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Rencontres et déplacements
"Les Français vont avoir à faire un choix : solidarité ou précarité. Nous sommes réunis pour faire gagner la solidarité, c’est-à-dire pour faire gagner la gauche."
24 février 2007
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En présence de plus de 7000 militants et sympathisants, Laurent Fabius a accueilli Ségolène Royal au Grand-Quevilly. Retrouvez le discours prononcé par Laurent Fabius.
Discours de Laurent Fabius
Chers amis, chers camarades,
Je suis heureux d’accueillir en votre nom à tous Ségolène Royal, à laquelle je souhaite bienvenue et succès. Dans moins de 60 jours, le 1er tour de l’élection présidentielle. Le 6 mai, le second tour et un peu plus d’un mois après, les élections législatives. Les Français vont avoir à faire un grand choix : solidarité ou précarité. Nous sommes réunis pour faire gagner la solidarité, c’est-à-dire pour faire gagner la gauche.
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Je me trouvais ces derniers jours et jusqu’à hier soir aux confins du Tchad et du Darfour, cette région martyre du Soudan, grande comme la France, 6 millions de personnes, dont, en 4 ans, plus de la moitié de « déplacées » et près de 300 000 massacrées. Kofi Annan a dit du Darfour que c’était « l’enfer sur terre ». Et c’est vrai que, avec François ZIMERAY, nous avons vu là-bas l’enfer, les femmes et les enfants violés, les populations sans eau par 45° de chaleur, les personnels humanitaires pourchassés, les villages brulés, le chaos inhumain des conflits tribaux, raciaux, pétroliers, avec jusqu’ici l’impuissance coupable de la communauté internationale. Le Président du Soudan, el Bechir, premier responsable de ce crime quotidien contre l’humanité, est un Président massacreur. Il faut que les chefs d’Etat et de gouvernement, ceux, d’Amérique, d’Afrique, d’Europe et de Chine, soient poussés, j’allais dire forcés, par l’opinion publique à faire cesser là-bas et l’horreur et le crime. C’est pourquoi le Darfour, comme plus généralement l’Afrique, comme les grands enjeux mondiaux, ne peuvent pas être tenus à l’écart de la campagne présidentielle. Oui, nous devons plaider à terme pour un droit d’ingérence humanitaire, conquête nécessaire du XXIème siècle. Oui, dans l’immédiat, nous devons exiger l’intervention effective des Nations Unies. Oui, si les Français portent notre candidate à la magistrature suprême, que l’une de nos premières mobilisations soit pour l’Afrique, les oubliés d’Afrique, en particulier ceux du Darfour car une des missions de la France est d’être l’espoir des sans espoirs et la voix de tous les sans voix. * Les données de base de l’élection sont simples. Face à nous, M. Sarkozy, qu’il serait plus clair d’appeler M. Supercherie. Supercherie : il prétend tout changer en positif dans les 5 prochaines années, mais c’est lui qui vient de gouverner en négatif dans les 5 dernières. Supercherie : il jure dans un premier discours adressé aux enseignants, aux parents, aux jeunes, d’améliorer l’éducation nationale, mais c’est lui qui prévoit dans un second discours de ne pas remplacer un professeur partant à la retraite sur deux. Supercherie : il s’engage globalement à réduire les déficits et l’endettement qu’il a lui-même creusés mais c’est lui qui multiplie par paquets les dépenses et les promesses de cadeaux fiscaux en général aux plus nantis. Comme l’écrit un hebdomadaire, « ce n’est plus un candidat, c’est un chargé de clientèles ». Une sorte de réplique de M. Chirac, avec en moins l’attachement pour la laïcité républicaine et l’engouement pour la politique extérieure de M. Bush en plus. Le vote clairement anti-Sarkozy, c’est le vote Ségolène Royal.
Face à nous, aussi, la candidature de M. Bayrou, victime médiatique bien connue, qu’il faut aborder de front et non contourner dans je ne sais quel silence gêné. On connaît sa thématique : ni droite, ni gauche. Nous rejetons le sectarisme, mais nous rejetons aussi le confusionnisme. Or, M. Bayrou a toujours gouverné à droite. Au plan local, les notables UDF, que nous voyons dans les collectivités, gouvernent avec l’UMP et contre la gauche. L’UMP, l’UDF, le Front National, veulent d’ailleurs tous la même chose, une défaite de la gauche. Est-ce cela que souhaitent les électeurs, qui se souviennent du 21 avril 2002 ? Bien sûr que non ! Alors, soyons clairs : il n’est pas question de laisser M. Bayrou capter des voix de gauche pour faire finalement gagner la droite.
