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propositions. Proposons concrètement à gauche
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Pour réconcilier les deux France, le projet socialiste doit permettre de progresser et de protéger (Discours de Pantin)

29 janvier 2005

Pour la Gauche et pour les socialistes, le véritable enjeu - et le principal défi - est de savoir si nous allons être capables de redonner une espérance dans la notion de progrès, qui est à la base même de notre identité et de notre combat. Si j’avais à résumer, ayant décrit cette coupure sociale entre les deux France, je dirais que notre projet doit à la fois permettre de progresser et permettre de protéger. Si nous sommes capables, prenant chaque domaine l’un après l’autre, de montrer que grâce à l’application des grandes orientations que nous proposons, il sera possible à la fois de progresser et de protéger, nous redonnerons un sentiment d’espérance.

Chers amis, chers camarades,

Je commencerai par un mot qui fait trop rarement partie du discours politique : le plaisir. Celui d’être ensemble, tout simplement. Celui que nous avons éprouvé à échanger au cours de cette journée. Celui d’avoir accueilli à la fois des camarades qui se retrouvent depuis longtemps et d’autres, nouveaux ou plus récents, qui appartiennent à notre sensibilité ou qui n’y appartiennent pas, mais qui sont proches de nous. Pour ce plaisir partagé, je veux remercier chacun de vous. Ensemble, vous avez participé à ce plaisir et l’avez rendu possible. Je veux remercier en particulier deux camarades sans lesquels cette journée n’aurait pas eu lieu : je veux remercier Claude Bartolone et Bertrand Kern de leur gentillesse et de leur efficacité.

Le plaisir, et en même temps l’émotion. Cette journée ne se tient pas dans un contexte indéfini. Elle se déroule à l’issue d’une semaine où, jour après jour, les médias - ils ont eu raison de le faire - nous ont montré l’innommable. Tout ce qui a été dit, rappelé, rapporté à propos d’Auschwitz est nécessaire et poignant, sans qu’à aucun moment personne n’ait pensé ou dit : « encore ces images, toujours ces images ». On ne montre jamais assez l’horreur. On ne désigne jamais trop la barbarie. Cette semaine du souvenir, de la mémoire et de l’histoire, nous a profondément bouleversés.

L’émotion aussi, parce que nous discutons au moment où une journaliste et son assistant ont disparu, depuis maintenant plus de trois semaines, quelque part en Irak. Le journalisme est l’un des plus nobles et des plus périlleux métiers. Il est bon que dans une assemblée comme la nôtre, nous rendions hommage aux journalistes, à travers la pensée que nous avons pour Florence Aubenas et Hussein Hanoun al-Saadi.

L’émotion enfin, parce que demain, en Irak, des élections ont lieu. Régleront-elles tous les problèmes ? On peut en douter si l’on songe aux cortèges de morts que connaît, chaque jour, ce pays. Mais on veut espérer car la promesse de démocratie, de citoyenneté, d’Etat de droit doit être soutenue et entretenue. Notre solidarité à l’égard du peuple irakien est plus forte que jamais.

Comme souvent, nos cœurs sont mêlés de sentiments distincts : le plaisir d’évoquer le présent et de penser au futur ; en même temps, l’émotion face à un monde de violence et d’inhumanité dans lequel nous devons agir. Et pourtant, nous pensons - ce sera un des points forts de mon propos - que malgré tout, le progrès est possible et qu’il revient à la politique de tracer un chemin d’humanité.

Plaisir, émotion, mais aussi une certaine frustration de n’avoir pu aborder tous les sujets de préoccupation. Nous avions choisi aujourd’hui quatre thèmes de réflexion : emploi et pouvoir d’achat, éducation et formation, logement et habitat, services publics et égalité des chances. Impossible, même en cadence, d’en faire le tour ! C’est pourquoi nous aurons l’occasion, dans les mois à venir, de nous retrouver pour creuser nos réflexions et aborder d’autres champs, je pense notamment à la situation internationale.

Comme toujours, elle est déterminante. La mondialisation inégale domine tout désormais. Invariablement, des conflits perdurent ou explosent, et d’abord en Afrique. Lentement, des éléments d’espoir percent en Israël et en Palestine. Mais déjà, le risque du nucléaire iranien laisse entrevoir l’incertitude et l’inquiétude pour la stabilité du Moyen-Orient et de la planète. A travers ces faits et bien d’autres événements encore, la nécessité apparaît d’une autre mondialisation, avec une communauté internationale plus exigeante qui fasse entendre sa voix, une Europe puissance qui joue son rôle, une France plus présente qui occupe toute sa place.

*

Chers camarades, pour la France et singulièrement les socialistes français, depuis des décennies, la notion d’égalité - et j’ajoute d’universalisme - est déterminante. Jusqu’à ces dernières années, l’égalité que nous demandions pour tous, l’universalisme qui faisait et fait toujours partie de nos valeurs, étaient revendiqués sans que cette exigence mette en cause notre propre développement.

