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Quelques regards sur ...
Quelques regards sur ...
janvier 2005
J’ai demandé à différents amis un bref témoignage, un court portrait, une anecdote. Voici un premier résultat...
Henri Cueco :
« Cher ami. Au début de l’année 1981, quelques mois avant l’élection à la Présidence de la République, lors d’une interview, il me fut demandé ce qui m’incitait à voter pour François Mitterrand. Je répondis sans hésiter : ‘‘c’est parce qu’il a les oreilles transparentes comme celles de mon oncle’’. Aujourd’hui, alors que vous me demandez de dire quelques mots sur votre personne, je ne trouve pas spontanément un trait de votre personnalité aussi évident à mes yeux. Bien sûr, il y a votre intelligence, votre grâce, votre culture, votre stature d’homme politique mais il y a surtout cette calvitie précoce qui me laisse penser que vous avez dû souvent vous gratter le crâne. Ce signe de perplexité prouve que derrière vos convictions adaptées au monde d’aujourd’hui, à son économie, il y a une fragilité qui fait place à la complexité, voire à l’ébranlement des convictions établies et c’est cette part de vous qui est paradoxalement porteuse d’espoir ».
Bariza Khiari :
« On le disait distant. Oui, il l’est ; mais de cette distance qui inspire le respect parce qu’elle permet de capter, avant les autres, les sujets à peine perceptibles aujourd’hui et qui pourtant, seront nos préoccupations de demain. De cette distance qui n’est surtout pas de l’indifférence. Je l’ai approché à mon rythme et j’ai été séduite par sa capacité d’écoute et sa disponibilité. Avec le personnage, il vaut mieux la distance à la familiarité, le fond à la forme pour mériter l’attention. Dans un moment de révolte, je lui ai exprimé ma colère face aux discriminations subies par les personnes issues de l’immigration. Je prêchais un convaincu. Il m’a fait l’amitié de reprendre à son compte avec sa force de conviction : la lutte pour l’égalité effective. La source de mon indignation est devenue son combat. L’amitié s’est installée. Ecouter et comprendre, partager et agir : C’est finalement la plus belle manifestation de la vraie proximité. »
Angelin Preljocaj :
« Ce qui m’a toujours frappé, les quelques fois où il m’a été donné de rencontrer Laurent Fabius, c’est cette façon qu’il a de s’absenter, j’entends par-là de se retirer momentanément du monde lors de brefs voyages introspectifs qu’il semble mettre à profit pour laisser résonner en lui les propos de son interlocuteur, de s’en imprégner profondément. A le voir ainsi, on pourrait croire qu’il s’est retiré si loin en lui-même, qu’il s’est détourné définitivement des hommes. Alors après un temps dont la durée se situe entre une seconde et une éternité, il paraît déclencher le mouvement de marée intérieure qui le ramène doucement à nous. Son regard alors est lumineux. Ma mère dit qu’au fond Laurent Fabius est un grand timide. »
Roger Hanin :
« Ma relation à Laurent Fabius est claire et ancienne. J’ai pour l’homme, le respect que m’inspirent sa rigueur et sa compétence éprouvée. J’ai pour l’ami, une fraternité sans faille. Il faut, Laurent, que tu gardes intacte et grandissante, cette générosité attentive que nous avons connue chez François Mitterrand envers qui tu n’as jamais failli. Ce trait de caractère renforce, s’il en était besoin, ma confiance dans ta vérité et la force de ton engagement. »
Sandrine Hurel :
« Juin 2002 - élections législatives. Je suis une jeune « primo » candidate dans une circonscription difficile à Dieppe en Seine-Maritime. La droite a gagné la ville de Dieppe en 2001, détrônant ainsi la municipalité d’union de la gauche dirigée par le Parti Communiste. Jospin nous a quitté il y a 2 mois. Le Parti Socialiste local est réduit à peau de chagrin dans cette « galère ». J’essaie de porter nos couleurs aidé de quelques fidèles militants. Un appel sur mon portable. Laurent Fabius me propose de venir pour une tournée de porte à porte ! J’accepte volontiers cette aide précieuse et quand Laurent débarque devant le local de la section, les gens le reconnaissent et viennent spontanément vers lui. Pendant deux heures, Laurent m’a accompagné dans les rues de Dieppe, souriant, décontracté, certaines personnes lui couraient même