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L’école a besoin d’un vrai changement en 2007. Pour moi l’éducation, sera le premier sujet, le premier budget, le premier projet.

11 novembre 2006

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A l’heure où l’école publique et les enseignants font l’objet des mauvais coups du gouvernements et de critiques injustes voire caricaturales, je souhaite redire mon attachement à leur fonction dans la République et mon soutien à leur travail au quotidien et sur le terrain. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le faire à de très nombreuses reprises, en particulier dans la lettre que je leur ai écrite au lendemain du 21 avril 2002.

Ma lettre aux enseignants

Publiée dans le Journal du Dimanche le 28 mai 2002

Nos professeurs ont besoin de reconnaissance, celle de la Nation, celle des pouvoirs publics. Leur tâche est difficile car l’école subit de plein fouet les évolutions sociales.

Une semaine après cette élection présidentielle hors normes - un véritable référendum pour la démocratie -, j’ai envie de m’adresser aux enseignants.

Pourquoi ? Parce que les résultats du premier et du second tour, ce qu’ils révèlent sur la société française, confirment que le civisme, le sentiment d’identité nationale et européenne, les valeurs proposées aux jeunes et aux moins jeunes sont décisives. De ce point de vue, l’école est, avec la famille, la clef de tout : c’est elle qui crée les conditions de l’intégration, elle qui peut donner son visage positif à l’autorité, elle qui transmet de façon ouverte les valeurs de citoyenneté. Dans notre société, beaucoup de nos concitoyens se retrouvent désemparés, déboussolés ; nous devons réaffirmer que l’école constitue le socle de la démocratie et de la République. Nous devons redire que le travail, le mérite, l’effort, la laïcité, l’égalité constituent des références qu’il ne faut jamais perdre de vue. Les transmettre, soutenir les enseignants qui les transmettent, voilà un impératif absolu. C’est ce que j’ai appelé être non pas moins à gauche ou plus à gauche mais "mieux à gauche".

Nos professeurs ont besoin de reconnaissance, celle de la Nation, celle des pouvoirs publics. Leur tâche est difficile car l’école subit de plein fouet les évolutions sociales : éclatement de la famille traditionnelle, effets du chômage et de la précarité, délinquance, urbanisme déséquilibré, crise d’identité de l’adolescence. Consacrer chaque année plus 60 milliards d’euros à l’Education nationale n’est pas rien, mais le respect n’est pas qu’affaire de chiffres. Il suppose que soit réaffirmée la mission des enseignants, premiers acteurs de l’intégration républicaine par le savoir, le travail, la citoyenneté.

Le monde éducatif, que Jack LANG a bien servi comme Luc FERRY, s’attachera aussi certainement à le faire, ne demande pas une énième refonte des programmes, ni une énième rallonge. Il souhaite que l’autorité reprenne sa place à l’école pour que l’école redevienne une autorité. Il souhaite que les crédits se convertissent vraiment en moyens, c’est-à-dire en matériels pour les élèves, et d’abord pour ceux qui en ont le plus besoin. Il souhaite que la formation concerne aussi les formateurs : formation aux nouveaux supports du savoir, à l’apprentissage des langues vivantes dès le plus jeune âge, à la réalité du terrain et de la vie de classe. Il souhaite davantage d’autonomie pour agir.

Le monde éducatif veut également que chaque niveau de l’institution scolaire fasse l’objet d’une mise à jour. Lire, écrire et compter, constitue la première mission de l’école élémentaire : il faut l’affirmer davantage. Unique, le collège ne parvient plus toujours à répondre à des demandes multiples : dès la 5 ème ou la 4 ème , je crois que les filières doivent mieux s’adapter à la personnalité des élèves, proposant des passerelles avec les filières longues. Le lycée offre une réelle diversité, mais nous n’assumons pas encore suffisamment la qualité des voies technologique et professionnelle. Quant à l’université, elle doit permettre à chaque étudiant de construire son parcours de formation, en l’aidant par une meilleure orientation, plutôt que de cantonner les premiers cycles au rôle d’immenses machines à sélectionner une minorité d’étudiants qui poursuivront des études longues.

