Divers
Compte-rendu des débats de Canteleu
26 juin 2006
Synthèse des débats et réflexions des tables rondes organisées à Canteleu autour de Laurent Fabius.
1) Une ligne politique pour changer vraiment : nos priorités, notre refus du sarkozysme et du blairisme ; pourquoi nos idées, qui ont largement inspiré le projet, sont gagnantes.
Débat autour d’Emmanuel Maurel et Henri Weber
Réussir le grand chelem électoral de 2007 (présidentielle et législ atives) constitue pour la gauche un enjeu de rééquilibrage du pouvoir, dans un contexte de radicalisation à droite vers plus d’autoritarisme et de libéralisme.
L’ordonnancement de la bataille pour 2007 a pris corps lors de la lutte contre le CPE : toutes les associations, tous les syndicats, les partis politiques de gauche, se sont mobilisés pour défendre une société solidaire, face à la droite et au Medef qui, sous couvert de flexibilité voulaient généraliser la précarité.
Nous voulons offrir aux Français un débouché politique aux luttes sociales et à la résistance au libéralisme manifestées lors du rejet du projet de traité constitutionnel européen et du CPE.
Le projet adopté par le Parti socialiste, inspiré par nos idées, notamment sur la laïcité, le SMIC à 1500 euros, la stratégie de rassemblement de la gauche, prend le contrepied du blairisme. Une orientation social-libérale serait suicidaire pour la gauche ; elle ouvrirait un boulevard à l’extrême-gauche, et conforterait la droite libérale autoritaire.
Cette droite autour de N. Sarkozy annonce que la présidentielle de 2007 sera le premier scrutin post idéologique. Après l’échec de 2002, il s’agit d’un nouveau piège pour la gauche : tomber dans un débat qui ne porte pas sur un projet de société, mais sur des slogans flous, le choc des images et des formules, comme si l’alternative à un projet de société libéral était secondaire.
Nous devons dénoncer le primat de la démocratie d’opinion. Pour battre la droite, il faut repolitiser le débat, autour d’un projet et d’un candidat clairs et solides. Dans un contexte de confusionnisme idéologique, nous, socialistes, devons réaffirmer la nécessité d’une grille de lecture de la société qui montre les axes forts de l’affrontement entre le capital et le travail, et notre conviction du rôle essentiel de l’Etat et des services publics.
Nous avons un socle de valeurs (l’égalité partout, tout le temps, dans tous les domaines ; la laïcité contre le différentialisme et le communautarisme ; l’Europe), nous avons les idées claires et solides, nous avons un projet. Avec Laurent Fabius, nous avons un candidat qui partage ces valeurs, et dont les idées claires et solides ont largement inspiré le projet du PS.
2) Un parti de militants : nouveaux adhérents et nouveaux militants. Comment répondre à leurs attentes et à leur demande de participation ?
Débat autour de Marie-Noëlle Lienemann et Thierry Graal.
De nombreux militants , nouveaux adhérents, nous ont rejoints : tant mieux ! Il faut cependant regretter que le Parti ait limité sa campagne d’adhésions à son seul site internet, sans utiliser les supports habituels mieux à même de toucher les ouvriers et salariés, les chômeurs et les rmistes.
L’arrivée de nouveaux adhérents a suscité, dans les sections, des questions et des inquiétudes, sur la création de sections virtuelles, sur les risques de déséquilibre entre la composition du Parti et celle de la société, ainsi que sur le montant unique et réduit de l’adhésion. Ces interrogations ne doivent pas être utilisées pour opposer les « anciens » et les nouveaux adhérents.
Nous devons fidéliser au Parti ces nouveaux adhérents, et éviter qu’ils restent silencieux et s’abstiennent de voter. Nous avons besoin d’eux pour préserver la liberté d’expression au PS et pour construire une ligne politique de gauche.
Les nouveaux adhérents qui ont rejoint en grand nombre le Parti socialiste présentent des profils sociologiques hétérogènes, et témoignent de motivations très variées. Ils partagent tous une même volonté : battre la droite et faire gagner la gauche.
Dans un contexte institutionnel centré sur l’élection présidentielle au risque de dépolitiser un débat alors réduit à des questions de personnes, le Parti socialiste doit veiller à ce que le débat à venir pour gagner contre la droite ne se limite pas à prendre en compte quelques effets médiatiques autour de la désignation de notre futur candidat(e).
Notre parti est en effet d’abord confronté à l’enjeu de la reconquête des couches populaires. Le PS doit incarner cette orientation, pour être le moteur du rassemblement de toute la gauche, le parti du coeur de la gauche.
Les nouveaux adhérents ont été appelés cette semaine à voter sur le projet, souvent sans débat dans les sections, parfois sans que le texte leur ait été remis. Il est donc indispensable qu’ils s’approprient les orientations du projet du PS. Nous demandons la tenue de conventions thématiques régulières au sein du Parti pour que toutes les opinions s’expriment. Le PS doit être le parti du rassemblement et de l’intelligence collective.
3) Le rassemblement de la Gauche pour gagner les élections : où en est la Gauche ? Sur quelle base idéologique peut-elle se retrouver ? Comment donner un prolongement politique aux mobilisations anti-CPE et pour l’Europe sociale ? Quelles initiatives mettre en œuvre pour le construire avec nos partenaires (partis, associations, syndicats...) ?