La mondialisation a changé la donne. L’apparition de la Chine et de l’Inde comme puissances mondiales, ou encore la construction aléatoire et parfois altérée de l’Europe que nous aimons mais que nous voudrions différente, ont modifié non pas la nature, mais les effets de l’universalisme républicain dont nous sommes, comme socialistes et comme sensibilité dans le mouvement socialiste, les militants. Pour la première fois, cet universalisme constitutif de notre histoire et de notre tradition risque, à certains égards, de se retourner contre nous si nous ne fixons pas des limites.

L’un des camarades a posé une question centrale pour la France des années 2000 : comment faire en sorte que les conquêtes collectivement remportées puissent se diffuser à d’autres - je pense aux pays de l’Europe de l’Est ou d’autres régions du monde - sans que ce processus menace nos propres acquis ? C’est ainsi que les salariés, les ouvriers, les employés, les artisans, les couches moyennes et beaucoup d’autres abordent l’histoire et le débat politique aujourd’hui.

Autrefois, travailler impliquait seulement de disposer du niveau requis pour trouver et garder un emploi. Aujourd’hui, notre pays est en compétition, non seulement avec les autres Européens - depuis longtemps pour nos voisins, désormais avec les nouveaux membres de l’Union et bientôt les futurs entrants - mais aussi avec les autres peuples de la planète. Parce que nous sommes socialistes, nous voulons donner davantage de droits à nos ressortissants. En même temps et de surcroît, parce que nous sommes internationalistes, nous voulons que les autres aient les mêmes droits que nous. La nouveauté - et la difficulté - réside dans le fait que ces deux droits égaux s’entrechoquent. Comment surmonter ce choc ? Sûrement pas par la loi du marché. A coup sûr par davantage de régulation, par d’autres règles aux niveaux national, européen et mondial. C’est l’un des principaux sujets dont nous devrons traiter dans notre projet pour 2007.

*

Chers amis et camarades, si j’ai aimé notre journée, les témoignages et les réflexions qui ont été échangés, c’est parce que d’une façon évidente, elle confirme ce que nos concitoyens pensent et vivent - et que le Parti socialiste peine parfois à exprimer : la coupure, la cassure, la brisure, le fossé entre deux France.

Cette co-existence, de moins en moins pacifique, entre deux France ne renvoie évidemment pas aux clivages superficiels qui sont en général mis en évidence - entre la province et Paris, entre le haut et le bas, entre la fonction publique et le secteur privé. Quand j’évoque deux France, je fais référence à deux groupes de Français, tous deux légitimes et pourtant distincts.

D’un côté, le groupe - le plus petit en nombre - de ceux qui sont assurés de leur avenir, qui ont fait de bonnes études, qui savent que leurs enfants vont pouvoir se loger, trouver un emploi, bénéficier de soins corrects, qui peuvent voyager, qui ne redoutent pas l’européanisation et la globalisation. Ce groupe existe, il est dynamique. C’est un groupe fort, plein d’espérance, qu’il ne faut pas réduire.

Et puis, il existe un groupe, ou plutôt des groupes, de Français beaucoup plus nombreux. Ils appartiennent à diverses catégories sociales - les exclus, les ouvriers, les employés, les couches moyennes - qui, malheureusement pour beaucoup d’entre eux, sont aujourd’hui privés d’espoir. Ils se disent : « pour moi et encore plus pour mes enfants, l’avenir risque d’être le travail précaire ; pour moi et encore plus pour mes enfants, l’éducation ne sera plus suffisante pour fournir automatiquement un emploi stable ; il n’y aura pas facilement un logement décent ; il n’y aura pas mécaniquement une couverture maladie ; pour moi et encore plus pour mes enfants, la retraite ne sera pas suffisante ». C’est parce que des millions de Français ressentent ces angoisses qu’il y a une coupure entre les deux France.

Je pense que la tâche principale du Parti socialiste et l’objectif principal de notre projet - j’y reviendrai - consistent à tenter de rassembler ces deux France pour que cesse la situation, inacceptable quand on est républicain, humaniste et socialiste, de ces millions de gens - nous les côtoyons tous - qui ont perdu l’espérance dans leur propre avenir, dans la politique, dans la République et même dans la France.

*

Mes camarades, cette cassure entre les deux France n’est pas arrivée par hasard et n’a pas commencé, il faut avoir l’honnêteté de le dire, avec l’élection de Jacques Chirac - je veux dire, la dernière en date. Il faut remonter plus loin.

Depuis la Deuxième guerre mondiale, des mécanismes ont assuré dans notre pays le progrès et la solidarité :

-  l’emploi stable, qui a pu s’affirmer grâce à une série d’investissements, de programmes de recherche, de développement et d’équipement. Ce mécanisme est aujourd’hui grippé, à cause du chômage, de la précarité, du transfert du risque des actionnaires vers les salariés, de l’européanisation libérale, de la mondialisation. Ce qui assurait le progrès en matière d’emploi est mis en cause.

