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Rencontres et déplacements

Grand meeting du Zénith : Laurent Fabius demande aux Français de se mobiliser pour éviter une "présidence absolue"

29 mai 2007

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Très applaudi, Laurent Fabius a dit son inquiétude devant les mesures prises par le nouveau pouvoir depuis le 6 mai.


"S’il n’y a pas, c’est là où interviennent les élections législatives, un holà mis sur certaines pratiques, de même que dans le passé il y a eu une monarchie absolue, nous risquons d’avoir une présidence absolue", a alerté le député socialiste de Seine-Maritime sous les applaudissements des quelque 6.000 personnes venues assister au meeting du PS au Zénith de Paris.

Laurent Fabius appelle les Français à priver Nicolas Sarkozy des moyens d’une "présidence absolue" en portant à l’Assemblée nationale une forte opposition socialiste. "Ce qui, comme vous, m’inquiète, c’est toute une série de décisions intervenues depuis le 6 mai qui nous font penser que s’il n’y a pas un holà mis sur certaines pratiques, nous risquons d’avoir une présidence absolue", a déclaré l’ancien Premier ministre à la tribune du Zénith, lors du meeting de lancement de la campagne législative du PS.

"Pourquoi faut-il beaucoup de députés de gauche ? Parce que pour nous, la démocratie, c’est l’équilibre, et que si nous n’emportons pas une puissance de camarades socialistes à l’Assemblée nationale, alors l’UMP, qui a déjà presque tout, aura tout. Ce sera la présidence absolue et la démocratie n’y trouvera certainement pas son compte", a-t-il dit devant 6.000 militants.

"L’Elysée, à coup sûr, ils l’ont. Matignon ? Les mêmes ! (...) Le Sénat ? Les mêmes ! Les grands organismes qui, paraît-il, doivent établir l’équilibre en France ? Les pouvoirs économiques et financiers ? Ce sont eux-mêmes ou leurs amis", a fait valoir Laurent Fabius.

"Il ne reste qu’un pouvoir - je dis bien un pouvoir - qu’ils n’ont pas encore conquis : c’est l’Assemblée nationale. Ils ne doivent pas passer en nombre. Il faut que nous soyons suffisamment nombreux pour résister, pour agir, pour défendre", a-t-il insisté, lançant un appel à l’unité des socialistes après les attaques qui ont suivi la présidentielle.

En campagne dans toute la France, Laurent Fabius entend les Français dire "les socialistes, on croit en vous mais ne vous divisez pas. Soyez unis !".

"J’entends partout de la même façon : ’ne soyez pas défaitistes, soyez combatifs !’. C’est ce message que je veux faire passer (ce soir) : combativité et unité. La gauche le mérite. La France le mérite. La République le mérite !", a-t-il lancé à la salle, martelant son pupitre du poing.


Texte intégral du discours de Laurent Fabius

Chers amis, chers camarades,

Juste avant que notre réunion ne commence, le nouveau Président de la République a eu l’idée de faire un déplacement dans mon département, la Seine-Maritime. Et comme il est de tradition, le Préfet m’a appelé et m’a demandé : « monsieur le Député, serez-vous là pour accueillir le Président de la République ? ». Je lui ai répondu - avec une pointe de facétie, je l’admets : « Malheureusement, je vous demande de bien vouloir m’excuser, il a son meeting électoral, nous avons le nôtre ».

Je ne critique pas le fait, me souvenant de certains précédents, que le nouveau Président de la République puisse participer à la campagne. Mais ce qui, comme vous, me frappe et m’inquiète, c’est toute une série de décisions, toute une série d’attitudes, intervenues maintenant depuis le 6 mai, qui nous font penser que s’il n’y a pas - c’est là qu’interviennent les élections législatives - un holà mis sur certaines pratiques, de même qu’il y a eu dans le passé une « monarchie absolue », nous risquons d’avoir « une présidence absolue ». J’indique en passant que lorsque le Président de la République s’exprime sur les écrans, et il ne semble pas qu’il en soit avare ces temps-ci, le savez-vous, ce temps-là n’est pas décompté des temps officiels ?