après pour le saluer. Les dieppoises et les dieppois nous ont accueilli chaleureusement, j’ai eu le sentiment qu’ils étaient fiers de voir Laurent Fabius dans leur ville. J’ai perdu ces élections, finissant 3 ème derrière l’UMP et le PC mais j’ai fait le meilleur score du PS depuis longtemps. Quelques jours plus tard, je rencontre Laurent « c’est bien Sandrine, me dit-il, ton avenir est sur cette circonscription, poursuis ton chemin et tu réussiras à gagner cette circonscription ». François Mitterrand appréciait le courage de ceux qui allaient au combat électoral, il y a du Mitterrand chez cet homme là. Merci, « Monsieur FABIUS », Cher LAURENT , merci de rester militant avant tout ! PS : mars 2004, je viens de gagner le canton de Dieppe-Est ! »
Edmonde Charles-Roux :
« Au cours d’années et d’années d’amitié, ce que je sais de Laurent Fabius est qu’il est un homme de parole - chose rare. L’amitié compte beaucoup pour lui. Il a de la rigueur et le respect de la parole donnée. Tout cela ne court pas les rues... de nos jours. »
Christian Blanckaert :
« Laurent Fabius ? Un ami d’enfance. Nous étions en culotte courte, au lycée, et l’amitié est née là, sur les pavés de la cour d’école. Jeune homme, il rêvait d’une France victorieuse et généreuse...nous avons refait le monde,....la vie passe mais l’affection demeure, car il est fidèle, attentif, et vigilant. Laurent est ami exigeant.. il travaille beaucoup, regarde tout,écoute, s’informe, interroge, et lorsqu’il ne sait pas , n’affirme pas...les détails retiennent toujours son attention,il est précis et rigoureux...il déteste l’à peu près, aime les efficaces, se méfie des bavards.. Pudique il ne s"expose pas mais ses amis peuvent tout lui dire, tout lui confier...Laurent ? j’ai partagé avec lui joies et peines,rires et fous rires,moments heureux et graves,sans longs discours mais avec cette confiance chaleureuse et complice qui unit les amis de toujours,les vrais,ceux qui ne se soucient ni des vents favorables ni des vents contraires. »
Bernard Faivre d’Arcier :
« Il faut sans doute une discipline personnelle rigoureuse pour mener, sur la distance, une vie d’homme politique. Laurent Fabius, ses amis le savent, aime à se coucher tôt pour se lever tôt. Quand 23h sonnent, on le voit s’éclipser discrètement et... rapidement. Or, Laurent, me faisait chaque année l’amitié de venir passer plusieurs jours, au Festival d’Avignon. Un des charmes du festival est, on le sait, de présenter des intégrales, la nuit durant, s’il le faut, dans des lieux de plein-air. On attend donc la nuit tombée pour débuter un spectacle : 22 heures, au moins. Donc c’était devenu pour mois et quelques amis un test de l’intérêt d’un spectacle que d’observer entre 23h et minuit, parmi le public, la capacité d’écoute de ce spectateur-étalon. Je dois avouer que je ne l’ai jamais vu s’endormir (mais il faut dire qu’il était en vacances et du coup se levait tard, comme tout festivalier qui se respecte). J’ai quand même appris à lui composer un programme dont le critère discriminant était la durée du spectacle... »
Elio di Rupo :
« Un homme d’Etat se devine très tôt à sa façon de marcher vers les plus hautes fonctions publiques. Il en est qui font ostentation de leur goût pour l’intérêt général. Ils multiplient les promesses, peinent à les honorer, finissent diocrement. D’autres cultivent les valeurs, affrontent toutes les difficultés, triomphent grâce au soutien collectif qu’ils suscitent. D’évidence, Laurent Fabius fait partie des seconds. Il sait faire confiance au temps et aux hommes. De François Mitterrand qui en fit le plus jeune Premier ministre de la France, il a appris le sens de l’Histoire que l’on ne bouscule pas mais dont on épouse l’évolution. De sa vie militante fortement engagée, il a compris le bénéfice de l’échange, du dialogue avec ses concitoyens, le geste fraternel et solidaire.Il reste fidèle à la tradition des peuples, celle qui demande plus de justice et plus de liberté. Il nous indique des chemins d’espérance et de grandeur. Laurent porte une promesse pour la France, une promesse qui est la nôtre, ici en Belgique comme partout en Europe. »
Catherine Clément :