-  l’éducation et ses effets positifs en termes de promotion sociale. Bien entendu, il y avait en dans les années cinquante ou soixante moins d’étudiants et d’élèves qu’aujourd’hui. Reste que, grâce à l’école, la promotion sociale était possible et durable. Or, même si l’Education nationale a produit dans notre pays des résultats impressionnants, il n’est plus vrai que la massification s’accompagne d’une démocratisation de l’enseignement et des savoirs. Beaucoup d’enfants des milieux populaires, qui ont pourtant donné le meilleur d’eux-mêmes au cours de leurs études, ne peuvent pas s’en saisir comme moyen de promotion sociale.

-  l’amélioration de l’habitat et le développement du logement ont été pour beaucoup dans la croissance qui a existé pendant les belles années, même s’ils se sont parfois déployés contre le cadre de vie ;

-  enfin, la Sécurité sociale corrigeait une série d’inégalités, assurait une redistribution des revenus et, par une consommation puissante, assurait le progrès.

Ces quatre mécanismes se sont grippés pour des raisons multiples, qui tiennent à des évolutions internationales, à des insuffisances en France, à des contradictions dans l’action des gouvernements, y compris ceux de la Gauche. S’y ajoutent - et c’est essentiel - les décisions d’une dureté sans précédent de la droite aujourd’hui aux responsabilités. On dit que l’actuel président de la République et son Premier ministre veulent revenir sur des décisions de la période 1997-2002. Pas seulement !

C’est de bien autre chose qu’il s’agit, et de plus grave encore ! Lorsqu’ils mettent en cause le droit du travail et le droit de grève, ils reviennent sur 1936. Lorsqu’ils mettent en cause la protection sociale, ils reviennent sur 1945. Lorsqu’ils mettent en cause la retraite et les pensions, ils reviennent sur 1981. Lorsqu’ils mettent en cause le RMI, ils reviennent sur 1988. Lorsqu’ils mettent en cause les emplois jeunes et la réduction du temps de travail, ils reviennent sur 1997. Lorsqu’ils jettent systématiquement le soupçon sur l’action publique et sur les fonctionnaires, c’est pour mieux se défausser soit sur le privé, sans contrôle, soit sur les collectivités territoriales, sans moyens. Cette logique ultra-libérale accentue le fossé entre ces deux France.

Dès lors, de nombreuses couches sociales commencent à perdre espoir. C’est d’autant plus destructeur qu’elles ont accompli de lourds efforts et seraient prêtes à se mobiliser une fois de plus pour espérer l’amélioration des perspectives d’avenir - pour chacun et pour leurs enfants. Cette situation est grave. Si elle se prolonge, elle aura des conséquences immenses sur le plan politique : qui peut croire que des couches sociales durablement sans espérance resteraient incluses dans le champ même du débat politique et de la démocratie ? Si nos concitoyens relégués et précarisés ne retrouvent pas un espoir grâce à nos analyses, ils se mettront en marge de la politique et la société politique. La France ressemblera à sa voisine d’outre-Atlantique : le débat public n’aura plus lieu entre une droite, qui peut légitimement affirmer des idées qui ne sont pas les nôtres, et une gauche qui doit affirmer fortement ses valeurs, mais il se réduira à la molle et tiède comparaison entre deux modèles que peu ou pas grand-chose ne distingue, même si de temps à autre, un Clinton pour les uns, un Bush pour les autres, viennent marquer certaines différences majeures.

Pour la Gauche et pour les socialistes, le véritable enjeu - et le principal défi - est de savoir si nous allons être capables de redonner une espérance dans la notion de progrès, qui est à la base même de notre identité et de notre combat. Depuis cent ans qu’il existe, et depuis plus encore qu’existe la pensée humaniste, le socialisme est intimement lié à la notion de progrès par la solidarité. Or, à un moment où non seulement les inégalités sont plus fortes que jamais, mais même l’espérance d’y remédier est remise en doute, c’est notre démarche qui risque d’être mise en cause. A nous de savoir si nous voulons réduire cette coupure entre les deux France. Si nous empruntons ce chemin - qui sera difficile -, la démocratie et la citoyenneté retrouveront de la vitalité. Si nous ne réagissons pas, alors c’est l’abstention, le recul civique et le séparatisme social qui menacent. En tant que socialistes et en tant que républicains, nous ne devons en aucun cas l’accepter.

*

Mes camarades, quelles sont les deux grandes tâches du Parti socialiste ?

La première exigence, c’est de s’opposer. J’avais dit, lors du Congrès de Dijon, que notre opposition devait être frontale. Certaines oreilles délicates avaient trouvé ce mot grossier. « Frontale » ne signifie pas « irresponsable », mais tout simplement « ferme ». « Frontale » signifie que ces groupes sociaux dont je viens de parler, qui sont dans la désespérance, demandent une opposition ferme et non pas une opposition en caoutchouc.

