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Université d’été du PS : Intervention de Laurent Fabius sur les crises libanaises et iraniennes
26 août 2006
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Depuis la salle, Laurent Fabius est intervenu au cours du forum consacré aux questions internationales. Il a développé son analyse de la crise libanaise et du dossier du nucléaire iranien. Il a ensuite exposé sa vision de ce que devrait être la politique du prochain Président de la République dans cette région.
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Texte de l’intervention :
Je voudrais défendre une idée, une idée simple. Lorsque nous voyons ce qu’a fait J. Chirac, on a le sentiment d’une politique en accordéon. Pour le dire autrement, même quand l’intuition politique est juste, la façon dont les choses sont appliquées fait que nous perdons le bénéfice de cette intuition. La régle que nous devons nous fixer pour un nouveau gouvernement, un autre Président de la République, une autre politique, c’est d’être clair sur l’objectif poursuivi. Et à partir de là d’en déduire les décisions à prendre.
J’applique cette règle à la question libanaise : doit on ou non parler à la Syrie ? La Syrie est certainement engagée dans le meurtre d’Hariri et dans d’autres exactions, mais si on veut aboutir à une solution durable sur le plan régional on ne voit pas comment on pourrait éviter de parler à la Syrie. Donc, si l’objectif est d’aboutir à une solution efficace il faut parler à la Syrie. Parler ne veut pas dire s’aligner. Parler ne veut pas dire considérer que celui qui est en face dit la vérité. Mais il faut parler avec la Syrie. Donc l’attitude qui est celle de J. Chirac à ce propos n’est pas cohérente.
J’applique la même démarche à Israël. Je pense que ce qui est en train d’arriver là bas - avec la guerre au Liban - secoue profondément la société démocratique israélienne et oblige à un certain nombre de remises en cause. Depuis des années - à vrai dire depuis 60 ans - la politique de sécurité d’Israël, c’est la politique de « défense offensive » : Israël est menacé il lui faut donc « frapper » préventivement sur les Etats voisins lorsqu’ils menacent. Cette politique montre son inefficacité lorsqu’il ne s’agit plus d’Etats à proprement parler. Comment appliquer cette politique vis-à-vis du mouvement palestinien ? Comment appliquer cette politique vis-à-vis du Hezbollah ? De la même façon je pense que nous, français, nous allons être obligés d’aller un peu plus loin dans la qualification que traditionnellement nous utilisons vis-à-vis de la question palestinienne. Nous disons - nous avons raison - il faut qu’Israël, dont la sécurité est évidemment vitale, reconnaisse l’Etat palestinien. Il faut que nous disions : un Etat palestinien, sur un territoire viable, dans des conditions gérables et en assurant les garanties de la sécurité de l’Etat palestinien.
Je vais un peu plus loin en ce qui concerne Israël. Jusqu’à présent Israël a considéré que les solutions militaires lui permettaient d’assurer sa sécurité. Ce qu’on est en train de voir prouve que cela ne fonctionne pas. Il faut bien sûr disposer de moyens de défense mais il faut aussi la reconnaissance de la légitimité internationale. Et je pense que demander les résolutions de l’ONU mais pas se les appliquer à soi même est difficile à défendre.
J’applique - avant de terminer - la même démarche à l’Iran et au Hezbollah. Personne ici n’a la moindre sympathie pour les thèses qui sont développées par Ahmadinejad. Concernant le Hezbollah, dire tout simplement qu’il s’agit là d’un mouvement qui n’a pas de bases profondes dans le peuple libanais, c’est faux. En tous cas, c’est devenu faux. On peut dire : « c’est malheureusement devenu faux », c’est comme ça. Cela implique de notre part là aussi de parler. Sans aller jusqu’à la position choquante de P. Douste Blazy célébrant la puissance de stabilité qu’est l’Iran : non ! Mais il faut parler.
Sur la question nucléaire l’un d’entre nous posait une question juste mais je n’y apporte pas la même réponse que celle qui était implicitement dans sa question. Il disait : mais à partir du moment où il y avait déjà un certain nombre de pays qui sont nucléarisés, pourquoi est ce qu’on l’interdirait à l’Iran ? Parce que, à partir du moment où l’Iran, le régime iranien, détiendrait la bombe, cela signifie que toute la région - ou en tous cas plusieurs pays importants de la région : on pense à l’Egypte, à l’Arabie Saoudite, l’un d’entre nous disait la Turquie - va se mettre en situation de se nucléariser. Ca veut dire qu’un certain nombre de mouvements terroristes peuvent être en situation de détenir la bombe. Ce qui veut dire qu’à la difficulté et au péril qui existe déjà dans cette région s’ajouterait le péril nucléaire. Car le vrai drame qui est en train de se produire c’est que pour la première fois depuis 1948 il se produit une jonction entre le conflit israélo - palestinien et la crise du golfe persique. Cela n’a pas de précédent. C’est là le danger. Donc il faut être ferme sur l’affaire du nucléaire iranien. Et c’est là où, me semble t’il, les israéliens et peut être d’autres ont commis une faute : on donne aux iraniens un moyen de pression énorme. Pour le 31 Août à l’Onu, on va demander aux iraniens de s’abstenir d’avancer sur la question du nucléaire, au même moment on va leur demander leur soutien à travers le Hezbollah pour une présence internationale au Liban. Evidemment, sans même être un expert en questions internationales chacun comprend qu’ils vont jouer de l’un sur l’autre. Ils diront : nous pouvons être relativement ouverts dans l’affaire libanaise, à condition que vous, communauté internationale, vous soyez ouverts dans l’affaire nucléaire.
Ma conclusion est simple : je pense qu’à partir d’une position, d’une intuition juste- qui est celle de J. Chirac - la France à pris successivement par sa bouche des positions qui contredisent cette intuition juste. Lorsque l’on a dit : « il ne faut pas parler à la Syrie » : c’est une erreur. Lorsque l’on a dit « il faut reconnaître la puissance stabilisatrice de l’Iran » : c’est une erreur. Lorsque l’on n’organise pas la résolution 1701 d’une manière telle que déjà les conditions politiques d’engagement soient prévues : c’est une erreur. Et enfin, je pense qu’on se trompe lorsque l’on n’associe pas suffisamment les pays européens.
Je voudrais pour terminer - pour ne pas qu’il y ait de méprise sur le sentiment que j’ai vis-à-vis du peuple israélien, vous lire une phrase d’Itzhak Rabin. Parce que je pense qu’elle définit exactement ce que nous devons avoir comme position sur le terrorisme : « Je combattrai le terrorisme comme si il n’y avait pas de processus de paix et je poursuivrai le processus de paix comme si il n’y avait pas de terrorisme ». Il n’y a pas d’autre solution efficace à long terme vis-à-vis du terrorisme que dans un processus politique.