J’entends dire : « mais le total de la gauche est faible ; comment l’emporter ? ». C’est prendre le problème à l’envers. Car les thèmes de gauche - la justice sociale, l’égalité, la lutte contre les discriminations, la laïcité, le développement durable - n’ont jamais été aussi en phase avec la société et avec les attentes des Français. Les thèmes de droite - CPE, CNE, démantèlement du service public, précarité, communautarisme - sont récusés. Pour convaincre, il faut que la gauche soit elle-même. Il faut que l’unité de la gauche - et des verts - autour de notre candidate et sur ces valeurs se réalise. Nous pouvons avoir entre nous des différences. Mais je l’affirme ici - c’est le sens de cette réunion - pour gagner la mobilisation doit être totale, la volonté d’unité entière. C’est Alexandre Dumas qui a donné la meilleure définition de notre état d’esprit dans la campagne : désormais c’est une pour tous, et tous pour une.
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Dans cette campagne, la Haute Normandie, présidée par notre ami Alain Le Vern, illustre bien les problèmes et les espérances ressentis aujourd’hui partout en France.
Inquiétude sur la baisse du pouvoir d’achat et sur la protection sociale. C’est pourquoi l’engagement précis pris à Villepinte sur la revalorisation des petites retraites a été bien reçu. C’est pourquoi j’ai depuis longtemps souhaité une augmentation rapide et précise du Smic avec allègement des charges pour les PME, ainsi qu’une Conférence destinée à examiner les répercussions sur les autres salaires. C’est pourquoi la sécurité sociale sera défendue par nous, car, comme la retraite, elles sont le patrimoine de ceux qui n’en ont pas.
Inquiétudes sur le logement. Cette ville de Grand Quevilly compte 72 % de logements sociaux. Ce département de Seine Maritime, sous la présidence de Didier Marie, a créé le premier un système public de « garantie-caution logement ». C’est pourquoi nous n’acceptons pas les leçons de M. Sarkozy sur le logement, dont la ville de Neuilly sur Seine ne respecte même pas la loi SRU et qui y a construit moins de 3 % de logements sociaux. Avec nous, la construction sera relancée, les économies d’énergie encouragées et les financements - car nous sommes sérieux -redistribués. Le logement deviendra une vraie grande cause nationale.
Angoisses surtout pour l’emploi. La liste des délocalisations d’entreprises, des fermetures, des restructurations est interminable. A droite, la solution est d’augmenter le nombre des heures supplémentaires en les exonérant de charges sociales et d’impôt sur le revenu : avec le fameux slogan « travailler plus pour gagner plus ». Mais dire aux chômeurs, aux RMIstes, aux sans emplois, à ceux d’Airbus ou d’Alcatel, que leur problème sera réglé par l’augmentation des heures supplémentaires est évidemment une supercherie. Car, pour qui connaît tant soi peu le fonctionnement des entreprises, ce n’est pas aux salariés mais à l’employeur qu’appartient la décision d’augmenter ou de réduire le nombre des heures supplémentaires. Ensuite, détaxer les heures supplémentaires aboutirait mécaniquement à privilégier celles-ci, moins chères, par rapport aux embauches nouvelles. Enfin, un contingent de 220 heures supplémentaires existe déjà, dont en moyenne seules 55 sont actuellement « consommées », faute de croissance : supprimer tout plafond n’apporterait donc rien. Nous refusons, nous, de vendre de l’illusion. Nous plaçons le social, l’économique, l’écologique - qui peut créer beaucoup d’emplois - au cœur de notre projet car ils sont au cœur des préoccupations des Français. Nous avons été les premiers dans l’Eure avec Jean-Louis Destans à expérimenter toutes les améliorations possibles du RMI pour encourager l’activité. Nous sommes convaincus que c’est autour du triangle investissement, innovation, formation que tout peut redémarrer. Nous proposons d’encourager les créateurs, les artisans, les PME. Nous pratiquerons le volontarisme et non le laissez-faire pour l’emploi.