Débat autour de Claure Roiron et Jean-Luc Mélenchon
Certaines déclarations, à gauche, sur le blairisme, la sécurité, la délinquance des mineurs et bientôt la double-peine, nous inquiètent parce qu’ils correspondent à un discours qui n’est pas celui des socialistes. S’il faut réaffirmer qu’il ne peut pas y avoir d’alliance avec le centre-droit, nous savons aussi que lorsque les discours de la gauche et de la droite commencent à se ressembler, c’est la droite qui en profite : la gauche ne peut pas gagner dans la confusion.
La gauche est aujourd’hui divisée. L’autre gauche est émiettée. Si le PS fait le jeu des divisions à gauche, nous ne récolterons que le sectarisme et la course à la surenchère : en 2007, après le 1er tour, il ne sera pas acquis que les électeurs se déplacent pour voter au 2nd tour tour. Le PS doit donc être le môle de rassemblement de toute la gauche.
Nous devons être clairs : le PS n’est pas un parti people et nous ne voulons pas confier l’éducation de nos enfants à des centres militarisés ; nous voulons redonner l’espérance au peuple de gauche.
Parce que nous sommes des militants, nous ne voulons pas séduire, mais convaincre les électeurs.
Or une partie de la gauche semble aujourd’hui touchée par la béatification médiatique. Face à ceux qui organisent un paysage absurde où une gauche sécuritaire (qui promet le FMI à la maison avec la mise sous tutelle des allocations familiales) lutterait contre une gauche laxiste, nous rappelons que pour les femmes et les hommes de gauche, la question centrale est l’égalité, pas la sécurité. La conscience de la gauche est de libérer, contre un ordre établi inégalitaire, le plus grand nombre de nos concitoyens de cet apartheid social dans lequel ils sont plongés ; la principale source d’inégalité n’est ni le racisme, ni le sexisme, mais l’argent.
Depuis quinze ans, la gauche, dans le monde entier, cherche son chemin. Chacun peut constater et déplorer que les deux grands partis sociaux-démocraties européens (le Labour, le SPD) sont incapables de présenter à leurs peuples des projets politiques qui ne soient pas l’alignement sur les normes libérales du capitalisme financier.
En France, Laurent Fabius a proposé un autre chemin où le progrès social est une condition du progrès économique, pas un empêchement. Tel sera le sens de l’élection de 2007.
Le débat interne sera d’abord une bataille d’idée : ce ne sera pas le roman-feuilleton que l’on nous a écrit par avance. En défendant la ligne politique du rassemblement de la gauche, la candidature de Laurent Fabius est la mieux à même de permettre à la gauche de gagner utilement les élections présidentielle et législatives, et de changer vraiment la vie.
4) Un parti de toutes les couleurs : diversité, société, laïcité ; comment faire de la République celle de tous ses enfants ? Comment mettre en œuvre concrètement l’égalité des droits ? Face à l’offensive communautariste, comment renforcer la laïcité ?
Débat autour de Sophia Chikirou et Laurence Rossignol.
La laïcité est un principe moderne, qui fait pleinement partie de notre culture républicaine. Il faut la défendre et la réaffirmer, parce qu’elle est la base du vivre ensemble.
La République connaît aussi, avec les discriminations, des formes dangereuses d’atteinte à ses principes et à la cohésion sociale. Nous proposons de renforcer cinq axes de lutte contre les discriminations, qui passent par l’école, levier de l’égalité sociale, par le renforcement de la solidarité urbaine, par les mêmes droits d’accès à l’emploi, par l’égalité en actes (à partir de la charte de la laïcité annoncée dans le projet du PS), et par la pédagogie et la compréhension autour notamment du devoir de mémoire, de l’appartenance à un espace francophone, du dialogue entre les spiritualités.
La défense des principes républicains, c’est encore le combat pour la diversité dans la société française, par l’action en faveur de l’égalité réelle de tous, et non par le développement des communautarismes. Les socialistes n’ont pas donné le meilleur exemple lors de la désignation des candidats aux prochaines élections législatives, où la diversité a été trop souvent instrumentalisée pour des règlements de comptes, pour imposer des parachutages et pour désigner des candidats sans vote.
Enfin, il faut dénoncer et lutter contre la tentative actuelle de ringardisation de la République par l’idéologie dominante. Certains veulent ainsi imposer la social-démocratie comme modèle de substitution à la République. Il est inquiétant de constater, dans le débat public, le silence sur les questions sociales : il n’y aurait plus que des questions de société, qui appelleraient évidemment des réponses individualistes dans un monde qui organise le désordre. La dérive est évidente, à l’exemple d’un certain type de discours sur la sécurité tenu à gauche : ainsi, la critique de la politique de sécurité de N. Sarkozy, entendue récemment à Bondy n’était pas une critique de gauche.
La critiqure de gauche consiste, plutôt que de partager le monde entre tenants de l’ordre et délinquants, à dire d’abord que la droite a, depuis 2002, favorisé la sécurité des beaux quartiers, a supprimé la police de proximité qui faisait un travail important dans les quartiers populaires, et a supprimé les crédits de nombreuses associations locales dont le travail social était très important.
La République est le fondement de la culture politique française. Sa défense est aussi l’un des enjeux des scrutins de 2007.
