur unité de sous-traitance ferme du jour au lendemain. Les Etats doivent respecter les droits fondamentaux ; les entreprises aussi.

Dans le même esprit, l’écologie doit être davantage placée au cour de notre projet de maîtrise de la globalisation . A l’origine, nous nous intéressions surtout au travail et au capital, mais nous vivons une crise écologique sans précédent. Si nous ne réagissons pas vite, le nombre de personnes touchées par les catastrophes naturelles va doubler pour atteindre plus de 2O0 millions d’individus dans dix ans. Le réchauffement climatique poussera des populations entières à l’exil, ce qui provoquera des tensions nouvelles et des guerres. En 2030, un habitant sur deux n’aura pas accès à l’eau potable.

Pour des raisons de géopolitique et de solidarité, la lutte contre le réchauffement climatique et pour la transformation de l’eau en un bien public mondial accessible à tous doivent nous mobiliser. Sur le premier point, l’idée a été lancée de créer une taxe mondiale de faible montant sur les émissions de gaz carbonique. L’Europe pourrait également faciliter l’adhésion de la Russie au protocole de Kyoto, en achetant une part des droits d’émission de ce pays, en échange de contreparties en matière environnementale : si la Russie adhère à Kyoto, le protocole entre enfin en vigueur et la réduction des émissions devient possible.

Au plan institutionnel et sans tomber dans une machinerie diplomatique complexe, nous devrions, de même, proposer ensemble la création d’une Organisation mondiale de l’environnement pour garantir la régulation environnementale internationale. Cette organisation serait notamment consultée par l’OMC - et pourrait s’imposer à elle - sur toute question commerciale comportant des enjeux environnementaux.

3. Chers amis, avec les nombreuses délégations des pays émergents présentes dans cette salle, je veux réaffirmer enfin notre devoir de renforcer d’urgence la solidarité avec le Sud . Ces dernières années, les sommets se sont multipliés, mais les résultats, quoi qu’on dise, ne sont pas suffisants. Les écarts de richesse s’accroissent : l’information, les capitaux, le savoir se concentrent en quelques points de la planète, faisant basculer des régions entières dans une sorte de « zone grise de la globalisation ». Plus de 800 millions de personnes souffrent de faim. Dans les pays les plus pauvres, une femme sur 15 meurt quand elle donne la vie. Les Etats sont asphyxiés par le fardeau de la dette qui a été multiplié par 35 depuis 35 ans.

Nous savons que la réalisation des « objectifs du millénaire  » des Nations-Unies suppose la mobilisation d’environ 100 milliards de dollars annuels supplémentaires, soit un doublement des flux actuels d’Aide Publique au Développement. Le double de ce montant serait nécessaire pour apporter aux populations des régions les plus marginalisées un ensemble minimal de services fondamentaux. Ces sommes, après tout, ne représentent pas plus que le coût de la contestable guerre d’Irak ! En association avec la mobilisation des capitaux privés et en mutualisant l’utilisation de ces ressources, les solutions financières innovantes, imaginées pour accroître l’aide méritent toutes d’être creusées, comme celles qui ont été proposées récemment par le gouvernement britannique. De même pour la réduction de la dette ou encore l’idée d’une taxe sur les ventes d’armes reprise avec force par le président du Brésil.

Cher Tony, cher Wolfgang, cher Peter, chers amis,

Ces différents objectifs sont ambitieux, mais je les crois nécessaires. Il est possible de les atteindre. Ils réclament de la volonté, de l’énergie et la mobilisation des forces progressistes du monde entier.

Mais l’alternative qui s’offre à nous est simple : soit nous abandonnons aux marchés - et à leurs zélateurs conservateurs - la globalisation qui deviendra une sorte de laissez faire, laissez-passer généralisé ; soit nous sommes capables de nous unir pour peser sur le cours des choses et orienter la globalisation dans le sens d’un progrès partagé de l’humanité.

Il ne s’agit pas, je le répète, de choisir des objectifs hors d’atteinte ou irréalisables. Il ne s’agit pas, par exemple, lorsqu’on est Français de demander surtout des sacrifices aux autres ou vice versa. Il s’agit de prendre tous ensemble la mesure des attentes des citoyens du monde, de prendre la mesure des dangers d’un monde sans gouvernance équitable et volontaire, de prendre la mesure de notre responsabilité collective et historique et d’agir.

L’histoire enseigne que, là où il y a une volonté, il y a un chemin. Là où il y a un chemin, commence l’espoir. Notre espoir est celui d’un monde plus juste, plus équilibré et plus harmonieux. C’est le sens même de l’engagement socialiste. C’est ce qui nous réunit aujourd’hui.

Au lendemain des atrocités de la deuxième guerre mondiale, Léon Blum, Chef du Gouvernement français du Front populaire et artisan des Congés payés, avait donné un très beau titre à ses souvenirs : « à l’échelle humaine. » Aujourd’hui, nous devons fixer une nouvelle frontière à la gauche et aux progressistes : penser et agir à l’échelle du monde .

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