Je pense que le choix collectif de notre ligne politique à Dijon explique pour une large part nos succès électoraux au printemps 2004. Je ne réduis nullement les mérites de nos candidats et de nos élus, dont beaucoup d’ailleurs sont présents dans cette salle, qui ont remporté magnifiquement les élections régionales, cantonales et européenne. Mais je pense que si nous n’avions pas opté pour une ligne d’opposition ferme et frontale à la droite, ces résultats bienvenus n’auraient pas été au rendez-vous. Ne nous illusionnons pas sur le message de l’an passé : les Français se sont saisis du vote socialiste pour dire « non au gouvernement Chirac-Rafarin-Sarkozy ». Ils n’ont pas plébiscité à ce stade les propositions ou le projet qui seraient les nôtres, tout simplement parce que, jusqu’à présent et pour des raisons objectives, nous ne les avons pas encore présentés.

L’opposition ferme, les Français l’attendent par exemple dans trois domaines, qui touchent à la vie quotidienne et aux valeurs.

-  Dans le Pas-de-Calais et dans le Nord, des élus, constatant que dans leurs communes beaucoup de foyers sans ressources n’ont pu payer leurs factures et se retrouvent alors sans électricité en plein hiver, ont pris des arrêtés - jugés illégaux depuis lors - interdisant les coupures d’électricité pour des impayés. Ma conviction est que le Parti socialiste doit être à leurs côtés. Je souhaite l’inscription en urgence à l’ordre du jour de la proposition de loi rédigée par les députés socialistes destinée à instaurer une Couverture Energie Universelle, comme il existe une Couverture Maladie Universelle. L’un de nos camarades l’a dit avec force au cours de nos débats : il ne faut pas seulement parler des ouvriers, des employés, des exclus ou des plus modestes, il faut leur parler directement.

-  La vie quotidienne, c’est aussi l’école. Cette année 2005, quand on voit les chiffres prévus de fermetures de classes, d’écoles, on me dit même - c’est à vérifier - de collèges ou de lycées, quand on voit le mépris dans lequel sont tenus les enseignants qui font un travail admirable malgré les difficultés, il y a risque de tensions et d’explosion autour de l’école. La loi dite Fillon risque de dégrader davantage encore la situation puisqu’elle vise à éloigner, pour les mettre sur le côté, ceux qui ne peuvent pas suivre le rythme. La mobilisation contre ce texte va grandir dans les semaines qui viennent. Les socialistes devront être à l’offensive et à l’initiative aux côtés des professeurs, des parents d’élèves et de la jeunesse. De même, nous devrons être présents et résistants chaque fois que le pouvoir d’achat ou le droit du travail seront menacés - ce sera le cas le 5 février prochain.

-  Il faut aussi s’opposer sur le champ des valeurs quand celles de la République ou celles de la Gauche sont en cause. J’ai été choqué, le mot n’est pas trop fort, en prenant connaissance des propositions de Monsieur Sarkozy en matière d’immigration et en entendant les premières réactions favorables de dirigeants socialistes. Voilà désormais qu’il prône la mise en place de « quotas » sans prendre garde aux limites et aux dangers d’une telle suggestion. Fixer des quotas, c’est rompre avec une tradition historique. En pratique, c’est aboutir à des quotas jamais atteints pour une population dite qualifiée et toujours dépassés pour les populations dites non qualifiées. Il faut alors procéder à une série de régularisations - nos voisins italiens, qui ont mis en œuvre une telle politique, sont en train de régulariser 800 000 personnes ! Demander des quotas, c’est aussi un moyen de diffuser une petite musique électoraliste : « il y a l’immigration choisie et l’immigration subie ». Je pose la question à ceux qui entonnent cette mélodie : les millions de personnes qui sont venues en France et qui sont restées ces dernières décennies, étaient-elles « subies » ? Qui fera croire que là se trouve la meilleure manière de créer un creuset national pour que chacun se sente vraiment Français ? Comme socialiste depuis ma première carte - voilà déjà trente ans -, je le dis simplement : cette logique des quotas ne peut pas être la nôtre.

Il faut savoir s’opposer avec fermeté à la politique injuste et inefficace de la droite. Il faut aussi savoir s’opposer avec clarté et constance aux décisions négatives qui viennent d’ailleurs, et d’abord de l’Europe. Je n’évoque pas ici le débat qui s’est déroulé dans la deuxième moitié de 2004 au sein du Parti socialiste. Ce débat est tranché : il y a la position du Parti, nous avons - même si elles sont diverses - nos convictions que personne ne nous demande de changer. Je pense ici aux décisions européennes approuvées par le gouvernement Chirac-Raffarin auquel nous disons non.