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Cette Région est durement touchée par les délocalisations. Nous les avons dénoncées depuis longtemps ainsi que la mondialisation financière qu’elles traduisent. Certains beaux esprits, pour lesquels personnellement tout va bien, nous ont répondu que nous exagérions. Malheureusement nous avions raison. Alors parlons clair : la droite se contente de subir la mondialisation et même parfois la réclame, plaidant qu’il faut « nous adapter » aux bas salaires, « nous adapter » aux faibles protections sociales, « nous adapter » à la concurrence généralisée, - en réalité nous aligner vers le bas - ; nous proposons nous, une démarche différente, à la fois offensive et défensive. Car nous voulons progresser et protéger. C’est vrai pour ce qui concerne la France, et c’est le sens de la stratégie industrielle volontariste que nous proposons, de l’effort de recherche, de formation, d’innovation qui constituent l’armature de notre projet au même titre que la sécurité sociale professionnelle. C’est vrai à l’échelle de l’Europe et du monde. Ceux qui prétendent que nous allons conserver automatiquement comme par le passé un « avantage comparatif » par rapport à la Chine et à l’Inde parce que nous serons par décret divin technologiquement toujours en avance sur ces géants, ceux-là sont arrogants ou ignorants ou les deux à la fois. Ils se prétendent modernes mais ils ont 20 ans de retard ! Ils n’ont pas mesuré que, pour la première fois dans l’histoire, la population et la technologie se trouveront chez les mêmes. Alors que faire ? Nous aligner par le bas sur ces pays, comme le voudrait la droite : non ! Nous proposons à la fois de réformer notre pays - ta Présidence devra être une Présidence de réforme -, d’investir et de conquérir dans les secteurs où nous sommes insuffisants - une Présidence de conquête -, et en même temps de nous défendre en exigeant de nos partenaires économiques la réciprocité - une Présidence de protection. Nous ne sommes pas pour le libre échange, mais pour le juste échange. Nous ne sommes pas pour la naïveté, mais pour la réciprocité. Nous ne sommes pas pour la précarité, mais pour la solidarité. C’est le rôle de l’Union européenne d’agir en ce sens. Agir au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce, où les normes sociales et environnementales devront être prises en compte dans les discussions commerciales et pas seulement les tarifs. Agir sur le fonctionnement même de l’Europe, ce grand dessein qui doit être relancé et réorienté, par une autre politique de l’euro et de la Banque centrale - pour en finir avec l’euro cher qui fragilise notre industrie, une autre politique de la concurrence, une politique environnementale qui servent l’Europe et n’ obéissent pas comme aujourd’hui aux seuls dogmes de la finance mondiale. Le discours de Villepinte comportait notamment une belle formule, la France ne « veut pas sortir de l’histoire ». Précisément, nous portons un regard moderne sur le monde et nous proposons un chemin pour que la France et les Français, nos enfants, « ne sortent pas de l’histoire », c’est-à-dire qu’ils aient un avenir. C’est cela que nos concitoyens attendent de l’élection présidentielle : une vision de l’avenir appuyée sur une crédibilité pour le bâtir.
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Désormais pour nous, Chère Ségolène, et pour copier Alexandre Dumas, c’est « une pour tous et tous pour une ».
Chers amis, chers camarades, j’ai accueilli plusieurs fois ici François Mitterrand, comme ministre, Premier Ministre, ou simplement comme ami . A chaque fois ce fut le même enthousiasme et la même ferveur. Parce qu’il exprimait en des mots forts les 3 vertus qui font les grands présidents ou les grandes présidentes : l’humanité, l’humanité profonde, celle qui nous a décidés un jour à rejoindre l’action politique parce que nous nous sentons d’abord membres de la grande fraternité humaine et que nous voulons changer la vie ; la volonté, la volonté farouche de construire ensemble une France, une Europe et un monde meilleurs ; enfin l’unité, celle de la gauche et celle du peuple, qui est la clé de toutes les victoires. Ton succès, chère Ségolène, notre succès n’est pas une hypothèse, c’est une nécessité pour changer ce qui doit l’être et pour relever le pays. C’est une espérance pour des milliers de femmes et d’hommes, et d’abord les plus humbles. J’en appelle, pour ce succès, au rassemblement des socialistes, au rassemblement de la gauche et de tous ceux qui veulent le changement. Vive la République ! Vive la France !
