Principales interventions à l’Assemblée nationale entre 2002 et 2008

12 juin 2003

Question au gouvernement du 12/06/2003

M. Laurent Fabius

. Monsieur le Premier ministre, il peut arriver à chaque responsable politique, dans son expression, que ce soit au Parlement ou à l’extérieur, de déraper. Dans ce cas, il existe une procédure bien connue, d’ailleurs fréquemment utilisée, qui ne rabaisse jamais ceux qui l’utilisent, qui consiste tout simplement à présenter ses regrets, ses excuses.

Vous avez dit hier des socialistes qu’ils préféraient leur parti à leur patrie. Vous n’avez pas voulu tout à l’heure retirer ces propos. Nous pensons que c’est à tort et nous le regrettons.

Vos propos d’hier, comme ceux de tout à l’heure, nous inspirent au moins trois courtes leçons.

La première concerne les attaques qui ont été les vôtres. Elles n’ont pas porté sur le contenu de nos choix politiques. On peut en effet discuter de la façon d’aborder le problème des retraites, de la santé ou tout autre sujet. Elles ont porté sur le fait que, selon vous, les socialistes, et donc aussi leurs électeurs, sont incapables d’incarner l’intérêt national. C’est le thème bien connu de l’anti-France. Nous ne saurions accepter un tel argument qui relève d’autres partis que les partis démocratiques.

La deuxième leçon, monsieur le Premier ministre, c’est que ces propos éclairent d’un jour singulier vos leçons sur le rassemblement. Vous parlez volontiers la main sur le coeur de rassemblement, mais, dès que le public s’y prête, vos paroles sont des paroles de division et même d’exclusion , et cela, nous le regrettons.

Quant à la troisième et dernière leçon, elle est inspirée par l’histoire. Il y a une tradition, non pas dans toute la droite - le général de Gaulle n’a jamais procédé ainsi, mais dans une certaine droite, qui consiste à pratiquer ce genre d’exclusive. Ce fut le cas à l’égard de Jaurès. Ce fut le cas à l’égard de Blum. Ce fut le cas à l’égard de Mendès France, dont pourtant vous vous réclamez. Ce fut le cas à l’égard de François Mitterrand. Et la leçon de l’histoire a toujours été la même : si l’on se rappelle la figure de ceux qu’on a calomniés, on oublie, monsieur Raffarin, jusqu’au nom des calomniateurs.

Imprimer


Laurent Fabius sur Europe1 dimanche 7 marsMentions légales | Plan du site