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Bâtir la démocratie territoriale
25 janvier 2004
Rassemblement des secrétaires de section le 25/01/2004.
Salle de la Mutualité
Chers amis et camarades,
Le 1er tour des élections régionales et départementales a lieu dans 56 jours.
Huit semaines pour convaincre, c’est court. C’est court dans une France qui, jusqu’ici, accorde assez peu d’importance à ces élections, coincées entre les vœux, les catastrophes et les tensions sociales. Il faut donc partir rapidement en campagne, commune après commune, logement après logement, entreprise après entreprise : c’est le sens de notre rencontre qui sera conclue par François Hollande. Le premier mot d’ordre que je veux proposer ce matin est celui-ci : désormais pas une journée, pas une soirée sans une campagne ardente.
Pour ces échéances, les tâches comme toujours ne manquent pas : la constitution des listes, les contacts à nouer ou à renouer avec la population, les syndicats, les associations, les critiques de nos adversaires et souvent de nos concurrents. Nous savons que le militantisme c’est précisément la mobilisation des volontés, pour résister, pour rassembler, pour entraîner. Nous avons déjà fait bouger les lignes dans le bon sens pour réaliser, partout où c’était possible, l’union. Nous incombe maintenant une tâche difficile, mais décisive : briser l’indifférence. L’indifférence, le scepticisme, la confusion gauche-droite, une forme de résignation, c’est le risque de l’abstention, qui est l’ennemie de la République et de la gauche. L’indifférence, voilà notre combat politique le plus urgent. *
C’est la première fois en effet depuis 2002 que tous les Français sont appelés à voter. En deux échéances rapprochées - élections locales, puis européennes, c’est probablement aussi la dernière, avant le grand affrontement de 2007. Par nature et par calendrier, il y aura donc un aspect national à ce scrutin. Certes, il ne décidera pas du sort institutionnel de M. Chirac, ni peut-être de celui de M. Raffarin. Mais il pèsera sur leur action. Un succès de la droite, et elle se dirait validée dans sa politique, encouragée à pousser plus loin ; une défaite, et elle devra tenir compte du jugement des Français. Oui, il faut une sanction. L’exécutif lui-même, après avoir prétendu « localiser » le scrutin lorsque ses sondages étaient bas, voulait le « nationaliser » lorsqu’il croyait à leur remontée mais « relocalise » à nouveau parce que la situation se tend. A l’occasion de ces élections départementales et régionales, menons un débat politique pour éclairer le choix des Français. En martelant quelques vérités évidentes pour nous, mais pas encore pour tous.
La droite (UMP et UDF ensemble) est en train de détruire les règles protégeant le travail. Elle accentue la précarité comme jamais depuis 50 ans. Tout y passe : le contrat de travail, les conventions collectives, l’indemnisation du chômage, le RMI, le droit à la retraite... Nous, socialistes, nous combattons ces reculs parce que nous refusons qu’on transforme de plus en plus de Français en intermittents et en précaires.
La droite veut étendre cette régression à la sécurité sociale et à l’assurance maladie, peut-être même en court-circuitant le Parlement. Hausse des prélèvements et baisse des remboursements. C’est son prochain probable mauvais coup. Avec à terme, quoiqu’ils disent, une privatisation programmée de la Sécurité Sociale. Ne les laissons pas tout démolir !
Oui, c’est un grand combat politique. Là où nous affirmons, nous, que le progrès social est la condition et l’objectif du développement économique, la droite et une partie du patronat prétendent que moins de règles, moins de protections, moins de social, c’est cela qui permet la réussite économique. Résultats pour la France : le pouvoir d’achat est amputé - et pas seulement celui des fonctionnaires -, les délocalisations se multiplient, la croissance reste faible. Cette année les chiffres du chômage baisseront peut-être sous l’effet mécanique de la démographie et des manipulations statistiques, mais les plans antisociaux s’amoncellent et les créations d’emplois sont au point mort. 2004 sera l’année de l’explosion de la précarité. J’avais dit au Congrès de Dijon que sur le plan social et économique notre opposition devait être « frontale ». Quelques uns me l’avaient reproché. Seraient-ils aussi pusillanimes aujourd’hui... En tous cas, moi je n’ai pas changé d’avis. Que nous disent les Français ? Que nous devrions être plus discrets ? Jamais. Que nous devons être plus offensifs ? Souvent. Ce gouvernement mérite non seulement qu’on s’indigne contre lui mais qu’on s’oppose à lui. C’est notre tâche.