Dire tout cela, c’est donner une vraie perspective, sortir d’une pseudo-égalité théorique qui fabrique trop fréquemment l’échec, pour créer les conditions d’une réelle égalité des chances. Les professeurs ont moins besoin de multiples directives que d’une direction claire. Ils remplissent la plus belle fonction, l’une des plus importantes, l’une des plus délicates. Ils souhaitent une chose, et ils ont raison : pouvoir vraiment exercer leur métier.

En écrivant cela, suis-je éloigné des leçons de l’élection présidentielle ? Au contraire, je pense être au cour de celles-ci. Une société sans repères suffisants ni identité produit de l’incompréhension, du ressentiment, du désespoir et de l’extrémisme. Respect des enseignants et ancrage de la République sont étroitement liés. J’ai confiance dans notre République parce que j’ai confiance dans nos enseignants.

La rentrée scolaire

Texte publié sur mon blog le 2 septembre 2006

Rarement le décalage aura été aussi grand entre la satisfaction béate affichée par le ministre de l’Education Nationale et la réalité du climat dans les établissements scolaires au moment de la rentrée. Comme ses deux prédécesseurs, Gilles de Robien continue la casse du service public d’éducation. A cette rentrée, il y aura plus de 7000 enseignants de moins que l’an dernier devant les élèves, suppressions qui s’ajoutent à celles opérées dans les précédents budgets. Depuis le retour de la droite au pouvoir, environ 30000 postes d’enseignants ont disparu, auxquels il faut ajouter les dizaines de milliers d’emplois jeunes que l’on tente aujourd’hui de recréer dans les pires conditions. Et la casse continuera en 2007 puisque le budget prévoit à nouveau plus de 8000 suppressions de postes d’enseignants dans les collèges et lycées.

M. de Robien doit savoir qu’aujourd’hui le sentiment qui domine dans les établissements scolaires est l’écoeurement face aux attaques dont ils sont l’objet de la part de leur ministre de tutelle. Celui-ci s’obstine par exemple, contre l’avis de toute la communauté scientifique, à tenter de relancer une querelle dépassée sur les méthodes d’apprentissage de la lecture, uniquement pour faire plaisir à la minorité la plus réactionnaire de la communauté éducative. Mais il est vrai que ce ministre semble maîtriser parfaitement le B-A-BA du petit politicien de droite.

Parmi les propositions alternatives fortes qui seraient nécessaires, j’en retiens au moins trois. Le fil rouge de mon projet pour l’éducation est de donner aux plus défavorisés les mêmes chances de réussir qu’autres élèves.

Le privé ne peut demeurer le seul recours aux difficultés de la carte scolaire. Il faut donc, plutôt qu’une attaque brutale contre la carte scolaire, comme préconisée par M. Sarkozy, prendre deux mesures : d’une part, moduler fortement les moyens des établissements - premier et second degrés - en fonction de l’origine sociale des élèves ; d’autre part, inscrire l’enseignement privé dans cette logique. La loi de finances de 1985 - j’étais alors Premier ministre - sur laquelle est fondé le rapport 20/80 qui depuis 21 ans règle la dotation du privé par rapport au public prévoyait de prendre en compte la composition sociologique du public accueilli, ce qui n’a jamais été fait. Il faut tout mettre en œuvre pour que le privé contribue à la prise en charge des publics en difficulté. C’est possible.

Je veux aussi rappeler que, lorsque le service public recule, le service marchand avance. C’est ainsi que depuis quelques années on a vu se développer un véritable marché de l’aide aux élèves qui profite évidemment aux milieux les plus favorisés. Il est temps de mettre en œuvre l’aide gratuite après la classe pour les élèves des milieux défavorisés. Ceci fait partie des 7 engagements pour 2007 que j’ai rendus publics la semaine dernière.

Enfin, il faut revenir à une meilleure mixité sociale dans le recrutement des enseignants. Dans ce but, je suis favorable au recrutement de jeunes étudiants de milieux modestes dans les établissements scolaires pour assurer un encadrement supplémentaire avec un accès réservé à la fonction enseignante. Il s’agit de mettre en œuvre un pré-recrutement sociologiquement ciblé.

L’école a besoin d’un vrai changement en 2007. Pour moi l’éducation, sera le premier sujet, le premier budget, le premier projet.

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