En matière économique et monétaire d’abord, nous devons nous préoccuper plus que ce n’est fait de la situation de l’euro. Ce fut une grande avancée de créer la monnaie unique - et je suis l’un de ceux, avec d’autres, qui l’ont permise. En revanche, il y a danger quand la devise américaine dégringole largement à dessein, quand les monnaies asiatiques font de même, le tout faisant monter l’euro et rendant ainsi invendables nos productions. Il faut être cohérent : on ne peut pas dire que nous voulons développer notre industrie, garder nos emplois en France, encourager l’innovation et la prise de risque, et en même temps, nous laisser dévorer une partie de notre compétitivité parce que nous sommes 10 %, 20 % ou 30 % plus chers que nos concurrents extra-européens, du seul fait que la valeur de l’euro a évolué par rapport au dollar ou au yuan. Dans ce contexte, le silence du gouvernement français face à l’inertie de la Banque centrale européenne est inacceptable.

Nous ne pouvons pas davantage nous accommoder de la fameuse directive Barroso-Bolkestein, approuvée - quoi qu’il en dise - par le gouvernement français. Henri Weber l’a dit : ce texte envisage tout bonnement d’appliquer au domaine social la théorie du pavillon de complaisance ! Lorsqu’une entreprise polonaise viendra vendre des services en France pour la construction de logements, la production de services sociaux, éducatifs ou autres, elle ne se verra pas appliquer la législation française, mais le droit polonais dès lors qu’elle emploie des travailleurs polonais. Les effets seront ravageurs et les travailleurs français soumis à un chantage permanent : « si vous voulez garder votre emploi, il faut vous aligner. » Même si, en théorie, cette directive ne s’applique qu’aux travailleurs ressortissants de l’entreprise polonaise, elle concernera rapidement et par contrecoup l’ensemble des travailleurs sur le sol national. Se déclenchera alors une nouvelle forme de délocalisations : des entreprises françaises iront installer leur siège social dans les pays les moins protecteurs de l’Union européenne pour pouvoir abaisser leurs coûts de 20 %, 30 % ou 40 % au regard des normes sociales existantes. Comme vous, j’ai entendu le président de la République, avec son attitude inimitable : « Je demande, a-t-il grondé, que l’on prenne les dispositions pour que les excès de cette directive soient combattus ». J. Chirac serait plus convaincant si au mois de novembre dernier, son gouvernement n’avait pas approuvé cette directive en Conseil des ministres européens. La droite parle souvent de responsabilité. Qu’elle assume donc les siennes en commençant par assumer ses actes. Contre la directive Barroso-Bolkestein, il n’est pas question pour les socialistes de pratiquer une opposition à éclipses ou une opposition en caoutchouc en suggérant de l’amender. Il s’agit de récuser, de refuser et de rejeter.

*

Chers camarades,

S’opposer est indispensable. En même temps, nos concitoyens vont nous dire légitimement : « vous, les socialistes, vous critiquez, mais que proposez-vous ? ». Bâtir un projet, tel est l’enjeu de cette année 2005 pour le Parti socialiste.

Avant de nous engager sur les propositions, soyons au clair sur ce que nous voulons. Une idée centrale, je l’esquissais tout à l’heure, consiste à réconcilier les deux France. Une large partie de nos compatriotes sont en train de renoncer à l’espérance et à l’idée même qu’un progrès est possible. Rien n’est plus dangereux et - nous devons le montrer - rien n’est plus faux. Car dès lors que l’on admettrait qu’aucun progrès n’est possible, c’est toute notre démarche qui serait remise en cause. Il n’y aurait guère de place pour une perspective de Gauche.

C’est la raison pour laquelle il est décisif, sans pratiquer la méthode Coué, de réinstaller dans nos propositions l’idée que le progrès est possible. Si j’avais à résumer, ayant décrit cette coupure sociale entre les deux France, je dirais que notre projet doit à la fois permettre de progresser et permettre de protéger. Si nous sommes capables, prenant chaque domaine l’un après l’autre, de montrer que grâce à l’application des grandes orientations que nous proposons, il sera possible à la fois de progresser et de protéger, nous redonnerons un sentiment d’espérance.

Le progrès, cela veut dire des choses simples, qu’il faut de nouveau revendiquer et porter auprès de l’ensemble de la population.

Le progrès scientifique : nous savons bien sûr qu’il faut le maîtriser, qu’il peut exister des excès à combattre, mais fondamentalement, nous estimons qu’il est moteur de la croissance, donc de la prospérité à la fois française, européenne et mondiale. Bien sûr, il doit être encadré dans ses conséquences éthiques et environnementales, mais certainement pas abandonné comme objectif. Notre santé, notre connaissance du monde, notre vie au quotidien en dépendent. C’est pourquoi nous voulons faire de la recherche et de l’innovation une priorité. Ne soyons pas crispés sur nous-mêmes ! Soyons au contraire des défricheurs. Nous croyons au progrès, et d’abord au progrès scientifique : disons-le.