J’allais partir en Inde pour quelques années, - mon compagnon venait d’y être nommé ambassadeur. C’était en 1987. Avant le départ, je pris contact avec quelques dignitaires du parti socialiste, alors dans l’opposition. L’Inde, franchement, ça ne disait pas grand-chose rue de Solférino. En général, j’obtins du gromelot et des hochements de tête, sauf dans un cas. Vous me direz ce type sait tout sur tout, c’est agaçant d’accord. Encore plus agaçant quand cela se vérifie : il savait tout sur l’Inde. Démographie, économie, sociologie, fiche mentale parfaitement au point, on apprend ça en khâgne. Cela ne m’aurait pas autrement touchée si le type-qui-sait-tout n’avait pas évoqué l’un de ses amis indiens. Au nom de l’amitié, le ton, soudain, changea. Le visage également ; il y eut de l’émotion, presque des larmes aux yeux. A travers les mots de l’ex-Premier ministre de la France, un autre homme apparut, un indien du même âge que lui et qui était encore Premier ministre, lui. A cette époque, je ne connaissais pas encore Rajiv Gandhi, qui fut le dernier grand leader socialiste de l’Inde. L’émotion de Laurent me servit de passeport pour faire connaissance avec lui. Rajiv Gandhi était un brave, un type qui n’avait peur de rien. Il avait perdu le pouvoir avec grâce et se lança dans la campagne électorale fougueusement, sans gardes du corps - car, avec des manières qu’on ne renierait pas rue de Solférino, son successeur, un type également de gauche, lui avait brusquement retiré ses « Black cats », sa protection rapprochée. En Inde, tout le monde connaissait les menaces qui pesaient sur l’ensemble de la famille Gandhi depuis l’affaire du Temple d’Or. La décision du successeur de Rajiv était une sorte de crime. Et la chose arriva telle qu’elle était prévue : en pleine campagne électorale, Rajiv mourut assassiné par des terroristes au printemps 1991. Il m’arrive de penser que l’émotion de Laurent, si visible ce jour-là - quatre ans plus tôt - émanait d’un pressentiment. »
Pierre Joxe :
« Depuis les années 70, j’ai vu Laurent Fabius sous plusieurs angles. D’abord, il apparut comme un jeune collaborateur de François Mitterrand - qui en usait beaucoup. C’était il y a une trentaine d’années. Comme il était brillant et efficace, il se fit rapidement pas mal d’ennemis : surtout des jaloux. Ensuite on le vit aussi efficace au Parlement, puis au Gouvernement en 1981et -très vite- très jeune à Matignon ; chacun s’en souvient. J’étais son ministre de l’intérieur, mais nous sommes toujours bons amis. Evidemment le nombre de jaloux s’accrut à l’époque, mais il se fit aussi beaucoup d’amis, surtout parmi ceux qui comme lui, comme moi et bien d’autres, pouvaient mêler, sans fausse modestie, vraies convictions, vraie ambition et vrai dévouement à un Mitterrand qui nous avait conduit de victoire en victoire et nous enchantait littéralement. Plus tard, on put découvrir Fabius dans l’épreuve. Ce fut l’époque de l’incroyable accusation "d’empoisonnement". Elle était née de l’affaire du sang contaminé. Il était accusé alors qu’il avait en vérité sauvé des milliers de vies par ses décisions rapides, grâce à un mélange de jugement, de flair et de chance ! A cette époque, il a pu constater qu’il avait plus d’amis qu’il ne pensait ; d’ailleurs il faisait aussi moins de jaloux ... Ces dernières années, à l’Assemblée Nationale, puis aux Finances, il a recommencé à montrer ses qualités. Actuellement, il me paraît légèrement sous employé. Par amitié, je pourrais lui souhaiter que cela dure. Mais, sincèrement, je crois que ce n’est pas son vœu intime. Je pourrais donc lui être utile en citant un proverbe qui m’a souvent servi : "il vaut mieux faire envie que pitié". »
Louis Schweitzer :
« Pendant cinq ans j’ai été le plus proche collaborateur de Laurent Fabius. Une telle relation ne va pas sans une confiance, une estime, une amitié qui ne se sont pas démenties mais renforcées depuis plus de vingt ans. Ce qui m’a le plus frappé, toujours, c’est le refus de Laurent Fabius de se laisser enfermer dans l’immédiat ou dans l’urgence : dans toutes ses fonctions aussi lourdes soient-elles il a consacré une part essentielle de son temps à la réflexion personnelle, à la rencontre de personnalités de tous les domaines de la société, au contact avec les citoyens de sa circonscription ou d’ailleurs. C’est ainsi qu’il peut penser l’avenir. »