Ce qu’en disent les médias
Reuters
Ségolène Royal et Laurent Fabius ont appelé samedi les socialistes au rassemblement lors d’un meeting commun au cours duquel la candidate du PS, du MRC et du PRG a dit vouloir bâtir "la gauche du XXIe siècle".
"Je veux bâtir avec vous tous la gauche moderne, celle du XXIe siècle", a déclaré la présidente de la région Poitou-Charentes devant environ 7.500 personnes réunies au Zénith de Grand-Quevilly, en Seine-Maritime, fief de Laurent Fabius.
Devant une foule enthousiaste, elle a défendu une "gauche moderne et efficace" qui s’appuie sur "des valeurs de gauche adaptées pour accompagner ces mutations, pour apaiser les inquiétudes".
Assurant qu’elle s’inscrivait dans le sillage de François Mitterrand, Léon Blum et de l’ensemble des gouvernements socialistes, citant Lionel Jospin et Pierre Bérégovoy, elle a plaidé pour une gauche qui n’oublie "ni les luttes ouvrières, ni les conquêtes sociales", ne renonce pas "à l’égalité réelle", "n’en rabat pas sur la laïcité et les services publics" et a "les yeux ouverts sur la réalité".
Lors d’un discours de près d’une heure, la candidate a opposé "ceux qui croient à la bienveillance du marché, censé régler tous les problèmes" et "ceux qui croient à la volonté politique", "ceux qui croient que l’individu s’en tirera tout seul" et "ceux qui savent que la responsabilité individuelle se conjugue avec les solidarités collectives".
Elle a égrené les propositions de son "pacte présidentiel", de l’"allocation autonomie" pour les jeunes, à son projet de "taxer plus le capital que le travail", affirmant une nouvelle fois qu’elle augmenterait le smic à 1.500 euros brut "le plus tôt possible" dans la législature si elle est élue.
"TOUS POUR UNE"
Face aux attaques de la droite, accusée de prôner "la guerre de tous contre tous", Ségolène Royal a défendu sa méthode participative demandant "que l’on cesse de crier au populisme parce que j’ai pris la peine, avant d’agir, d’entendre ce que le peuple à nous dire".
"Qu’on cesse de brandir l’épouvantail de la démocratie d’opinion parce que je reviens aux sources de la démocratie, dont le premier principe est qu’on gouverne avec le peuple et pas contre lui", a-t-elle ajouté sous les applaudissements.
Laurent Fabius, candidat malheureux à l’investiture socialiste, avait auparavant sonné le rassemblement.
"Désormais, chère Ségolène, c’est ’une pour tous et tous pour une’", a lancé le député de Seine-Maritime, assurant : "Nous sommes ici rassemblés dans le même esprit offensif et amical pour dire notre souhait que d’ici peu de semaines, la présidente de la République s’appelle Ségolène Royal".
L’ancien Premier ministre a porté la charge contre Nicolas Sarkozy et François Bayrou, surnommant une nouvelle fois le candidat de l’UMP "Monsieur Supercherie" et critiquant le "confusionnisme" du candidat de l’UDF qui apporterait selon lui à l’UMP des voix d’électeurs de gauche "abusés".
"Il n’est pas question, en particulier si on se souvient du 21 avril 2002, de faire de dispersion des voix", a-t-il souligné.
Dans ce bastion fabiusien, militants et sympathisants sont sortis du Zénith plus convaincus que rassérénés, à l’image de Claude Boulanger, une militant PS de 74 ans, qui a trouvé la candidate "très bien" mais estime qu’"elle a adapté son discours aux circonstances".
Lors de la "primaire" socialiste en novembre, les militants avaient voté à 61,5% pour l’ancien Premier ministre, lui offrant son meilleur score national, et à 24,1% pour Ségolène Royal.
Gérard Bouet, 57 ans, militant fabiusien note qu’elle "a bien évolué en matière sociale".
"Satisfaite", Maryse Morcamp, une militante PRG de 60 ans espère : "Si elle fait tout se qu’elle dit ce sera parfait".