Il en va de même du progrès économique. Les socialistes sont parfois réputés pour ne se préoccuper que de la distribution et absolument pas de la création des richesses. C’est absurde : parce que nous sommes au premier chef les représentants de ceux qui produisent de la richesse, nous savons que sans création de richesse, donc sans progrès économique, aucune distribution n’est possible. C’est pourquoi nous voulons mettre l’accent sur l’innovation sur l’investissement, sur la recherche, sur la formation, sur le renforcement de nos industries, sur l’appui aux créateurs d’entreprises, sur l’attraction des talents et des hommes, pour le progrès économique.

Nous nous battons pour le progrès social. C’est le cœur même de la démarche socialiste : il doit non seulement être défendu, mais étendu. La justice sociale, l’égalité concrète des chances, l’accès aux solidarités sont une conquête permanente. Nos aînés ont fait beaucoup. Les acquis sont parfois menacés - il faut les protéger. De nouvelles avancées sociales sont à réaliser en matière de pouvoir d’achat ou de démocratie.

Nous nous battons pour le progrès sociétal parce que la lutte contre les discriminations raciales, religieuses, sexuelles, sociales, est un front qui est encore largement ouvert en France et un affront au pacte républicain. Dans notre pays, la discrimination entre les sexes reste une réalité. Une loi, nous dit-on, doit être votée. Encore faudrait-il au préalable appliquer celles qui existent : on sait depuis des années - pour ne pas dire des siècles - qu’il existe une discrimination évidente à l’égard des femmes, et pourtant aucune modification suffisante n’est encore intervenue.

On sait aussi qu’il faut progresser dans le domaine environnemental. Une de nos camarades écologiste a lu un message de Dominique Voynet. Nos camarades verts, que parfois nous critiquons, nous ont apporté beaucoup parce qu’ils nous ont fait toucher du doigt - c’était leur idée initiale - que la Gauche et les socialistes, traditionnellement attachés au progrès économique et industriel, n’étaient pas suffisamment soucieux de la préservation et de la mise en valeur de la nature. Aujourd’hui, nous devons modifier notre vision du monde : compte tenu de ses progrès techniques, l’humanité est en situation de détruire la nature, de détruire les espèces et de se détruire elle-même. Il faut donc que le développement durable, que nous avons été ici les premiers à introduire dans le corpus du Parti socialiste, permette de ne plus séparer progrès économique, progrès social, progrès environnemental.

C’est autour de ces progrès mis en valeur par le progrès démocratique - et les changements institutionnels nécessaires - que nous pouvons redonner ses lettres de noblesse au progrès qui est le cœur de la démarche de la gauche. Reste que ce progrès retrouvé ne sera possible que par la solidarité. Ce n’est pas la conception de la droite : soit elle récuse, par scepticisme et par cynisme, la notion même de progrès ; soit elle professe que le progrès passe par la suppression des règles, par l’individualisme exacerbé, et non par la démarche collective. Nous pensons au contraire que la solidarité est indissociable du progrès : elle est à la fois la fin et le moyen, l’objectif et le levier.

Cette approche n’a rien d’abstrait. Pour progresser et protéger, nos propositions doivent concerner tous les champs d’action, mais avant toute chose, elles doivent concerner les quatre domaines que nous avons abordés aujourd’hui.

L’emploi - c’est-à-dire également le pouvoir d’achat - est bien sûr l’exigence numéro un du projet socialiste et progressiste. Protéger et progresser, cela suppose que soit définie et engagée l’idée nouvelle, révolutionnaire au sens premier du mot, de la sécurité des parcours professionnels ou de la sécurité sociale professionnelle. Certes, les emplois changent. Mais les femmes et les hommes ne doivent pas subir les traumatismes des mutations inévitables du travail. A nous de donner réalité à cette idée magnifique d’une séquence de vie, à l’échelon individuel et à l’échelon collectif, où l’on pourrait à la fois apprendre, se former tout au long de la vie, travailler dans différentes situations, se former à nouveau, subir des interruptions et ensuite reprendre d’autres formes d’activités. A chaque étape, pour éviter toute rupture de reconnaissance et de revenu, la sécurité sociale professionnelle nous accompagnera. Elle sera le remède à la peur du changement qui, souvent, paralyse le changement lui-même. Cette réforme sera ardue à concevoir et à engager. Elle suppose la mise en relation des différents mécanismes de protection sociale, des services de formation et d’emplois, des acteurs économiques et le volontarisme des individus. Mais c’est une vraie espérance pour les salariés de ce pays : à un monde nouveau de l’emploi doit correspondre une conception nouvelle de la protection sociale.