Que combattons-nous dans la politique de la droite ? L’injustice fiscale, l’injustice dans l’aménagement du territoire, l’injustice scolaire, l’injustice pour le logement. L’injustice jusque dans la justice elle-même, avec cette scandaleuse loi Perben qui ne concerne pas que la grande criminalité mais tous les Français, va les soumettre à l’arbitraire et porte un coup grave aux libertés. A elle seule, elle justifierait une censure. Nous voulons une France juste. Nous combattons aussi la courte vue, avec l’affaiblissement absurde de la recherche scientifique, de l’Université, de la stratégie industrielle, de la culture, des services publics, de la construction européenne. Le report des charges qu’on organise sur les générations futures, par de lourdes dettes publiques, est le contraire même de la solidarité proclamée. Enfin pour couronner le tout, ou plutôt pour masquer le tout, il y a le cortège officiel des mensonges. Non pas ce que des esprits délicats, rougissant de leur propre audace, nomment des « contre-vérités », mais des mensonges, des mensonges permanents, qui devraient déconsidérer ceux qui les profèrent. Quand J. Chirac parle, c’est en général pour dire le contraire de ce qu’il fait. Quand J.P. Raffarin parle, c’est souvent pour ne pas dire grand-chose. Et quand N. Sarkozy parle, c’est pour contredire les deux autres. J’ignore si le trio qui gouverne est « ostensible » ou « ostentatoire » mais je sais qu’il repose sur la triple alliance déplorable de l’injustice, de la courte vue et du mensonge. Quand un Gouvernement de droite conduit une telle politique de régression sociale, l’intérêt des Français, c’est de placer le maximum de régions et de départements à gauche.
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La meilleure façon de s’opposer, c’est de aussi proposer. De proposer d’une façon crédible et responsable. Notre campagne sera non seulement critique mais positive. Après avoir discuté avec nos têtes de liste, dialogué avec élus, candidats et militants, travaillé notamment avec la Fnesr et son Président Claudy Lebreton, ainsi qu’avec André Laignel responsable national à mes côtés que je remercie tous, nous avons collectivement mis au point un projet de contrat socialiste pour les régions et les départements. Nous dénonçons vigoureusement la fausse décentralisation de la droite, qui signifie un vrai démantèlement de l’Etat et un transfert massif sur les contribuables locaux, donc des inégalités en plus. Nous ne voulons pas substituer départements et régions aux responsabilités de l’Etat sans les ressources correspondantes. Nous voulons montrer combien et comment nous pouvons agir. Avec deux grandes priorités.
Première priorité : le développement économique, l’éducation, la formation, la lutte contre le chômage et pour l’emploi.
Quatre axes :
• Education : là où elle n’existe pas encore, nous instaurerons la gratuité des livres scolaires dans les lycées, la mise à disposition de la « boite à outils » ou du « premier équipement » dans les LEP ainsi que celle d’un ordinateur personnel pour chaque élève de troisième.
• Formation : en partenariat avec l’AFPA, les GRETA, les collectivités locales et les chambres consulaires, nous lancerons un « plan métiers régional » qui permettra aux moins de 25 ans sans qualifications d’acquérir une formation de 2 ans débouchant sur un métier.
• Emplois : pour répondre aux besoins des associations qui ont souffert notamment de la suppression par le gouvernement des emplois jeunes, nous proposerons un programme de nouveaux emplois en CDI servant de tremplin pour les jeunes, d’emplois de services aux personnes pour contrer le chômage de longue durée, ainsi que pour les plus de 45 ans la mise à disposition des moyens de formation des LEP et des lycées d’enseignement général.
• Reclassement : pour faciliter les reconversions économiques et les reclassements, nous conditionnerons désormais les aides aux entreprises à des engagements précis en matière de formation et d’emploi, de façon à organiser un véritable droit au reclassement régional.
Avec l’action en direction du privé (recherche, investissement, formation, nouvelles technologies), ce sont plusieurs milliers d’emplois qui pourront être ainsi préservés ou créés dans chaque région et département dirigés par le PS, et au total plus de cent mille.
