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Interventions
« Je veux agir pour mon pays, pour mes convictions et pour battre M. Sarkozy »
24 septembre 2006
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Interview de Laurent Fabius publiée dans le Journal du Dimanche
Vous plafonnez à 3% dans les sondages. Décourageant, non ?
Sept mois avant l’élection, la valeur prédictive des sondages est quasi nulle. On l’a vu lors des échéances précédentes. Si le débat au sein du PS se poursuit comme il a commencé à Lens, les choses vont bouger. Elles ont déjà bougé. Malheureusement, l’appareil central du PS fait blocage : les conditions d’une désignation loyale ne sont pas remplies. Des débats devraient avoir lieu dans chaque grande région avec les militants : on refuse de les organiser. « L’appareil » devrait être impartial : il est à fond, Premier secrétaire en tête, pour une des candidatures. Et on peut avoir des doutes sur les conditions de vote dans plusieurs fédérations verrouillées. Cela doit être corrigé rapidement. Ce n’est pas digne de l’enjeu.
A Lens, vous avez traité Nicolas Sarkozy de « caniche de Georges Bush »...
J’ai repris, mot pour mot, une formule appliquée à M. Blair pour décrire sa relation avec M. Bush. J’ai été, en effet, choqué par la critique des choix internationaux de la France formulée par M. Sarkozy depuis l’étranger ; alors même qu’il s’agit d’une des rares actions positives du gouvernement dont il est le numéro deux. M. Sarkozy est bien le candidat préféré de M. Bush.
Quel regard portez-vous sur son bilan gouvernemental ?
Nicolas Sarkozy à Bercy, c’est un endettement français qui a augmenté comme jamais. Nicolas Sarkozy Place Beauvau, c’est une insécurité des personnes accrue. A cela s’ajoute ses provocations contre les banlieues, les jeunes, les magistrats, la laïcité... Pour exercer les plus hautes fonctions de l’Etat, il est préférable de ne pas être trop agité.
Etes-vous le candidat le plus à gauche au PS ?
Je suis socialiste, laïc et républicain. Je pense qu’on ne peut battre la droite que dans le rassemblement de la gauche et qu’on ne peut rassembler la gauche que sur des valeurs et des positions clairement de gauche. C’est celles que j’ai prises depuis plusieurs années en tirant les leçons de notre défaite en 2002. Si des responsables de gauche croient que c’est en empruntant des thématiques de droite qu’on mobilisera nos électeurs, ils se trompent. La gauche prendrait le risque de perdre en route une partie des siens et son âme.
C’est à Ségolène Royal que vous pensez ?
Je pense à certains débats qui ont été lancés : la carte scolaire, l’encadrement militaire, les 35 heures ou le regroupement familial. Veillons à ne pas dériver. A force de vouloir soi-disant « briser les tabous », attention à ne pas briser la gauche !
Vous avez rencontré Lionel Jospin récemment. Que vous a-t-il demandé ?
Rien. Nous avons discuté dans un climat amical et avec le souci de l’avenir de la France. Je ne me présente pas contre qui que ce soit à gauche. Je veux agir pour mon pays, pour mes convictions et pour battre M. Sarkozy, dont le projet et le caractère me paraissent dangereux. Je refuse une France brutale et précaire. Je porte une France forte parce que solidaire. Voila ce dont nous avons parlé.
Si vous n’étiez pas désigné par les militants, pourriez-vous vous présenter malgré tout ?
Mon objectif est évidemment le succès. Quel qu’il soit, le vainqueur bénéficiera du soutien des autres. Et je veux être d’autant plus respectueux de mes compétiteurs que, si je l’emporte, je souhaite qu’ils acceptent de hautes responsabilités dans notre future équipe de France.
Si vous n’étiez pas désigné par les militants, pourriez-vous ne plus faire de politique ?
C’est la première fois que j’aborde une telle élection. Je me sens à l’aise avec mes convictions, en phase avec ce que ressent le peuple français, et plein d’énergie. Le futur est devant !
En Hongrie, le Premier ministre a admis avoir menti pour gagner, n’y est-on pas contraint ?
Non. Comme l’écrivait Jaurès, un responsable doit « chercher la vérité et la dire », montre qu’à travers les efforts à accomplir, il existe un chemin d’espérance. C’est ma démarche.
Que vous inspirent les propos de Nicolas Sarkozy sur les magistrats ?
Ce n’est pas en se défaussant démagogiquement sur les magistrats que M. Sarkozy convaincra. L’indépendance judiciaire est un principe de la République. Il est choquant qu’il y porte atteinte. J’attends des ministres qu’ils résolvent les problèmes, pas qu’ils les aggravent.
Propos recueillis par Florence Muracciole