De nos travaux, je retiens aussi l’idée que, pour vraiment progresser et protéger, un effort particulier doit être accompli en direction des seniors. Dans la France et le monde du 21ème siècle, l’expérience est un atout. Comme vous, j’ai manifesté contre la pseudo-réforme des retraites engagée par la droite - réforme qu’il faudra remettre sur le métier en 2007 puisque non seulement elle est injuste, mais elle reste à financer pour l’essentiel. J’ai été frappé par ce que disaient mes compagnons de cortège. Sans enthousiasme mais conscients des déséquilibres démographiques, ils concevaient que parfois il faille repousser l’âge de départ pour garantir les retraites. En revanche, ce qu’ils ne pouvaient accepter et à juste titre, c’est que la droite retarde l’âge de la retraite à 62, 63 ans, davantage, et qu’en même temps, des entreprises - les plus grandes notamment - mettent à la porte les salariés âgés de 52 ou 53 ans ! Là aussi, il revient à la Gauche de progresser, de protéger en proposant un plan ambitieux d’activité pour les plus de 50 ans afin d’éviter le gâchis humain qui, aujourd’hui, fragilise notre société et notre compétitivité.

Autre vérité, autre défi mis en évidence avec force par Jacques Rigaudiat : ce que nous allons faire en France est inséparable de la réalité européenne. Pour faire jaillir une masse d’emplois nouvelle en France, nous devons nous doter, au sein de l’Union européenne, d’une politique industrielle, économique et scientifique commune. Qu’on le veuille ou non, cette exigence imposera une réorientation des choix européens en matière de politique monétaire, de concurrence, de recherche et d’investissement. Ainsi qu’une harmonisation sociale par le haut. Dans son projet, le Parti socialiste devra formuler des propositions audacieuses en matière européenne puisque, dans la Constitution, celles-ci ne figurent pas.

Sécurité sociale professionnelle, mobilisation des seniors, stratégie économique, industrielle et de recherche, concertation avec nos partenaires, défense du pouvoir d’achat - autant d’avancées qui, avec un énorme effort de formation en direction des femmes et des jeunes, permettront de tracer les contours et de donner un contenu à une nouvelle politique de l’emploi qui permette de progresser et de protéger.

Notre réflexion et notre action devront être fortement consacrées à l’éducation. L’objectif a été fixé au cours de nos débats : mobilisation générale pour la démocratisation de l’éducation. Depuis 1981, les socialistes ont accompli de grandes choses pour l’école, sur le plan humain comme sur le plan financier. Reste que certains chiffres sont accablants : quand on songe au rapport entre les catégories sociales et les chances de réussite, il est impossible de laisser les choses en l’état. Il faudra progresser et protéger en matière scolaire et universitaire. Il est temps que l’Education nationale redevienne le premier projet et le premier budget de la Nation. Il est urgent que l’enseignement supérieur trouve la place qu’il n’a pas aujourd’hui : comment accepter, par exemple, que le déficit de l’assurance maladie soit supérieur à l’addition des budgets de la recherche et de l’enseignement supérieur ? La Gauche veut lutter contre les inégalités, refondre les épreuves de nombreux concours, défendre plus et mieux la laïcité, redonner une force plus grande à l’enseignement professionnel. Nous avons apprécié ce que nous a dit avec fougue et talent Jean-Luc Mélenchon. L’éducation doit redevenir le cœur du projet socialiste. Faute de quoi cela ne permettrait ni de progresser, ni de protéger.

Le projet socialiste, ce doit être aussi la mobilisation pour le logement. Je suis l’un de ceux qui considèrent - tout le monde en est désormais convaincu et c’est heureux - que le logement, l’habitat, la politique de la ville, le cadre de vie, devront être un fil d’Ariane du prochain quinquennat. Fixons-nous un objectif ambitieux : le droit au logement devenu pour tous un droit opposable, autrement dit un toit pour chacun. Ne serait-il pas temps, en 2007, de tenir la promesse contenue dans le préambule de la Constitution de 1946 : que chacun, selon ses ressources, ait droit à un logement ? Cet objectif paraîtra peut-être utopiste à quelques-uns. Mais je crois que si l’on n’accroche pas son char à une étoile, on ne peut pas avancer. Comment revendiquer la création de richesses à l’échelon global et, dans le même temps, se résigner à l’idée que notre pays compte trois millions de mal logés, un million de demandes de logements non satisfaites, sans oublier les difficultés d’accès au secteur locatif ou à la propriété privée rencontrées par les catégories intermédiaires ? Pour remplir notre feuille de route, il faudra se fonder sur plusieurs instruments : la construction accrue de logements sociaux, la réforme de l’aide personnalisée au logement, la lutte contre la spéculation foncière - en nous appuyant sur les conseils régionaux et généraux pour y parvenir -, une juste proportion entre les exonérations fiscales et les engagements sociaux - les pistes ne manquent pas.