Seconde grande priorité : la mobilisation des Conseils régionaux et généraux en faveur du développement durable, de la qualité de la vie, des services publics et de la citoyenneté. Là aussi, quatre volets.
• Le volet social, en faveur notamment des personnes âgées et handicapées. Nous moderniserons les maisons de retraite, installerons systématiquement des « salles de rafraîchissement », nous développerons les maisons médicalisées et nous augmenterons les places d’accueil pour les handicapés.
• Le volet culturel et sportif permettra de créer dans chaque région un « passeport culture » pour les familles, d’encourager la démocratisation du sport, avec le financement de la licence sportive afin d’aider les plus défavorisés à entrer dans un club.
• Le volet environnement - logement - transports visera à encourager les énergies renouvelables, à créer un établissement public foncier régional pour piloter un plan d’urgence de construction et de réhabilitation des logements, acquérir des réserves foncières, ainsi qu’un plan régional des transports avec une carte régionale permettant de relier au prix d’un seul ticket tous les points de la région.
• Enfin le volet services publics et citoyenneté comprendra des contrats de services publics pour garantir leur présence sur l’ensemble du territoire ainsi que la lutte pour la sécurité et contre la violence, notamment la violence scolaire. Attachés à la citoyenneté, nous pratiquerons la coopération décentralisée avec les collectivités des pays pauvres, nous mettrons l’accent sur le refus concret des discriminations, à commencer par celles envers les femmes. Nous organiserons dans chaque Région et Département que nous présiderons un Forum annuel de suivi et d’évaluation des engagements pris devant les électeurs, une rencontre annuelle avec les associations, et un compte rendu annuel de mandat adressé au domicile de chaque citoyen.
Ces actions sont concrètes, audacieuses, souvent nouvelles, elles s’inscrivent dans une approche authentiquement de gauche. Elles marquent notre volonté de refuser les fausses fatalités qui s’appellent chômage, pollution, solitude. Elles marquent notre souci d’améliorer concrètement la vie quotidienne. Elles seront menées sans déséquilibrer les finances locales. Elles seront diversifiées car les situations des départements et régions sont diverses. Elles seront tout le contraire d’un carcan mais une base adaptée aux réalités territoriales. Elles nourriront la démocratie territoriale. Elles montrent notre capacité collective d’être une force renouvelée de propositions.
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Chers amis et camarades, je vous l’ai dit : huit semaines, c’est peu. Mais quand je vous vois mobilisés, quand s’installe l’échange entre nous, je me dis que c’est assez pour intéresser les Français, assez pour leur faire partager les enjeux, assez pour ajouter deux mises en garde.
Ne tombons pas dans le piège UDF. La droite est une, même si elle se présente parfois divisée. Parce qu’il n’est pas au Gouvernement, M. Bayrou en dit du mal ; mais parce que son parti est à droite, il soutient la quasi-totalité des actions du Gouvernement. Choisir entre la droite et la droite, ce n’est certainement pas choisir le changement.
Ne sous-estimons pas le danger de l’extrême-droite. J’ignore quel sera son score, mais j’observe plusieurs dangereuses thématiques à la mode qui peuvent faire le lit de l’extrême droite - « le déclin inexorable de la France », « l’islamophobie », etc... Nous devons montrer - A. Bergounioux le fait avec son équipe - que par ses propositions ultra libérales l’extrême droite, qui prétend représenter les couches populaires, est en réalité le parti de l’anti-peuple. Quant au ministre de l’Intérieur, il joue un jeu dangereux quand il apparaît préférer le communautarisme ethnique et religieux à la tradition laïque et républicaine.
Pour mobiliser, tirons les leçons de l’expérience : appuyons-nous sur notre réseau de militants et d’élus qui sont autant de « poing et la rose ». Nous bénéficions du premier réseau d’élus du pays. Ces dernières semaines, ils nous ont aidés à élaborer nos propositions. Dans les semaines qui viennent, ils vont les faire gagner sur le terrain. Cette mobilisation est indispensable pour remporter des victoires aux élections de Mars et préparer les suivantes.
La droite a presque tous les pouvoirs. Elle les utilise mal. Et pourtant, elle les voudrait tous. Ne les laissons pas tout démolir ! Construisons, à gauche et dans l’union, l’avenir des départements et des régions ! Soyons offensifs ! Au travail !