Allons à l’essentiel ! Pourquoi faut-il beaucoup de députés de gauche, et singulièrement beaucoup de députés socialistes dans la prochaine Assemblée nationale ? Parce que, pour nous, la démocratie, c’est l’équilibre. Si nous ne disposons pas d’une puissance suffisante de camarades socialistes dans l’hémicycle, alors l’UMP, qui a déjà presque tout, aura tout. Ce sera la « présidence absolue » et la démocratie n’y trouvera certainement pas son compte.

Quand je dis qu’ils ont presque tout, certains diront : « vous exagérez ». Non. L’Elysée, à coup sûr, ils l’ont. Matignon, les mêmes ! Monsieur Fillon avait, paraît-il, écrit un livre où il théorisait l’effacement du Premier Ministre... Le Sénat, les mêmes ! Les grands organismes de contrôle, qui doivent établir l’équilibre, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, le Conseil constitutionnel, même inspiration ! Les pouvoirs économiques et financiers, eux-mêmes ou leurs amis ! Le pouvoir médiatique, malgré le courage auquel il faut rendre hommage de la majorité des journalistes, la même chose.

Il ne reste qu’un pouvoir, je dis bien un pouvoir, qu’ils n’ont pas encore conquis, qui ne leur est pas encore acquis, c’est l’Assemblée nationale. Il faut que nous y soyons suffisamment nombreux pour résister, pour agir et pour défendre !

On dira : « mais de quoi vous plaignez-vous ? Le Président de la République a été élu, et du même coup tout ce qu’il a dit pendant la campagne, toutes ses propositions ont été adoptées avec lui ». Pas du tout ! Il y a deux élections en France, qui ont une finalité différente. Il y a l’élection du Président de la République, et une majorité de Français malheureusement, ont décidé à 53% que ce ne serait pas ce que nous souhaitions, nous les socialistes avec Ségolène Royal.

Mais est-ce que les Français, en votant comme ils l’ont fait majoritairement pour Monsieur Sarkozy, ont approuvé toutes ses propositions ? Certainement pas ! Est-ce qu’ils ont approuvé le fait que, comme le réclame l’UMP, il faudrait supprimer la carte scolaire ? Est-ce qu’ils ont approuvé le fait qu’il faudrait trouver plusieurs centaines de millions d’euros pour les porter au crédit de ceux qui ont déjà les plus grandes fortunes ; centaines de millions d’euros évidemment prélevés sur les autres Français ? Certainement pas ! Est-ce qu’ils ont approuvé le fait, je n’aime pas le mot de « franchise » car il est mensonger, de taxes nouvelles mises sur la santé ? Certainement pas ! Il y a deux élections, et c’est maintenant qu’à travers nos candidates et candidats, les Français vont choisir le contenu de la politique.

On dit aussi : « mais de quoi vous plaignez-vous ? La gauche est représentée au gouvernement ». Non, non, non ! Les personnalités qui ont fait ce choix ne représentent qu’elles-mêmes.

On nous dit : « mais de quoi vous plaignez-vous, les nominations de hauts fonctionnaires vont être faites en prenant votre avis en considération ». Mais les nominations, elles seront pour la plupart déjà faites lorsque se réunira l’Assemblée nationale.

« Oui, mais vous aurez la présidence de la Commission des finances ». Je reconnais qu’il y a à disposition une voiture et un chauffeur, mais pour que cette commission soit effectivement utile, il faudrait que le Parlement lui-même, dans la pratique, soit réellement reconnu. C’est ce que nous, les socialistes, nous demandons. Or avec N. Sarkozy, c’est l’inverse.