J’ajouterai que le projet socialiste doit être porteur d’une nouvelle ambition pour les services publics. Comme beaucoup d’élus qui se sont exprimés, je crois que ces services ne peuvent être solides sans péréquation financière et solidarité entre les territoires. Pervenche Bérès et d’autres camarades y ont insisté : cette défense de l’intervention et des acteurs publics à l’échelon local et national ne peut aboutir sans une véritable reconnaissance au niveau européen de la notion même de services publics. A quoi bon se battre dans l’Hexagone pour protéger nos bureaux de poste, nos hôpitaux de proximité et nos gares de campagne si l’espace communautaire nous oppose une norme européenne différente et une exigence permanente de concurrence ? Le combat pour le service public doit être mené simultanément en France et en Europe. Sinon, d’ici quelques années il n’y aura plus de services publics valides dans notre pays. Ce constat vaut pour la santé, pour l’énergie, pour la culture, pour l’environnement ou encore pour les transports.

Parmi les services publics, il en est un que nous devons aborder sans détours : l’indispensable sécurité. Une légende a été créée par la droite avec, hélas, le concours de certains à Gauche : les socialistes seraient pas attentifs à la sécurité. Cette affirmation ne correspond pas à la réalité, et d’abord à la réalité vécue par nos concitoyens, nos élus locaux et nos maires. Quand nous administrons des villes, des départements, des régions, nous reconnaissons à juste titre le droit à la sécurité comme un droit essentiel. Il l’est ! Républicains, nous sommes partisans de la sécurité, qui n’est pour nous en rien l’ennemie des libertés. Socialistes, nous pensons qu’elle doit être complétée par la prévention et l’action sociale. Nous portons la plus grande attention à la sécurité, mais nous ne faisons pas qu’en parler. Nous agissons et, de ce point de vue aussi, la différence est souvent réelle avec le gouvernement actuel.

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Chers camarades,

Quelle est notre approche ? Quels sont nos grands choix ? Quelles valeurs et quelle volonté nous rassemblent, ici et bien au-delà ?

D’abord, nous partageons l’idée que le Parti socialiste doit être ancré résolument à Gauche. C’est notre raison d’être. Si vous êtes entrés, les uns récemment, les autres depuis longtemps au Parti socialiste, si nos électeurs nous font confiance, c’est dans la mesure où nous sommes porteurs des valeurs de la Gauche. Soyons résolument à Gauche, calmement, tranquillement. Nos valeurs sont plus capables que les autres de faire face aux problèmes complexes qui nous attendent - voilà le ciment de notre engagement et de notre projet.

Nous aimons et nous servons le Parti socialiste comme parti du rassemblement à Gauche. Nous avons peu parlé aujourd’hui des tactiques électorales pour nous concentrer sur les questions de fond. Toutefois, je veux réaffirmer à cette tribune que le Parti socialiste, pour puissant qu’il soit, et précisément parce qu’il est puissant, doit prendre en compte ses partenaires avec respect. Plus on est puissant, plus on doit respecter les autres, et c’est la raison pour laquelle je me réjouis lorsque je vois que peuvent se rassembler, autour de telle ou telle initiative, selon des formes sans doute à redéfinir, les composantes du rassemblement à Gauche. Pour ce qui me concerne, c’est sur cette base que j’entends que soient menées les batailles futures.

Nous voulons - je n’y reviens pas - que le Parti socialiste prône, pratique et revendique une opposition ferme, frontale, responsable et solide.

Enfin, nous souhaitons que le Parti socialiste soit porteur d’un projet socialiste. Un projet qui voudra à la fois, j’en ai parlé, progresser dans tous les domaines et protéger, avec les quatre priorités examinées aujourd’hui : l’emploi et le pouvoir d’achat, sans quoi rien ne vaut ; l’éducation qui est la clé de l’égalité des chances et de la promotion sociale ; le logement, l’habitat et l’environnement qui définissent notre vie quotidienne ; et les services publics qui sont la base du pacte républicain, le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. Si le projet socialiste est fondé sur ces priorités, alors le projet socialiste sera entendu.

Chers camarades, dans la période récente, j’ai eu à prendre telle ou telle position. Cela a pu surprendre, pas moi ! Et ce qui a peut-être davantage surpris, c’est lorsque j’entends que se dit - cela se dit de plus en plus chaque jour : « Fabius tient à ses convictions ». Oui, je tiens comme chacun de vous à mes convictions, parce que je tiens comme chacun de vous à ceux pour lesquels je me bats. Dans quelques semaines, nous fêterons le centième anniversaire du Parti socialiste. Ce sont les cent premières années qui sont toujours les plus difficiles... Et l’on citera Jaurès et son appel au courage, et l’on aura raison de le citer parce qu’il n’a jamais été dépassé : « Le courage, disait-il, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». C’est la devise qui se trouve au fronton de la mairie de Grand-Quevilly. Dans le même discours, c’était en 1903, je crois, Jaurès ajoutait : « Le courage, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes, sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond ni s’il lui réserve une récompense. » Jaurès avait raison de parler de courage. Et il concluait : « le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire. » Toute cette journée, je pense que nous avons essayé de chercher la vérité. Dans les semaines et les mois qui viennent, nous allons la dire. Bon travail !

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