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Le droit effectif au logement, une grande conquête du siècle qui vient.

20 septembre 2006

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Intervention de Laurent Fabius aux journées parlementaires du PS à Nantes

Chers camarades,

Je voudrais, à l’occasion de notre journée parlementaire et à huit mois d’échéances décisives pour notre pays, aborder la question du logement.

Cet enjeu n’est pas pour moi abstrait ou théorique. Depuis plus de 25 ans, je suis l’élu d’une commune qui compte 72 % de logements sociaux, ce qui n’a pas grand-chose à voir, je l’admets, avec la situation de Neuilly-sur-Seine et de ses 2,5 % de logements sociaux. A Grand-Quevilly, lorsque je constate un tel écart, une telle inégalité, entre deux France, je mesure l’importance fondamentale du logement. Dans notre projet socialiste, il y a beaucoup d’excellentes priorités, mais - à cet égard aussi, il faut tirer toutes les leçons de l’expérience - affirmer trop de priorités pourrait conduire nos concitoyens à n’en retenir aucune. Que demandent-ils ? Un bon emploi, une bonne formation, un bon logement. C’est pourquoi j’ai l’intention que le logement figure non seulement au cœur de notre projet, mais au cœur de notre campagne, puis - c’est là l’essentiel - au cœur de notre politique.

Les raisons de ce choix sont évidentes. Le logement, c’est la qualité de la vie et la dignité dans sa vie : quand on habite dans un HLM avec des ascenseurs qui fonctionnent, des boîtes aux lettres propres, des appartements spacieux et fonctionnels permettant aux enfants de pouvoir faire tranquillement leurs devoirs et aux parents de recevoir la famille et les amis, c’est la vie qui change. La priorité du logement, c’est aussi une sécurité renforcée, un environnement valorisé, une économie consolidée.

Dans les mois qui viennent, des ministres UMP vont nous expliquer, sur les écrans et sur les ondes, qu’ « il n’y a jamais eu autant de logements ». Il est vrai que 400 000 logements ont été construits l’an dernier. Pourtant, nous les socialistes et la gauche, nous disons : « cette politique ne marche pas ». Et nous avons raison ! Non seulement les financements publics et les incitations fiscales pour le logement vont vers ceux qui disposent déjà de l’argent nécessaire (le fameux « Robien »), mais quand la droite construit, c’est souvent pour les mêmes. A cet égard, ce que propose N. Sarkozy pour demain, c’est la politique de l’actuel gouvernement en pire. Il prône la vente des logements sociaux, véritable miroir aux alouettes, mais ne propose pas d’en construire de nouveaux. Avec une telle dérive, le parc social risque de se transformer en parking social. Autres mauvais coups : la mise en cause du maintien des habitants dans les lieux, la banalisation du livret A ou encore l’affirmation que le marché parviendra « naturellement » à réguler l’offre et la demande de logements.

Nous sommes porteurs d’une politique alternative à ces recettes libérales. Notre projet est précis : construction de 120 000 logements sociaux par an, « bouclier logement », mutualisation des cautions, constitution de réserves foncières via les agences foncières régionales, lutte contre la précarité des jeunes face au logement. Toutefois, sur le point qui concerne le respect de l’article 55 de la loi SRU, je crois que nous devons aller plus loin. Actuellement, des maires - en général de droite - dérogent à la loi, quitte à payer des pénalités fixées par le législateur avec l’argent du contribuable et à en faire un argument électoral pour laisser les « classes laborieuses, classes dangereuses » dans les communes voisines. L’augmentation des pénalités ne suffira pas à changer les choses. Face à de telles pratiques et de tels abus, nous devons affirmer notre volonté politique. C’est pourquoi, parmi les 7 engagements précis pour 2007 que j’ai rendus publics récemment, je propose que l’Etat se substitue aux maires défaillants dans la construction de logements sociaux.

Chers camarades, pour redonner espoir aux Français et pour réussir ensemble le changement, nous devons faire le lien entre le quotidien et le lointain, entre le concret et la quête de sens. Le droit au logement permet de faire cette jonction. Non pas du jour au lendemain, car nous ne sommes pas des marchands d’illusions, mais progressivement et réellement : d’abord pour les jeunes, puis pour les personnes en situation d’urgence, pour tous les autres au final. Disons la vérité : pour qu’existe demain un véritable droit opposable au logement (comme en Ecosse), nous devrons faire prévaloir l’intérêt général et la puissance publique face à l’exigence de profit et de rentabilité à court terme du marché. Inscrivons notre démarche pour demain dans le mouvement historique pour le progrès. Après l’accès aux soins et l’accès à l’éducation, l’accès au logement par tous et pour tous doit être une grande conquête des années qui viennent. Si nous avançons dans cette direction, alors nous redonnerons l’envie de croire à la politique aux couches populaires et la confiance aux couches moyennes. C’est ce que l’on attend des socialistes en 2007.

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