Libération
Quelques pas en bord de Seine, une péniche qui passe, une brise marine dans les cheveux : il ne manquait guère qu’un lâcher de pigeons pour parfaire l’idyllique cliché des retrouvailles entre Ségolène Royal et Laurent Fabius, samedi dans le petit village de la Bouille (Seine-Maritime). Et peu importe si les deux ex-compétiteurs s’étaient en réalité retrouvés un peu plus tôt sur le parking du Novotel, nettement moins romantique, pour caler les derniers détails de la scène. Trois mois après les primaires, et quarante-huit heures après l’annonce d’une « équipe du pacte présidentiel » comprenant, outre l’ancien Premier ministre, Dominique Strauss-Kahn et Lionel Jospin, l’essentiel était bien de soigner l’image de la cohésion retrouvée des socialistes. Et, aussi, le son. « J’ai besoin de tous les talents, toutes les énergies », dit Ségolène Royal, évoquant une photo de famille que « les socialistes attendaient ». « Le rassemblement, il est là, ajoute Laurent Fabius. On peut avoir des différences et en même temps travailler ensemble vers le même objectif. » Un socialiste du coin, paraphrasant Audiard, résume : « L’unité des socialistes, c’est comme la Sainte Vierge. Si elle n’apparaît pas de temps en temps, le doute s’installe... »
Plaisanteries. Et, puisqu’il était question de foi, c’est entre noix de Saint-Jacques et filet de saint-pierre, à la table de l’Hôtel de la Poste, que les deux ex-rivaux ont ensuite communié. « C’était très détendu, raconte Claude Bartolone, premier lieutenant de Fabius. Ce n’est pas une réconciliation, ils n’ont jamais été fâchés. » Au point d’échanger quelques plaisanteries sur la primaire : « Les choses vont changer, ceux qui ont de la crédibilité vont dire haut et fort que je suis crédible », lance la candidate à celui qui, à l’époque, l’avait contestée sur ce point. Réplique de ce dernier, lorsque celle qui entend incarner la nouveauté évoque l’ignorance de beaucoup quant à son propre parcours (conseillère à l’Elysée, ministre, députée, etc.) : « Je voulais t’en parler, ce parcours est un vrai handicap... »
La cérémonie se poursuit au Zénith du Grand-Quevilly, fief municipal de l’ancien Premier ministre où, dans un des rares départements à avoir massivement voté pour ce dernier aux primaires (61,5 %, contre 24,1 % pour Royal), quelque 7 000 personnes sont venues jouir du spectacle. Sans rancune. « C’est la première image qui montre qu’on est sortis des primaires, assure Guillaume Bachelay, proche de Fabius. Il ne peut plus y avoir de grumeaux dans la colle compte tenu de l’enjeu. » De fait, l’hôte des lieux joue le jeu. D’emblée, il souhaite que, « d’ici peu de semaines, la présidente de la République s’appelle Ségolène Royal ». S’offre Nicolas Sarkozy, « Monsieur Supercherie », puis « la victime, le crucifié des médias », François Bayrou. Laurent Fabius décerne à la candidate une « vision d’avenir et une crédibilité pour [...] parvenir [à l’Elysée, ndlr] ». Et, à la fin de l’envoi, se pose en d’Artagnan du rassemblement : « Un pour tous et tous pour une... »
Service minimum. Se voir décerner ces ferrets ne semble pourtant guère émouvoir la candidate. Après une bise échangée à la tribune, Ségolène Royal rend la politesse : « Merci à toi, Laurent, de m’avoir invitée à partager ce moment extraordinaire de ferveur populaire sur ton territoire, où tu fais de grandes choses depuis si longtemps. » Ce sera la seule référence à la puissance invitante, dans un discours compilation de ses récentes interventions, de la part d’une candidate pas très en verve. Laquelle entend construire une « gauche nouvelle », qui « n’oublie rien » ni « ne renonce à l’espérance de progrès social ». Mais, également, une « gauche efficace, qui a aussi les yeux ouverts sur la réalité et ne confond pas les convictions avec le sectarisme ». Service minimum, donc. « Il a géré en gentleman, mais, chez elle, il manquait quelques trucs », déplore un fabiusien. « Elle n’a pas donné à l’exercice la dimension qu’il aurait dû avoir », regrette un autre.
Dans les coulisses, les deux ex-rivaux posent pour la photo avec les candidats locaux aux législatives. Pressée par son staff, la candidate file sans tarder. La poignée de main, c’est un euphémisme, n’est pas des plus chaleureuses. Ségolène Royal n’entend surtout pas apparaître en position de demandeuse : « J’accueille tous les talents, ceux qui veulent venir, à leur rythme », glisse-t-elle. Quant aux responsabilités précises que pourraient désormais prendre les uns et les autres, elle évacue prestement : « On verra... »