Enfin, on nous dit : « mais ne vous inquiétez pas, on consultera le peuple français à un moment ou un autre. » J’en doute. C’est la dernière fois que les Françaises et les Français vont voter avant 2012 pour une politique générale. Et si on reste à la maison le dimanche 10 et le dimanche 17, alors qu’on est soi-même en situation difficile dans sa vie ou dans son travail, qu’on appartient à des couches pauvres, à des couches moyennes, c’est ne pas comprendre ce qui historiquement est toujours la clef de la victoire de la droite lorsqu’elle se produit : la droite gagne lorsqu’elle fait croire aux personnes pauvres qu’elles sont riches et qu’elles votent en conséquence !

Chers camarades, il faut que ceux qui ont déjà presque tous les pouvoirs n’aient pas tous les pouvoirs, parce que la démocratie est fille de l’équilibre. « Pourquoi l’équilibre des pouvoirs ? ». D’excellents arguments ont été donnés avant moi par les uns et par les autres. Je reviendrai sur un seul point, parce que c’est l’un des points principaux qui ont malheureusement fondé le succès du candidat de droite. Et malgré tous nos efforts, ceux de Ségolène, les nôtres, les vôtres, nous n’avons pas su, pas réussi totalement à faire échec à cet argument. La campagne électorale législative doit être l’occasion pour nous d’y revenir.

Je veux parler de ce fameux slogan mensonger : « travailler plus pour gagner plus », détournement des mots dans ce domaine comme dans tant d’autres. Avec ce sésame, sorti d’on ne sait où : les heures supplémentaires, sans charge et sans fiscalité, et du coup le chômage ne serait plus un problème. Prenons quelques instants puisque nous sommes des milliers ce soir et qu’à travers vous tous, les arguments vont se diffuser. Prenons quelques instants pour démontrer ce slogan électoral qui n’est rien de plus qu’un slogan, en tout cas pas une réalité.

On nous dit : « heures supplémentaires, défiscalisées, déchargées, et tout est réglé ». D’abord, une remarque, la première, qui devrait pénétrer les esprits : les chômeurs, les deux millions et quelques centaines de milliers de chômeurs. Pour quel chômeur la promesse d’heures supplémentaires va-t-elle supprimer le chômage ? Aucun ! Un remède pour l’emploi, qui ne concerne aucun des chômeurs en France, c’est à peine croyable ! On ne peut pas accepter.

De la même façon, il faut vraiment avoir perdu de vue la réalité de l’entreprise pour penser que le salarié va arriver le matin en disant : « patron, la semaine est difficile, le mois est difficile, je voudrais dix heures supplémentaires, vingt heures supplémentaires ». Tout le monde sait que ce n’est pas comme ça que cela se passe.

Et en admettant même qu’on entre dans le raisonnement tenu pendant des semaines et des semaines : l’heure supplémentaire miracle. Si vraiment l’heure supplémentaire coûte moins cher à l’entreprise que l’embauche d’un jeune ou d’un moins jeune, que croyez vous qui va se passer ? Les économistes nous le disent, mais leur rapport malheureusement est sorti après l’élection présidentielle : il y aura moins d’embauches parce que l’heure supplémentaire sera moins cher que le recrutement.

Le slogan « travailler plus pour gagner plus » est un leurre, la réalité, c’est qu’ils veulent faire travailler plus sans gagner plus et peut-être même travailler plus en gagnant moins. Voilà la réalité à démontrer.

Chers amis, je termine cette intervention volontairement courte. Pourquoi notre rassemblement d’aujourd’hui peut-il marquer ? Non seulement par ce qui a été excellemment dit par les uns et par les autres, parce que ce qui a été dit, nous l’avons dit ensemble. Je dis bien ensemble. Je parcours jour après jour, non seulement ma propre circonscription mais beaucoup de circonscriptions en France pour aider les uns, les unes, les autres. Ce que j’entends partout ce sont deux choses : « socialistes, on croit en vous mais ne vous divisez pas, soyez unis ! ». « Socialistes, ne soyez pas défaitistes, soyez combatifs ! ». C’est ce message que je veux faire passer ce soir au Zénith de Paris : combativité et unité ! La gauche le mérite ! La France le mérite ! La République le mérite !

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